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    Eglise vs arme nucléaire : le dilemme d'une ville secrète russe

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    La ville de Sarov entourée par une forêt dense fait partie des endroits les plus fermés et mystérieux en ex-URSS : berceau de la bombe nucléaire, elle demeure un centre nucléaire important en Russie. L'un des monastères les plus vénérés du pays y siège également et est désormais ouvert aux pèlerins. Quatre prêtres y officient aujourd’hui. Faut-il ouvrir ou maintenir la ville fermée ? Un puissant acteur a rejoint le débat ces dernières années : l'Eglise orthodoxe russe.

    La ville de Sarov entourée par une forêt dense  fait partie des endroits les plus fermés et mystérieux en ex-URSS : berceau de la bombe nucléaire, elle demeure un centre nucléaire important en Russie.

    L'un des monastères les plus vénérés du pays y siège également et est désormais ouvert aux pèlerins. Quatre prêtres y officient aujourd’hui. Faut-il ouvrir ou maintenir la ville fermée ? Un puissant acteur a rejoint le débat ces dernières années : l'Eglise orthodoxe russe.

    "Ici les gens prient pour la paix dans le monde mais peuvent faire exploser la planète en mille morceaux", a déclaré le peintre d'icônes Pavel Boussalaev pendant une réunion des habitants et des membres du clergé venus de Moscou et de Saint-Pétersbourg pour aborder le dilemme de la double identité de la ville, en janvier.


    Une ville nucléaire, une église reconvertie

    La ville de Sarov a disparu des cartes soviétiques en 1946, transformée par décret de petite ville provinciale en centre de recherche et de développement de l'arme nucléaire – dont certains modèles ont été présentés dans un musée suivant des règles très strictes. Cet endroit était tout simplement parfait : pas très loin de Moscou, caché dans la forêt et disposant déjà de bâtiments fonctionnels.

    Certaines de ces constructions appartenaient autrefois au sixième plus grand monastère de la Russie prérévolutionnaire. Son clocher domine toujours les environs mais n’a plus de cloches : il a survécu uniquement parce que des antennes TV ont été installées à son sommet, avant d’être retirées l'année dernière. La rue principale de la ville passe directement sur le territoire du monastère du XVIIIème siècle. Les principales cathédrales ont été détruites par les autorités soviétiques dans les années 1950, un quart de siècle après la fermeture du monastère qui fut d’abord transformé en prison pour mineurs puis en usine militaire. L'une des églises est restée debout : elle était occupée par un théâtre à l'époque soviétique.

    Aujourd'hui Sarov – plus connue sous son nom de code Arzamas-16 – est fière de ses équipements tels que le plus grand superordinateur de Russie, le plus grand dispositif de synthèse thermonucléaire laser en Europe et le plus grand accélérateur de particules élémentaires d'Europe. Au cœur de cette ville de 92 000 habitants se trouve le Centre fédéral nucléaire russe, connu sous l'abréviation VNIIEF (Institut panrusse de recherche scientifique en physique expérimentale), où travaillent 20% de la population totale.

     

    Sarov secrète

    Bien que Sarov ressemble à une commune de province normale, elle fait partie des quarante villes russes fermées. La zone fermée de 232 km² est entourée par deux clôtures parallèles de fil barbelé. Une zone en terre retournée, située entre les deux barrières, permet de voir la moindre trace de pas et est équipée de détecteurs de mouvement.

    Jusqu'à aujourd'hui, le personnel du centre nucléaire ayant accès aux dossiers confidentiels ne peut partir nulle part à l'exception de la Biélorussie, du Kazakhstan et de l'Ukraine, à moins qu’il s’agisse d’une mission professionnelle autorisée. Tous les autres voyages à l'étranger peuvent être effectués uniquement dans le cadre de groupes organisés, accompagnés par un agent du Service fédéral de sécurité (FSB). Les scientifiques étrangers qui reçoivent l'autorisation officielle de visiter Sarov ne peuvent pas venir avec leurs compagnes.

    Même les habitants de Sarov qui ne travaillent pas au centre et n'ont pas accès aux informations confidentielles ont des restrictions : bien qu'ils puissent partir à l'étranger, ils ne peuvent inviter à Sarov que leurs parents les plus proches.

     

    Restaurer une église n'est pas tâche facile

    Cette situation presque hermétique rend difficile la tâche de l'Eglise orthodoxe russe, qui voudrait restaurer son célèbre monastère de Sarov et le faire revenir à sa gloire pré-soviétique. Fin XVIIIème-début XIXème, l'un des saints russes les plus vénérés vivait dans ce monastère : Serafim Sarovski.

    Il connaissant des rituels religieux secrets, tout en étant un guérisseur et un prédicateur professant l’accès au Saint esprit à travers l'amour – qui pourrait difficilement être qualifié de pilier de la puissance militaire. En 1991, quand le patriarcat a rendu au monastère les reliques de Saint Serafim conservées à la réserve du Musée de l'athéisme de Saint-Pétersbourg, les moines ne pouvaient pas les exposer parce que les citoyens ordinaires ne pouvaient accéder à Sarov.

    Néanmoins, l'Eglise orthodoxe travaille depuis plus de dix ans à faire croître le rôle, l'importance et l'autorité du monastère de Sarov.

    Il y a dix ans, ni le monastère ni la cathédrale n'occupait l'esprit des habitants de Sarov ou des pères de la ville", déclare Sergueï Tchapnine, rédacteur du Journal du patriarcat de Moscou, qui se rendait souvent dans cette ville au début des années 2000. "Nous avons du expliquer pendant longtemps qu'un monastère de 300 ans se trouvait ici, qu'il fallait le respecter et laisser l'Eglise y entrer."

     

    Les inconvénients du secret

    L'attachement d'une partie des habitants et des hauts fonctionnaires au statut fermé des ZATO ne signifie pas que personne ne conteste ces règles strictes.

    "Les restrictions physiques des voyages à l'étranger sont, peut-être, fausses", déclare Andreï Bezoussiak, jeune chercheur et ingénieur. "Nous vivons dans un monde de libre circulation de l'information et si vous voulez voler quelque chose et travailler pour quelqu'un d'autre, il existe d'autres moyens de le faire que de partir loin quelque part pour le transmettre "en mains propres". C'est simplement stupide."

    Pendant ce temps, les débats sur l'avenir de la ville se poursuivent. "Une partie relativement grande du territoire russe est fermée", déclare Alexeï Goloubev, maire de Sarov, également à la tête de l'association des villes fermées de Rosatom. "Je voudrais comprendre : devons-nous finalement passer à une société fermée qui sera structurée, segmentée, avec une faible mobilité de la population et seulement quelques grandes villes globales, mondiales, dans lesquelles vivront les citoyens du monde ? D'après moi, la Russie doit apprendre à vivre dans une société ouverte. Le chemin de l'isolement ne nous mène nulle part."

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

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