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D'autres chômeurs menacent de s'immoler. Partie 2

D'autres chômeurs menacent de s'immoler. Partie 2

Photo : EPA
Société
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Le syndicat SNU http://www.snutefifsu.org, qui a été créé en 2000 après une scission de la CFDT, a donné une conférence de presse ce mercredi 20 février à sa permanence du 43, 45 rue de Javel à Paris, soit une semaine après l'immolation de Djamal Chaar, 43 ans, devant le Pôle emploi de Nantes. Dans un entretien exclusif, Jean-Charles Steyger, conseiller au Pôle emploi sur le bassin de Nantes, membre du bureau national du SNU-FSU Pôle emploi, déplore la non-participation de la CGT Pôle emploi à la conférence de presse, parle de la situation très préoccupante du chômage, de la pauvreté, d'une véritable situation urgente où 230 000 chômeurs chaque année perdent l'assurance chômage, de la volonté du gouvernement de taire cette réalité et de la politique ultra-libérale de François Hollande, un président socialiste.

Cela ne dépasse pas les compétences de Pôle emploi ?

La véritable question est de savoir si Pôle emploi doit s'occuper des problèmes liés à l'emploi et aux problèmes sociaux. Je suis convaincu que nous devons intégrer des missions de luttes contre l'exclusion sociale. On n'est pas là que pour donner des offresd'emploi. Selon la loi de février 2008 Pôle emploi n'est pas simplement un outil de placement. C'est un outil de régularisation sociale.

 

Pôle emploi remplit ces missions ?

Ces missions n'existent pas actuellement car les pouvoirs publics nous ont demandé de privilégier l'inscription et l'indemnisation. Ni l'accompagnement, ni l'accompagnement social n'ont été une priorité pour Pôle emploi.

 

Peut-on s'imaginer que des annonces fictives sont publiées par Pôle emploi pour contenir psychologiquement les demandeurs d'emploi ?

Non, nous sommes obligés de saisir le numéro de Siret déposé par l'entreprise. C'est interdit de saisir des offres d'emploi fictives.

 

Si la situation ne change pas pour l'emploi, pensez-vous que les immolations vont augmenter ?

Oui, il y a un risque de contagion. Le gouvernement actuel et la direction générale se heurtent à cette réalité. Après l'immolation de Nantes nous avons eu trois tentatives d'immolation dans le pays.

 

Vous avez des informations du terrain ?

J'ai eu mes collègues nantais tout à l'heure. Ils expliquent qu'ils ont des menaces de demandeurs d'emploi qui veulent se tuer et se donner la mort dans l'agence demain ou la semaine prochaine. Cela continue même si le gouvernement fait en sorte de ne pas communiquer sur le sujet.

 

Ne pas communiquer sur le sujet ?

Je pense que le gouvernement ne veut pas assumer socialement ce qui se passe. Il a choisi une politique d'austérité. Il fait une politique ultra-libérale. Il continue une politique qui broie les plus faibles.

 

La situation est explosive en France ?

Oui, la situation est explosive. Tous les témoignages de terrain convergent sur l'affirmation que tous les demandeurs d'emploi aujourd'hui sont dans une situation de paupérisation de masse. Nous sommes loin de la situation du profil du chômeur qu'on avait dans les années 2000. Nous avons des gens qui ne peuvent plus se soigner, ni manger et qui ne peuvent plus se loger. En France nous ne sommes pas plus protégés que les Grecs aujourd'hui.

 

La France au niveau de la Grèce ?

Prenez les Restos du cœur. Nous avons les travailleurs pauvres qui doivent faire des choix entre se soigner, manger ou se loger. En l'espace de 24 mois on a obtenu en France une augmentation de 20 % des demandeurs auprès des services humanitaires. Sous Sarkozy ça pouvait se comprendre. Avec le gouvernement Hollande qui a été élu sur la base du socialisme on continue d'avoir des exclus. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec le gouvernement Hollande.

 

Vous demandez quoi de l’État ?

On demande que l’État prenne ses responsabilités et oriente Pôle emploi selon la situation économique du pays. Ils orientent actuellement Pôle emploi comme si nous étions dans une période de prospérité économique où tout va bien. Avec 5 % de chômage ça pourrait marcher ainsi tête baissée. Mais nous sommes à 12 % de chômeurs ! C'est absolument impossible dans ces conditions. Il faut réorienter, refinancer la politique de Pôle emploi.

 

Vous pensez quoi de la visite de Hollande en Grèce ?

Les Français ont été choqués de voir la brutalité de l'austérité en Grèce. Au même temps François Hollande a tout fait pour que les différents plans d'austérité grecs soient mis en place. Ce n'est pas une politique de gauche. François Hollande soutient l'orientation de la Troïka, du FMI qui est une orientation extrêmement libérale.

 

Des mensonges de Hollande ?

Disons que c'est flou. Quand c'est flou c'est qu'il y a un loup. C'est ce que Martine Aubry a dit. Je crois que Hollande a été très flou sur la question économique. Il tablait sur une croissance à 0,8 %. Hier encore, il passait à 0,3 %. Actuellement tout est passé au crible. Il s’en prend à l'assurance chômage, aux allocations, à tous les mécanismes de solidarité. Ce n'est pas encore à ces gens à payer. Ce n'est pas à ceux qui ont besoin de la solidarité nationale à payer la crise. C'était aux banques de payer la crise. Les banques, elles, pourront continuer à spéculer avec les fonds des salariés français.

 

Les agents du Pôle emploi sont aussi touchés ?

Au Pôle emploi, les agents qui sont en CDD n'osent pas parler car ils espèrent un CDI. Nous devrions être exemplaires. Au sein du Pôle emploi nous avons deux CDD sur trois qui ne sont pas repris à Pôle emploi.

 

Des sociétés privées intéressées de casser le Pôle emploi ?

Il ne faut pas le faire. On a l'étude du Crest (Le Centre de Recherche en Économie et Statistique) qui dit que le Pôle emploi est plus performant que la sous-traitance qui représente 1 milliard d'euros par an. Pôle emploi est le seul organisme qui reçoit tous les chômeurs ce qui n'est pas le cas d'une agence intérim. Pôle emploi conserve encore une dimension de service public.

 

Vous avez rencontré Michel Sapin et Marie-Arlette Carlotti à Nantes ?

C'était de la communication politique. Il n'y avait rien, aucune proposition. Michel Sapin est venu à 20 h. Il s'est déplacé, c'est bien car il le fallait. Le lendemain nous sommes allés à une réunion avec Marie-Arlette Carlotti qui est en charge d'un plan de lutte contre la pauvreté. Elle nous a fait la promotion de son plan. Nous, nous lui avons demandé la tenue d'une Conférence nationale d'urgence contre la précarité et pour l'emploi.

 

A ce jour vous avez reçu une réponse ?

Non, pas encore. On n'a pas eu de réponse négative. Nous avons envoyé un courrier à tous les parlementaires de la gauche au gouvernement. On n'a pas contacté l'UMP ni le FN. On demande aux parlementaires de s'assurer que cette conférence se tienne.

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