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    Christophor Glotoff, l’homme du Baïkal. Partie 2

    Christophor Glotoff, l’homme du Baïkal. Partie 2

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    Des unités supplétives ukrainiennes aux maquis FFI de Bourgogne et Franche-Comté.

    Lorsque Christophor décide de s’engager dans une unité supplétive ukrainienne, le seul choix qu’il faisait à cette époque, en 1942, c’était celui de la vie. Dans les camps de prisonniers, il a vu ses camarades dépecer les cadavres de leurs frères, ensuite dévorés par les vivants. Pour survivre aux conditions de détention inhumaines que les Allemands infligent aux prisonniers soviétiques, certains perdent toute humanité. Les violences contre les prisonniers sont sans limite. Beaucoup meurent de faim et d’épuisement, et d’autres choisissent le suicide.

    En 1942, déjà une fois il s’était échappé, mais il avait été repris. Il peut un moment vivre normalement en se portant volontaire pour conduire un attelage à cheval. Mais comme tous les prisonniers soviétiques, le sort qui lui est réservé, c’est la mort lente des travaux forcés, une mort atroce. Il a connu déjà, en URSS, de semblables camps. Christophor Glotoff n’aimait pas Staline, pas plus qu’Hitler, il le dit dans son livre à plusieurs reprises, mais Staline ce n’était pas l’URSS, ce n’était pas le peuple.

    Durant son service chez les supplétifs ukrainiens, il s’ingénie avec ses camarades à rendre le moins de services possibles. Les contacts avec les soldats soviétiques sont nombreux, ils s’échangent des informations, s’avertissent. Les Allemands ne sont pas longs à suspecter Christophor et ses compagnons d’infortune de ne pas être les alliés zélés qu’ils s’imaginaient trouver dans des « Ukrainiens dociles »… Ils n’ont pas confiance, et pour cause, parmi les 3 futurs compagnons de cavale de Christophor se trouvaient deux communistes. Finalement, l’unité est envoyée en France, elle y parvient un jour du début d’octobre 1943. En prenant cette décision, les Allemands sauvaient probablement la vie de Glotoff. Dès le début, il décide qu’il ne reviendra jamais en Russie…

    Ils sont dispatchés dans plusieurs villages autour de Châtillon-sur-Seine, dans la Bourgogne traditionnelle. Pour ceux qui connaissent cette magnifique région, il est facile d’imaginer comment les maquisards s’organisèrent facilement dans ses contrées. Au début de l’année 1944 sa compagnie est transférée à Pierre-de-Bresse dans la Bresse dite Bourguignonne. Là aussi, l’activité des résistants est importante. Depuis la fin de l’année 43, les Français libres ont envoyé des instructeurs, des armes et l’armée de l’intérieur, les FFI se préparent à la libération de la France.

    Christophor et trois de ses amis n’hésitent pas une minute, ils désertent au début de mai 44. Ensemble, alors que leur unité était retournée à Châtillon, ils retournent à Pierre-de-Bresse, ils veulent intégrer les rangs de la résistance. Ils ont déserté avec armes et bagages. Les maquisards, les accueillent, ils sont versés dans des unités déjà organisées. La confiance que les résistants ont en eux est au départ toute relative, des exemples d’infiltrations ont eu lieu par le passé. Mais au combat, Christophor, par son physique impressionnant, son passé militaire se révèle une aubaine. Et il va donner toute sa mesure.

    Promu rapidement au rang de tireur FM, et surnommé « Le grand frisé », il sera de tous les coups, de son engagement le 11 mai 1944, jusqu’à la libération de son secteur le 11 septembre suivant. Dans les rangs du maquis Langlois, il fait des miracles, il est instructeur, son expérience est très précieuse. Il est également redoutable avec le FM, comme il le dira ensuite lui-même « il peut sauver des vies». Le 24 juin, il est avec 800 FFI pour réceptionner un important parachutage. Le débarquement avait eu lieu, la lutte pour la libération était engagée. Il sert en Saône-et-Loire, mais aussi dans l’Ain et dans le Jura où ils sont appelés à l’aide. Cette fois-ci ce sont les combats.

    Et ils seront nombreux durant le mois d’août et le mois de septembre tout particulièrement. Par le sud, les Américains et les Français de la 1ère Armée libre arrivent de Provence. Ils libèrent Lyon et sont accrochés à Montrevel dans l’Ain. Malgré les combats retardateurs, les Allemands sont en déroute, ils sont battus et doivent se replier, le désastre de la poche de Falaise, le Stalingrad de Normandie, puis la libération de Paris, par les Parisiens et par la 2ème DB du général Leclerc ne laissent pas de doute sur l’issue finale. Une grande désillusion attend toutefois Christophor à la libération : Staline réclame « ses russes ».

    Après le maquis, il avait contracté un engagement dans le 2ème B.C.P, mais Staline qui connaissait l’importance du nombre de russes dans les territoires libérés avaient déjà demandé fermement au général De Gaulle, les ressortissants russes… Malgré toute sa bonne volonté, de Gaulle ne pouvait ignorer le nombre important de prisonniers français des stalags, ni même d’Alsaciens, les Malgré-nous que les Soviétiques avaient déjà et auraient entre leurs mains. Les ordres sont donnés, Christophor doit rentrer en URSS… un bateau l’attend à Marseille ainsi que pour ses camarades.

    Parmi les quatre compères de l’évasion, deux sont communistes, les autres dont Christophor ne le sont pas. Christophor avait fait son choix de longue date, il ne rentrera pas. Il s’échappe et disparaît à nouveau retournant dans la région de Pierre-de-Bresse où son chef de maquis, André Camus l’aide. Sa situation est toutefois inconfortable, il est à nouveau dans l’illégalité et désormais les gendarmes peuvent à tout moment l’arrêter. En 1945, il choisit donc de contracter un engagement comme mécanicien dans l’armée américaine, dans le 444th Bombardement Squadron. Avec le personnel à terre, il poursuit son aventure, sous un 4ème uniforme, ce qui le conduit en Allemagne… jusqu’à Berlin où il se trouve en octobre 1945. Son engagement touche à sa fin.

    A la fin de cette année, De Gaulle étant déjà moins en position d’infériorité avait décidé de changer sa position à propos des citoyens soviétiques encore présents sur le sol français. Christophor pourra rester… Lorsqu’il revînt dans la Bresse bourguignonne un jour de 1946 se sera pour s’y installer définitivement. Il restera en France jusqu’à sa mort survenue au mois d’août 2010 près de Dôle. Il avait reçu en 2008 et 2009 la Croix des combattants volontaire de la Résistance, la Croix des combattants volontaires et la médaille de la reconnaissance de la Nation. Il n’a reçu la nationalité française qu’en février 2010. A 97 ans, il mourait Français s’étant marié et ayant fondé une nouvelle famille, donnant à la France, 7 enfants.

    Les deux camarades de Christophor, communistes et partisans de Staline qui avaient choisi de rentrer au pays en septembre 1944, furent fusillés à leur arrivée en URSS… Christophor n’a jamais revu sa famille, et n’ai jamais retourné en URSS. Le fils de l’homme du Baïkal pouvait faire le chemin inverse de son père… histoire à suivre !

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