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    « Les larmes aux yeux tellement c'était magnifique ». Partie 2

    « Les larmes aux yeux tellement c'était magnifique ». Partie 2

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    Entretien avec le gambiste Gilles Zimmermann. Gilles 55 ans, est un musicien lorrain de Nancy qui a découvert la viole après un long parcours depuis le blues, le rock, le jazz et la musique improvisée à partir de 1974. La musique comptant plus que tout pour lui, il se moque à l'époque de son bac pour passer un examen au conservatoire avec succès. Après une période de guitariste et de bassiste avec des musiciens londoniens, Gilles Zimmermann s'est installé en Bavière. Aujourd'hui, après un réel long parcours de gladiateur de la musique, Gilles Zimmermann sort son CD, The Missing Link (chaînon manquant), sur le label Art-mode records www.reverbnation.com/gilleszimmermann.

    L'arrivée à Paris n'a pas été fructueuse ?

    J'ai essayé Paris avant mon départ pour Londres. Paris, c'était une vraie galère. Ensuite, quand je venais de Londres, on me déroulait le tapis rouge. Puis en quittant la capitale britannique je suis soudainement redevenu « provincial ». La vie au quotidien y est un enfer quand on n'est pas trop fortuné.

    Commence alors un long périple ?

    Nouveau départ de zéro en Angleterre où après six ans je me suis aperçu qu'étant Français la seule solution était de devenir musicien de session. J'ai fini en tournant avec Bill Pritchard qui était produit par Etienne Daho. Puis tout le groupe s'est fait virer et j'ai décidé de partir ailleurs, ne voyant pas de possibilité de m'établir comme compositeur en Angleterre. J'avais aussi rencontré à l'époque Desireless qui avait en projet une tournée mondiale qui dépendait de la sortie de son nouveau single. Malheureusement la maison de disque qui avait son siège à Londres n'a pas voulu le sortir et tout est tombé à l'eau. La première carrière de madame également… De passage à Munich j'ai rencontré un Marseillais ingénieur du son dans le cinéma et, par hasard, le jour de ma deuxième visite, il m'a appelé pour me proposer de rencontrer le réalisateur Peter Zobel qui cherchait un compositeur pour un film. J'ai eu le job et j'ai décidé de rester à Munich.

    Vous composez des musiques pour des films ?

    J'aimerais en faire plus. J'ai fait des musiques de théâtre et même un Maigret. Pour l'instant deux musiques de film avec Peter Zobel : Schlösser et Tokyo-Pankow diffusés sur ZDF vers 1993. J'ai pensé faire carrière dans le film en Allemagne mais j'ai vite déchanté. C'est la même mentalité de clan et l'Allemagne n'est pas réputée pour sa production de film. Les gens avec du talent finissent par partir aux États-Unis. On doit bien avoir environ dix compositeurs qui vivent de la musique de film en Allemagne. Par contre sur le point commercial, c'est le jour et la nuit avec les Français qui semblent incapables de voir plus loin que la Francophonie. L'Allemagne n'est pas trop réputée pour sa créativité mais ici on a des pros qui pensent au monde entier et qui bossent ! Puisque nous sommes sur ce sujet, je tiens à dire que je ne suis pas du tout content de la Sacem : les deux films auxquels j'ai participé comme compositeur ont été diffusés par la ZDF et au Japon. Mais je n'ai jamais vu un seul centime. Quand j'ai fait une réclamation auprès de la Sacem, on m'a répondu à Paris que je devrais m'inscrire à la Gema allemande… Pour la musique du film Tokyo-Pankow, je cherchais un son entre l'Allemagne et le Japon. Un ami m'a proposé de me prêter une espèce de viole de gambe. J'ai enregistré toute la musique du film avec l'instrument. Ce qui m'a permis de me familiariser avec l´instrument

    Et c'est avec le cachet du film que vous avez financé votre viole ?

    Avec l'argent du contrat j'ai cherché un luthier capable. Je lui ai commandé la viole que j'ai maintenant. Changer d'instrument signifiait aussi repartir à zéro. Il m'a fallu trois ans pour retrouver un niveau à peu près équivalent à la guitare. Mais sur scène j'ai trop souvent eu le problème de la qualité du son. Je me suis mis à rêver d'avoir une viole de gambe électrique. En 2002, j'ai rencontré Jan Goorissen aux Pays-Bas. Suite à notre discussion il a décidé de se lancer dans la construction d'une viole électrique. J'ai eu les deux premiers modèles. Après il m'a fallu résoudre le problème de l'amplification. En découvrant le logiciel Ableton Live en 2003, j'ai pu commencer à travailler sur les effets.

