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    Le catholicisme quitte l’Europe

    Le catholicisme quitte l’Europe

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    Lors de sa dernière messe, le pape Benoît XVI a appelé les catholiques à se rappeler que la foi sans actions est pareille à l’arbre sans fruits. Il est possible que ce soit « une voix qui crie dans le désert », ce désert qu’est l’Europe séculaire postchrétienne pour de nombreux experts.

    La démission de Benoît XVI n’a pas été une surprise seulement pour les ouailles et la curie, mais aussi pour les spécialistes. Le pape lui-même explique son geste par des problèmes de santé. Les experts, eux, blâment la crise de l’Église catholique. Au départ, on voyait en le pape l’homme capable ne fut-ce que de contenir la sécularisation croissante de l’Europe. De toute évidence, cela ne s’est pas produit. Au cours des huit dernières années, les Européens ne sont toujours pas revenus dans le giron de l’Église catholique.

    Qui plus est, Benoît XVI s’est avéré beaucoup moins populaire que son prédécesseur Jean-Paul II (qui,justement, a été accusé de flirter avec des valeurs libérales). Il faut croire que la majorité des Européens n’a finalement pas entendu les paroles du théologien allemand conservateur. Et lui, probablement non plus, n’a pas trouvé les bonnes paroles. Donc, la démission du pape prouve la crise du catholicisme européen. Au point que Kurt Koch, président du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a fait une déclaration assez osée : « L’avenir de l’Église catholique n’est pas en Europe ». Selon lui, s’il devait choisir entre un Européen et un non-Européen, à condition qu’ils en soient tous les deux dignes, il choisirait un représentant de l’Afrique ou de l’Amérique latine.

    Iouri Tabak, théologien et traducteur, estime que c’est un hommage au politiquement correct :

    « Il s’agit de l’exécution de certaines nouvelles normes, qui sont devenues familières dans le monde contemporain. Le choix ne sera pas centré sur l’Europe. Le choix va être fait comme le désire l’Église. Sans aucun doute, il y a une crise. Il s’agit des scandales de pédophilie, qui, quelques années auparavant, ont carrément ébranlé l’Église. Cela concerne aussi la question de la contraception, qui entre en contradiction totale avec la lutte contre le SIDA. Il n’est pas possible de faire coïncider l’interdiction des contraceptifs et la protection de la santé des millions catholiques, dont les Africains. C’est aussi le célibat des prêtres. Beaucoup d’entre eux demandent la levée de cette interdiction médiévale. Il existe même une association qui comprend plus de 80 000 anciens prêtres mariés, qui exigent des réformes de l’Église. Les mouvements de protestations sont également forts dans le pays de Benoît XVI. Les évêques germaniques sont uns des plus libéraux du monde catholique. Le pape lui-même est accusé de ces nombreux péchés indirects. »

    On a depuis longtemps, même lors du dernier conclave en 2005, émis la possibilité d’élire un pape de couleur noire. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela : c’est plutôt le reflet des tendances objectives au sein de l’Église catholique romaine. Le caractère laïc de la majorité des pays où le catholicisme est répandu, lance à l’Église catholique de nouveaux défis. Selon Iouri Tabak, le pape, se rendant compte qu’il n’est pas en mesure de régler ces problèmes, a pu se résoudre à céder sa place à son successeur.

    « L’Église en tant qu’institution religieuse a un problème, et cela concerne toutes les confessions. Dans sa nature, l’Église est appelée à préserver des valeurs conservatrices, c’est-à-dire d’assurer la continuité avec le passé. Elle ne doit pas courir après la vie de la société. Elle doit garder intègre, préserver comme si c’était son bien le plus précieux tout ce qu’il y avait de meilleur dans le passé, à savoir les normes éthiques traditionnelles. En même temps, l’Église ne peut pas devenir une sorte ghetto, où les valeurs deviennent rigides comme des reliques. Elle doit marcher dans la même cadence que la société, la mener et l’instruire. On peut admettre que, actuellement, l’Église y échoue. »

    Dans cette optique, le départ de Benoît XVI est considéré par de nombreux experts comme un bon signe. Il s’agit d’une révolution d’époque qui va exercer une influence psychologique énorme sur les croyants.

    « L’avenir de l’Église catholique n’est pas en Europe principalement à cause la répartition géographique des catholiques. En effet, la plupart ne vivent pas en Europe (comme la plupart des habitants de la Terre ne vivent pas en Europe). Deuxièmement, la crise de l’Église n’est pas forcément totalement négative. Une crise, c’est la possibilité de réévaluer la situation, c’est la possibilité de faire des changements. Une crise a toujours des conséquences positives pour le développement d’une civilisation »,explique Igor Kovalevski, représentant des prêtres catholiques de Russie.

    La majorité des analystes s’accordent sur le fait que l’Église a besoin d’un dirigeant qui aurait à la fois une expérience pastorale et une expérience administrative. Mais ce n’est pas le principal. Le plus important est que le nouveau pape soit relativement jeune et qu’il ait du charisme pour attirer la sympathie d’une large communauté. Si c’est le cas, son origine et sa nationalité resteront du domaine privé et la chrétienté aura une nouvelle chance en Europe.

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