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En France, l'habitat léger menacé

En France, l'habitat léger menacé

Photo : www.terredevieducinoble.org
Société
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En France, la liberté fondamentale de vivre comme on le souhaite risque de passer à la trappe. Patrick Jimena, du parti Europe Écologie les Verts, est le premier élu à vivre dans une yourte. Il le fait par choix, afin de se distancier de cette société de consommation. On apprend que Sylvie Roumieu, maire de Cubières-sur-Cinoble, dans l’Aude, et qui se bat depuis cinq ans pour un village de yourtes, a été menacée par l’État de se voir retirer son mandat de maire. Sylvie Roumieu continue sa lutte pour le droit au logement dans des yourtes même si le tribunal a décidé de l'expulsion des habitants des yourtes en mars 2013. A la fin du mois, Cécile Duflot doit rendre sa copie sur la question du logement et sur l'habitat léger.

Avec la crise en France et le chômage, la yourte, en tant qu'habitat léger, est devenue une alternative intelligente qui procure un toit, une dignité et de l'autonomie, tout en étant respectueuse de l'environnement. Alors que nous sommes dans l'obligation de repenser notre société pour parer à une crise sans précédent, les responsables du pays ne sont pas encore prêts à admettre le rôle de la yourte et de l'habitat léger.

Caravane comme permanence d'élu - vie en yourte. Patrick Jimena est conseiller général à Toulouse. Depuis six ans, il teste l'habitat léger et habite désormais dans une yourte depuis peu. Il a commencé par habiter dans une caravane sédentaire car il voulait voir ce que ça faisait de vivre dans un habitat restreint. Avec une maison, il y avait trop de charges, trop d'astreintes. Depuis 2006, il vit dans une caravane pour se libérer des choses matérielles. Confronté alors à l'image que l'on porte sur les gens du voyage, il découvre que la caravane lui donne un lit, un coin pour la cuisine et un coin pour se laver, le nécessaire pour vivre. Patrick Jimena vient des quartiers populaires. Petit-fils de Républicains espagnols, il porte en lui cet esprit de combat et de justice sociale.

Engagement politique. En 2011, lors des élections cantonales, Patrick Jimena se présente sur la liste d'Europe Écologie les Verts dans le fief socialiste toulousain. Élu, il devient le premier conseiller général EELV local. N'ayant pas de groupe politique, Patrick Jimena n'a pas de bureau. Dépourvu de moyens, l'élu décide de transformer une vielle caravane en bureau mobile, dans laquelle il fait ses permanences de conseiller général ! Il s'agit d'une Caravelaire, une marque symbole, et il s'en explique : « C'est le symbole de la conversion de l'industrie qui montre qu'en cas de crise, on peut tout faire et sauver des emplois ». Avant Airbus, c'était l'Aérospatiale... lors d'une période de crise, l'Aérospatiale a fabriqué des téléviseurs, des frigidaires, ainsi que la fameuse caravane. « Un symbole contre la mono-industrie ! Car une forme d'industrie n'est pas éternelle, surtout avec la fin à venir du pétrole »,martèle Patrick Jimena.

Économie mal adaptée. S'adapter de façon pragmatique devrait être le mot d'ordre. Pour Patrick Jimena, on devrait s'orienter vers le thermosiphon, qui permettrait de vivre en autonomie pour un investissement peu important. « Cela permet de réduire de 50 à 70 % la facture énergétique là où de nombreuses personnes ont du mal à payer leurs factures ! », explique l'élu. « On peut imaginer que demain sera un moment difficile et si on ne permet pas aux gens d'être autonomes et de pouvoir se laver et de se chauffer, on va avoir une crise sociale très importante. Je sens beaucoup d'exaspération et de la colère auprès des gens. J'ai testé la yourte et je suis convaincu que cet habitat va permettre de retrouver la reconnaissance sociale car cet agglutinement de gens les uns sur les autres où il n'y a plus d'emploi est le terreau de la violence sociale de demain ». Selon Patrick Jimena, le système de reconnaissance sociale actuel doit être réinventé, et il faut travailler sur d'autres alternatives et créer une troisième voie.

Loi sur le logement. En ce moment, la préparation d'une loi sur le logement est en cours. Un document sur les coopératives d'habitants est en passe d'être publié par Cécile Duflot, qui devrait se pencher sur l'habitat léger et la yourte. Un million de personnes vivent aujourd'hui en France dans une habitation légère. La yourte est une tente et non une construction. Les engins lourds ne sont pas nécessaires et cet habitat permet de préserver les terres agricoles. Avec cette prochaine loi, on espère que le cabinet de Cécile Duflot fasse en sorte que la yourte soit considérée comme un lieu principal d'habitation. « L'habitat léger doit rentrer dans le droit commun. Il faut légiférer en la matière car certains maires sont contre. La yourte permet de refaire vivre le tissu social et économique du milieu rural. Voilà pourquoi je veux me battre pour l'habitat léger car si on n'a pas le droit d'être pauvre on a le droit à la dignité» conclut Patrick Jimena.

Expulsions de yourtes – menace sur mandat. Tous ces jolis discours sur l'habitat léger ne font pas pour autant que les yourtes et leurs habitants sont aujourd'hui défendus en France. La maire Sylvie Roumieu en a été pour ses frais. Ainsi, les neuf yourtes et leurs dix habitants âgés de dix mois à 65 ans, qui sont sur sa commune, doivent quitter les lieux aux termes d'un jugement du 22 mars 2013. « Nous sommes 110 habitants aujourd'hui contre 65 à l'époque, dont 25 enfants. En continuant ainsi, on pourrait recréer une école. Au dernier congrès des maires, il a pourtant été dit que ces derniers doivent prendre leur responsabilité. A un moment donné, ces gens devront rendre des comptes à la population. Ce qui se passe est très grave pour la démocratie. Ils s'érigent contre le souhait de la population et contre le conseil municipal. » Sylvie Roumieu se bat depuis cinq ans et elle compte aller à Paris pour rencontrer Cécile Duflot. Sylvie Roumieu ne pensait pas perdre au tribunal, et doute que la justice ait été indépendante. Le préfet a tout fait pour bloquer. « On a un soutien mais pas de cadre juridique. Dans ma commune, c'est encore moi qui commande. Ce qui les dérange, c'est que nous pouvons avoir des cadres de vie avec très peu de moyens. Leurs petits copains travaillent avec l'argent public, c'est-à-dire avec le nôtre. Je cherche à développer mon village. Dans notre village, on a créé cinq emplois et on a une carte touristique. Cinq emplois, c'est énorme pour un petit village. Le préfet m'a dit qu'il s'en foutait. C'est grave d'entendre ça compte tenu de la situation de l'emploi dans la région et de la désertification des campagnes. Le plus grave, c'est que le préfet m'a menacé de me retirer mon mandat de maire si je m'obstinais. » N

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