    Maintenant vous sortez votre CD. Qu'allons-nous pouvoir écouter ? Un son de viole classique ou des créations ?

    J'ai décidé de faire ce CD en décembre de l'année dernière… J'ai bien essayé de contacter des maisons de disques mais, rien à faire. Ils ne m'écoutent même pas. Il faut d'abord que le produit existe. Eux, ils arrivent après. C'est normal quelque part. J'avais d'abord essayé de faire un trio de violes de gambe acoustiques mais les musiciens qui viennent du classique ont un gros problème avec le rythme et les choses qui se font « à l'oreille ». J'ai donc commencé à enregistrer mes compositions tout seul avec l'ordinateur mélangeant viole acoustique et électrique.

    J'ai rencontré en 2007 le joueur de tabla Probir Mitra et nous avons commencé à travailler ensemble. Début 2012, j'ai rappelé mon vieil ami Gaspare Sepio avec lequel j'avais fait les bals au début des années 80. A l'automne 2012, Probir est venu en Europe avec la chanteuse Sucheta Ganguly. Nous avons organisé quelques concerts un peu à l'arrache. C'était une révélation. Sucheta débarquait dans le répertoire. Nous avons dû improviser tous les morceaux sans respecter les structures fixées avec comme résultat une excellente concentration de tous les musiciens. J'en avais les larmes aux yeux tellement c'était magnifique. J'ai décidé d'en faire un enregistrement.

    Avec Internet, on peut très bien produire un CD et le vendre soi-même directement. Je suis parti sur cette idée. Après 3 mois d'enregistrements j'ai voulu avoir un mastering professionnel. J'ai contacté pour cela mon ami Hartmut Welz qui m'a immédiatement proposé de sortir le CD sur son label. Maintenant j'ai un CD de 52 minutes avec mes compositions de violes « virtuelles » puisqu'il n'y a pas moyen pour l'instant de travailler avec de vrais gambistes.

    J'ai développé ma propre technique de viole qui n'a pas grand-chose à voir avec celle reconstituée d'après les livres dans les écoles de musique ancienne. Suivant les conseils de Valentin Clastrier d'utiliser « un maximum d'effets électroniques » j'ai beaucoup utilisé le vocoder qui permet de faire passer le son de l'instrument à travers le filtre d´un synthétiseur. C'est un peu la viole-synthétiseur. Cela reste quand même du bricolage. Dans mes compositions je ne me suis jamais soucié de faire dans un style particulier. J'ai choisi des morceaux plus « accessibles » pour un public plus large. Comme il n'y a pratiquement pas de style de référence à part la « World music ». En fait je préfère ma dénomination de « open-minded music» qui demande une certaine ouverture d'esprit à faire comme à écouter.

    Quels sont vos projets ? Des concerts ?

    Pleins de projets en cours, d'autres CDs avec mes compositions. Une série de reprises de JS Bach avec des arrangements modernes. Une autre avec des reprises et des arrangements de Zappa, Ravel et autres compositeurs du XXème siècle. Le problème de travailler avec des musiciens Indiens, c'est évidemment la distance. J'ai déjà une formule de concert solo où j'utilise des loops. Dans un duo avec Gaspare Sepio nous avons développé les sonorités de l'accordéon avec la viole. L'idée est séduisante quand on réalise que l'accordéon est un instrument « populaire » et que l'autre était réservé à « l'élite ». Nous jouons mes compositions et des reprises et l'idée est de développer le répertoire, pour, à partir de l'automne 2013, pouvoir présenter une formule d'ensemble plus large avec Probir Mitra au tabla. J'espère avoir la chanteuse Sucheta Ganguly avec Verena Kronseder qui est la seule gambiste que je connaisse qui soit capable d'improviser et qui possède aussi une viole électrique… Je n'exclus aucun autre instrument invité si ce n'est peut-être la guitare parce que trop proche de ce que fait la gambe. Mais j'aimerais surtout enregistrer un album live. C'est dans cet instant que la musique, qui fait appel à l'improvisation, nécessite le feedback d'un public.

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