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    Mali: dire non aux extrémistes

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    Aggravation de la situation au Mali (91)
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    En dépit des succès initiaux des rebelles, avoir craint que le Mali ait pu se transformer en deuxième Afghanistan semble exagéré. Le fait est que la majorité des Maliens s'opposent à l'extrémisme, selon les experts et les hommes politiques.

    En dépit des succès initiaux des rebelles, avoir craint que le Mali ait pu se transformer en deuxième Afghanistan semble exagéré. Le fait est que la majorité des Maliens s'opposent à l'extrémisme, selon les experts et les hommes politiques.

    D’après les spécialistes, 85% des habitants du Mali sont musulmans. Cependant, l'islam répandu dans le pays, plus libéral, permet aux fidèles de consommer des boissons alcoolisées et d'écouter de la musique. Les hommes et les femmes ne sont pas obligés de porter les vêtements qu’exige l'islam et les musulmans évitent en général de participer aux conflits entre divers groupes religieux.

    "Nous n'avons jamais prêté attention aux différends au sein de l'islam. Tant que vous priez Allah, vous êtes les bienvenus", a déclaré l'imam de la ville de Mopti de 110 000 habitants dans le centre du pays à RIA Novosti, en janvier dernier.

    L'islam conservateur renforce ses positions dans le pays. Les spécialistes associent cette tendance aux importants investissements du Qatar dans la construction de mosquées et de madrasas, ainsi que dans l'enseignement du clergé, déclare Dicko.

    "La majorité des Maliens professe des opinions religieuses modérées et l'islam radical risque de perdre en popularité suite au soulèvement", a déclaré l'imam.

    Celeste Hicks, ancienne journaliste de la BBC qui a vécu au Mali entre 2004 et 2010, pense que "même l'appel initial des Touaregs pour l'indépendance" a peu de chances d'être largement soutenu au nord du Mali.

    "Les Touaregs ne représentent qu'un des groupes ethniques du Nord-Mali, où vivent également les Songhaï, les Peulh et les Bella. Plusieurs autres groupes ethniques peuplent également le sud du pays", a déclaré Hicks par email. "Bien que les griefs des Touaregs contre le gouvernement malien remontent à l'indépendance du pays en 1960 […] d'autres groupes ethniques vivant au nord du pays se distançaient dans le passé des positions de Touaregs. Beaucoup pourront probablement faire endosser aux Touaregs une partie de la responsabilité dans la destruction de l'Etat malien en 2012", a déclaré Hicks.

    Un peuple peu fiable

    L'intervention française a permis d'empêcher les rebelles de s'emparer de Bamako et d'autres villes au sud du pays. Cependant, les régions du nord restent menacées car l'armée malienne demeure incapable de les défendre sans assistance étrangère, ont déclaré plusieurs officiers à RIA Novosti, préférant garder l'anonymat en raison du caractère sensible du sujet.

    Le problème est sérieux car le président français François Hollande, qui s'est rendu dans ce pays le 2 février dernier, compte retirer les troupes françaises du Mali dans les semaines à venir.

    A l'heure actuelle, il est prévu de remplacer le contingent français par des casques bleus de l'Onu. Au total 3 300 soldats et officiers de la Cédéao (Communauté économique des Etats d 'Afrique de l'Ouest), qui regroupe 15 pays, devraient participer à l'opération. Initialement le contingent devait être déployé en septembre 2013.

    Le député Imbarcaouane, d'origine touareg, estime que cette mission de maintien de la paix permettra d'assurer le calme dans la région et d'empêcher de nouvelles révoltes islamistes dans le Sahara.

    Pour l'analyste Diallo, il est impossible de contrôler le Sahara uniquement par la force militaire et nos sources auprès de l'armée malienne rejoignent ce point de vue.

    La majorité des experts et des hommes politiques qui ont accepté de nous accorder une interview ont reconnu que la seule solution viable passait par des négociations avec les Touaregs modérés, à qui l’on pourrait proposer davantage d'autonomie et d'autogestion au Mali. Néanmoins, l'indépendance est hors de question.

    Ce processus a déjà commencé. Le MNLA a laissé entendre à la fin de l'année dernière qu'il était prêt à négocier avec Bamako. Le groupe qui s'est détaché d'Ansar Dine en janvier dernier a tenu le même discours. Dioncounda Traoré, président du Mali par intérim, a soutenu cette proposition.

    Cependant, aucune solution n'a été avancée pour les islamistes qui justement pourraient recourir aux attentats, ont déclaré des représentants militaires français et maliens.

    Qui plus est, l'aversion croissante entre les Touaregs et d'autres habitants du Mali pourrait faire échouer le règlement politique du conflit. Beaucoup voient l'aspiration des séparatistes à l'indépendance comme une atteinte au mode de vie national et une trahison flagrante.

    "Cette histoire a montré que Touaregs n'étaient pas fiables", a déclaré Boubacar Yalcouye de la ville de Konna, où un combat important a eu lieu mi-janvier entre les rebelles et l'armée française.

    "J'ai grandi avec mes voisins touaregs qui se comportent correctement en temps de paix", a déclaré Boubacar Yalcouye.

    "Mais il est clair aujourd'hui qu'on ne peut plus leur faire confiance", conclut-il, debout dans le hall de la mairie détruite, à côté des véhicules blindés de transport de troupes et des pickups calcinés.

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