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    Venise, ville célèbre dans le monde entier, vient de rompre son jumelage à la fin du mois de janvier ses relations avec Saint-Pétersbourg et ainsi briser la grande relation, historique et privilégiée que cette dernière entretient avec cette ville et l’Italie. Saint-Pétersbourg est en effet souvent appelée la Venise du Nord et les ressemblances avec sa cousine du Sud-Ouest de l’Europe sont nombreuses. Les deux villes ont voulues être, et sont devenues des pôles commerciaux, politiques et culturels, mais aussi des symboles forts de leurs pays respectifs. Nombre d’architectes qui ont contribué à la grandeur de Saint-Pétersbourg sont en outre Italiens, que l’on pense par exemple à Trezzini, Micchetti ou Rastrelli.

    La cause de cette rupture des relations entre les deux villes est assez surprenante : Venise souhaite protester contre le projet de loi fédérale visant à interdire la promotion de l'homosexualité auprès des mineurs. La loi je le rappelle est débattue actuellement à la Douma et destinée à permettre la protection des valeurs familiales en luttant contre les « formes non-traditionnelles » de sexualité. Le projet de loi envisage la responsabilisation de la « propagande des relations homosexuelles » auprès des enfants et des adolescents en la sanctionnant par des amendes. Si en Russie aujourd’hui l'homosexualité n'est pas un délit, l'interdiction de sa propagande auprès des jeunes est déjà en vigueur dans neuf régions notamment dans la ville de Saint-Pétersbourg.

    Ce projet de loi intervient alors que la Russie apparaît comme le nouveau leader du conservatisme moral en Europe, le président Poutine ayant réaffirmé dans son discours de fin d’année les valeurs traditionnelles de la Russie, en insistant particulièrement sur la famille et les enfants. L’automne dernier, la Russie a réussie à faire adopter par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU une résolution affirmant que « La compréhension et le respect des valeurs traditionnelles contribue à la promotion et la protection des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ». La résolution est le résultat d’une table-ronde menée en 2008 sur le titre de « Dialogue interculturel sur les droits humains » par un patriarche russe-orthodoxe. Celui-ci y défendit la thèse que « les traditions religieuses seraient en fait l’incarnation concrète de valeurs universelles » et que « l’interprétation des droits humains est soumise à un monopole des Etats occidentaux, qui véhiculent à l’heure actuelle une compréhension exclusivement séculière des droits de l’Homme ».

    La résolution sur les valeurs traditionnelles a donc été adoptée.

    25 états ont voté pour, dont 3 BRICS : l’Angola, l’Arabie Saoudite, le Bangladesh, le Burkina Faso, le Cameroun, la Chine, le Congo, Cuba, Djibouti, l’Équateur, la Fédération de Russie, l’Inde, l’Indonésie, la Jordanie, le Kirghizistan, le Koweït, la Libye, la Malaisie, les Maldives, la Mauritanie, les Philippines, le Qatar, le Sénégal, la Thaïlande et l’Ouganda.

    15 états ont voté contre dont la majorité des états de l’UE et l’Amérique : l’Autriche, la Belgique, le Botswana, le Costa Rica, l’Espagne, les États-Unis, la Hongrie, l’Italie, les îles Maurice, le Mexique, la Norvège, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et la Suisse.

    Enfin 7 états se sont abstenus : le Bénin, le Chili, le Guatemala, le Nigéria, le Pérou, la République de Moldavie et l’Uruguay.

    L’hypocrisie et la malhonnêteté intellectuelle des dirigeants italiens du conseil municipal de Venise, est visiblement sans limite alors que la responsable de la culture au sein de ce conseil municipal, Camilla Seibezzi, a récemment déclaré que « Venise ne pouvait pas ignorer les actions des institutions publiques de Saint-Pétersbourg (…) et en particulier la loi qui rend illicites les articles, les manifestations gays et l'évocation publique de l'homosexualité ». La ville italienne est pourtant jumelée avec Sarajevo, Bassora ou encore Suzhou et on peut fortement douter que la Bosnie, l’Irak ou la Chine soit des pays dans lesquels les homosexuels aient le droit d’expression le plus total. Pourquoi alors sanctionner seulement la Russie ?

    Les occidentaux, une fois de plus, enfermés dans un carcan mental et leur dictature des minorités, risquent fort de rater le train de l’histoire. Pendant que les « responsables de la culture de la ville de Venise » se préoccupent du droit des gays en Russie, Venise elle coule lentement mais sûrement (23 cm au cours du dernier siècle) et ne devrait plus pouvoir rester à flot à la fin de ce siècle sans une « ligne Maginot ». Du point de vue symbolique, nul ne peut s’empêcher de comparer Venise a l’Europe.

    Pendant ce temps des promoteurs chinois ont quant à eux entamé un projet de construction d’une « Venise sur l’Amour », située à Blagoveshensk, une petite ville située sur la rive gauche du fleuve Amour, au cœur de l’extrême orient russe. Le projet comprend des canaux et des façades reproduisant à l’identique celles de Venise, ainsi qu’un immense complexe commercial (voir ici, ou ici) et devrait être ouvert en 2018. Le promoteur chinois en charge du projet, He Weilan l’affirme déjà haut et fort: « ce sera comme l’Italie mais en mieux (…) Je vends l’Europe aux habitants de l’Extrême-Orient ».

    Après la Venise du Sud-Ouest et la Venise du Nord, nous nous dirigeons vers une Venise eurasiatique ?

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