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    Un Québécois comme successeur de Benoît XVI ?

    Un Québécois comme successeur de Benoît XVI ?

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    À l'aube de l'entrée en Carême chez les catholiques, la démission du Pape fait beaucoup parler, comme partout ailleurs. Ici, au Québec, tous les yeux sont tournés vers le cardinal québécois Marc Ouellet qui serait l'un des favoris en ce moment pour succéder à Benoît XVI. Un Québécois pape ? Est-ce vraiment une bonne idée ?

    Les médias en parlent beaucoup, mais la plupart des individus, une fois interrogés, sont plutôt indifférents face à la nouvelle. Pour les Québécois en grande majorité, la religion catholique, sous sa forme institutionnelle du moins, fait partie des vieux souvenirs enterrés et empoussiérés. Parlez de l'institution catholique romaine à un Québécois moyen et il ne vous en dira généralement que du mal. Pour lui, la religion est un ramassis de mensonges, un conte de fées pour adultes, une structure politique camouflée derrière un beau message se nourrissant de la naïveté des gens pour servir les intérêts d'une caste bien établie avide de contrôle. Dans un tel contexte, pas étonnant que la nouvelle soit traitée comme le serait une nomination aux Oscars, puisque l'institution n'a ici pratiquement plus de portée spirituelle.

    Un contexte hostile

    Pour comprendre d'où vient cette indifférence, voire ce mépris, il faut faire un peu d'histoire. Dès sa fondation en 1534, le Canada français est un pays catholique. Le premier geste de Jacques Cartier, fondateur du pays, est d'enfoncer une croix dans le roc du nouveau continent.Les fondateurs veulent ensuite faire de Montréal une Jérusalem d'Amérique. De nombreuses communautés cléricales viennent s'installer en Nouvelle-France. La religion devient, dans un environnement rude et hostile, le phare de la patrie pendant des centaines d'années.

    Or, au milieu du XXe siècle, malgré les apparences, la foi catholique est en mauvais état. Le temps a fait son œuvre. Les gens sont chrétiens par mimétisme et par inertie, mais délaissent dans les faits peu à peu l'institution religieuse. Le désintérêt culmine dans ce que l'on nomme aujourd'hui la « révolution tranquille ». En quelques années, la gestion de l'éducation et de la santé passe entièrement des clercs aux fonctionnaires, les syndicats deviennent laïcs, la politique coupe tout lien avec la religion. L'ancien nationalisme de droite, centré sur les valeurs traditionnelles et conservatrices de la terre, de la famille et de la religion se transforme en un nationalisme de gauche étatiste, fondé sur des valeurs d'égalitarisme, de solidarité économique et de « Progrès ». Pour l'élite, la foi dans l'Église se transforme tranquillement en une foi dans l'État et le Progrès, et la religion n'est plus conçue que comme « l'opium du peuple ».

    La proportion des croyants pratiquants qui vont dans un lieu de culte au moins une fois par mois passe de 61 % en 1961 à 30 % en 1971, et à seulement 15 % chez les jeunes http://id.erudit.org/iderudit/6907ac . Ce qui reste de l'institution de l'Église catholique fond ensuite comme neige au soleil année après année, accéléré par le dévoilement de scandales dans les orphelinats et actes de pédophilie. Tout élément qui touche à l'Église de près ou de loin ternit son image. Le frère du cardinal Ouellet, Paul Ouellet, qui n'est pourtant pas un homme d'Église, a d'ailleurs nui grandement à la réputation du cardinal et de l'institution, lorsqu'il est condamné en 2009 pour avoir commis des attouchements sur deux fillettes http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/faitsdivers/archives/2009/12/20091217-092646.html .

    Un retour de la religion au Québec ?

    Devant l'arrivée de nombreux immigrants qui n'hésitent pas à afficher leurs croyances, les Québécois se questionnent quant à la direction identitaire que prend leur nation. Sur cette question, intelligentsia et « peuple » sont unis et divisés à la fois. Divisés parce que les membres de l'intelligentsia, en tant que nouveaux « prêtres laïcs », protègent leur chasse gardée en rejetant toute idée qui viendrait remettre leurs principes en question, alors qu'au même moment, une bonne partie de la population semble vouloir renouer avec une certaine tradition et identité pour faire face au mondialisme. Mais unis dans le refus de réintégrer l'institution de l'Église comme vecteur identitaire, l'idée étant incompatible avec l'idéologie dogmatique de l'intelligentsia, et les mauvais souvenirs étant trop récents pour les autres. Impossible donc d'imaginer le retour d'une identité nationale fondée sur la religion, comme c'est le cas en Russie avec la religion orthodoxe par exemple.

    Voilà pourquoi la nouvelle du « papabile » Marc Ouellet ne s'ensuit d'aucune véritable sympathie au Québec. La nouvelle touche le cœur de la nation, mais ce cœur a disparu, remplacé par différents matérialismes (marxisme, capitalisme, scientisme) et idéalismes laïcs (humanisme, écologisme, etc.). Les questions de la tolérance à l'égard de l'homosexualité, d'ordination des femmes et de mariage des prêtres, quoique légitimes, ne font que voiler le vrai problème de l'Église au Québec qui est un rejet formel et profond de l'institution. Inutile donc de croire que les réformes, l'arrivée d'un pape québécois ou le message du Christ en version Twitter permettraient de remplir spontanément les chapelles.

    Ce faisant, les cardinaux seraient mieux avisés d'élire un Pape provenant d'une contrée où l'institution religieuse a meilleure mine. Plusieurs peuples seraient honorés d'avoir l'un des leurs comme Pape. Ce n'est pas le cas ici.

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