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    Des Goulags soviétiques aux camps de la mort des nazis

    Des Goulags soviétiques aux camps de la mort des nazis

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    Lorsque qu’en 1913 naissait sur les bords du Baïkal Alexandre Christophor Glotoff, personne n’aurait pu penser que cet homme décèderait un jour d’août 2010 à l’âge canonique de 97 ans dans un petit village près de Dôle en Franche-Comté après un parcours digne des plus grandes fresques historiques adaptées au cinéma. Voici l’histoire d’un homme exceptionnel dont le destin a resurgit à la surface grâce à son fils : Robert Viel-Glotoff. Des bords du célèbre lac jusqu’aux maquis FFI bourguignons, toute son histoire est un livre.

    Alexandre Christophor Glotoff était né dans une famille modeste de paysans sibériens, dans un village non loin des rives du Baïkal, à Kouïtoun en 1913. Dans sa jeunesse il fut élevé par des gens simples attachés à leur terre et au travail et qui vivaient au rythme des travaux saisonniers de la ferme et de l’élevage dans la Russie orientale. Ardent au travail, fort et curieux de nature, il aimait la vie et son père voyait d’un mauvais œil l’arrivée des bolcheviques dont il pressentait qu’un jour le malheur viendrait, il faudrait livrer sa ferme, donner son bien, ses bêtes et s’en aller de force dans un kolkhoze.

    Ce fut effectivement le cas et Alexandre Glottoff ne fut pas long à décider de voler de ses propres ailes. Dans la Russie de l’époque, l’Orient c’était l’aventure, les grands espaces, les prisonniers, les colonies pénitentiaires, les trafiquants et les aventuriers de toute sorte. Il fut l’un d’eux, travaillant et louant ses bras tout en participant à de fructueux trafics de denrées, le long d’une frontière si peu étanche entre la Mongolie, la Chine et la Russie.

    Arrêté par la Police, il devait faire plusieurs séjours dans les camps soviétiques, au contact viril d’hommes durs, et celui froid et glacial de la mort. Avant la guerre, il est ainsi tour à tour trafiquant, travailleur de force, prisonnier, marin sur l’Océan Pacifique, ce qui le conduit pour un temps au Japon. A cette époque la Russie soviétique a besoin de bras, de beaucoup de bras, Staline est au pouvoir et les plans de reconstruction de l’économie se succèdent. Il faut faire de l’URSS un grand pays industriel, rattraper le retard. Cela se fera au prix du sacrifice de millions d’hommes car il faut bien alimenter la machine.

    Arrêté, il est déporté dans la région de Mourmansk où se construit une voie de chemin de fer stratégique. Dans des conditions extrêmes, notamment climatiques, des milliers d’hommes meurent dans ces travaux et sont remplacés par d’autres. Christophor aura de la chance, sa carrure athlétique, fait qu’il est désigné, ironie du sort, pour intégrer les rangs des gardiens… cela lui sauvera la vie. Durant deux ans, impuissant, il voit mourir des milliers d’hommes, et s’enfuit lui-même loin de l’horreur de cette folie inhumaine. En 1932, il s’échappe, rejoint l’Oural et devient bucheron. Mais il ne tient pas en place, et reprend sa route qui le conduit jusqu’à Vladivostok. Après un engagement dans le génie… il est ensuite chercheur d’or au Kamtchatka en 1935, doit finalement effectuer son service militaire en 1937 à la frontière Mandchoue… et fonde une famille juste avant la guerre…

    Sa vie tranquille ne durera pas... En novembre 1939, l’URSS de Staline qui a signé le pacte d’alliance avec l’Allemagne nazie d’Hitler, a des plans de dominations. Il faut des hommes, Christophor sera l’un d’eux. Il assiste au désastre, son régiment est taillé en pièces par les Finlandais.

    Lorsque la guerre se termine par la victoire soviétique en avril 1940, il était déjà un survivant, ayant de nombreuses fois échappé à la mort. Il est démobilisé mais pour peu de temps. A peine rentré, la guerre le rattrape encore, elle vient de l’Allemagne, qui après avoir lancé la guerre éclair, le Blitz sur l’Europe occidentale, se jette sur l’URSS, un jour de juin 1941. Il est mobilisé, comme tous les hommes de son âge et doit partir à nouveau vers l’Ouest, il ne devait jamais revenir en arrière, et jamais revoir ni le Baïkal, ni sa famille, ni sa femme et ses enfants. Son passé militaire le désigne comme sous-officier, il est envoyé avec son unité de conscrits devant Briansk aux portes du terrible hiver 1941.

    Au front la situation est terrible, les Allemands ne cessent d’avancer depuis l’été, même si les renforts de Sibérie et le terrible hiver russe vont bientôt avoir raison de l’offensive d’hiver d’Hitler sur Moscou. Christophor ne verra pas cette offensive jusqu’au bout. Sa compagnie est pilonnée et massacrée, les Allemands le font prisonniers ainsi que le restant de ses camarades et ils sont envoyés dans un camp de prisonniers à l’arrière. Les conditions y sont très dures. Parqués comme des animaux, ils ne reçoivent même pas le strict minimum pour survivre. L’URSS n’a pas signé la convention de Genève et Hitler prendra cette excuse pour traiter les prisonniers russes avec la plus grande inhumanité.

    Sur les 5,7 millions de prisonniers de guerre russes, bien peu revinrent effectivement au pays, 3,3 millions d’entre eux succombèrent à cause de leurs conditions de détention. Christophor assiste très vite à ces horreurs. Il relate des cas de cannibalisme et décide de s’évader. S’étant échappé, il erre entre les fronts, puis il est repris et doit travailler pour les Allemands, jusqu’au moment où la situation devient intenable. Il comprend à l’orée de 1943 qu’il n’a de chances réelles de survie que dans un engagement dans les unités de supplétifs ukrainiens… seulement voilà il est Sibérien !

    Par chance et aussi grâce à sa ténacité, il arrive à passer les étapes, le voilà sous l’uniforme des collaborateurs ukrainiens et dans une situation fâcheuse. Mais il est en vie. Avec ses camarades, armés d’ailleurs de fusils russes, le Tokarev qui l’accompagnera jusqu’en France, il s’évertue à ne servir à rien, les Allemands leur font d’ailleurs très peu confiance. Tellement peu confiance qu’en septembre 1943, il est dirigé avec toute son unité vers la France où leur mission devient la chasse aux partisans et aux maquisards FFI et FTP français… Traversant toute l’Europe dans un train, il débarque un jour du début d’octobre 43 à la gare de Nancy… Histoire à suivre !

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