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    Entretien exclusif avec Laurent Obertone, auteur d'Utøya, qui sort cette semaine

    Entretien exclusif avec Laurent Obertone, auteur d'Utøya, qui sort cette semaine

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    La France orange mécanique, le premier ouvrage de Laurent Obertone, a mis sur orbite des séries de faits chiffrés qui se déroulent en France et que les autorités publiques ou les médias qualifient de documents d'extrême droite. Laurent Obertone nous parle de son premier ouvrage, de la France, de l'Europe, de l'immigration, des médias et surtout de son nouveau livre Utøya.

    Recevez-vous toujours des témoignages de lecteurs ?

    Énormément. Essentiellement des messages de soutien. Beaucoup de policiers, beaucoup de victimes. Des gens révoltés, parfois en pleine détresse, loin d'intéresser médias et politiciens, qui réalisent à quel point notre justice est parfois à côté de la plaque.

    Avoir été mis d'office dans un camp, celui de l'extrême droite, qu’est-ce que cela montre selon vous ?

    La lâcheté de ceux qui ne veulent pas entendre parler de la réalité. Leur faiblesse aussi. Ils savent qu'ils ont tout à perdre dans une confrontation honnête. Ils croient pouvoir anéantir le porteur de mauvaises nouvelles en le traitant de vipère lubrique. Mes lecteurs ont compris que ces scandales étaient construits pour confisquer la réalité.

    Pourquoi avoir voulu enquêter sur Anders Breivik ? Vous auriez pu choisir un sujet ne touchant pas à l'immigration, histoire de changer d'air !

    Je me suis intéressé à l'affaire Breivik dès septembre 2011. La décision d'écrire un livre a été entérinée à l'été 2012, bien avant janvier 2013 et la sortie de La France orange mécanique. De plus, Breivik ne touche pas tant à l'immigration qu'on peut le croire. Certes, il dit agir contre l'immigration en général, l'Islam en particulier, mais au fond, ce n'est pas ce qui détermine son action.

    Comment réagissent les habitants de la région d'Utøya sur l'acte d'Anders Breivik ?

    Il y a en Norvège une sorte de stupeur et de tabou autour de Breivik. C'est mal, c'est un acte de fou, point final.

    Avez-vous trouvé des Norvégiens qui soutiennent dans un sens ou dans un autre Anders Breivik ?

    Aucun ne soutiendra Breivik publiquement, mais le scepticisme à l'encontre du multiculturalisme n'a pas marqué le pas, au contraire. Breivik est d'ailleurs devenu l'argument d'une frange de la gauche norvégienne. Une sorte de point Godwin local.

    Que recherchez-vous en enquêtant sur les meurtres d'Utøya ?

    Des réponses aux questions que le procès a ouvert : comment peut-on être à la fois sain d'esprit et coupable de l'assassinat de 77 personnes ? Ce genre d'acte implique un auteur hors normes, pas simplement motivé par des idées.

    Vous dites que les sociétés occidentales sont face à des schémas qu'elles n'ont jamais connus et qui engendrent des réactions en dehors de la norme. Pouvons-nous avoir un Anders Breivik en France ou ailleurs en Europe ?

    Plusieurs émules de Breivik ont été interpellés en Europe. Le contexte est favorable à des actions isolées. Mais pour une attaque aussi élaborée et méthodique que celle d'Utøya, il faut bien davantage qu'un homme en colère. Des centaines de milliers d'européens partagent les constats de Breivik, ils n'auront jamais l'idée de tuer qui que ce soit.

    Comment expliquez-vous que ce massacre d'Utøya ait pu se dérouler en Norvège ?

    Parce que Breivik est né en Norvège. La Norvège est certes très politiquement correcte, socialement oppressante, mais il faut bien comprendre que Breivik n'est pas le fruit d'un « climat » ou de « discours ». Il s'est fait tout seul.

    Vos recherches montrent qu'Anders Breivik n'est donc pas un fou ? Comment le définir alors ?

    Breivik est d'abord un extrême mégalomane. Il a été suffisamment intelligent, obsessionnel et minutieux pour préparer et réussir l'assassinat de 77 personnes en trois heures à peine, ce qui l'a rendu instantanément célèbre.

    Il est animé par des certitudes absolues, que rien n'ébranle jamais. Son seul but est d'imposer violemment ses certitudes, et de s'imposer à travers elles. La criminologie américaine qualifie les gens comme lui de « Violent True Believer ».

    Quel a été le rôle des médias sur l'image d'Anders Breivik ?

    Exactement celui qu'il attendait d'eux. Une publicité gratuite, immédiate, gigantesque et durable. Sans les médias, Breivik n'aurait peut-être pas agi.

    Évidemment, les médias ont ensuite dû remplir leurs pages, résumer, expliquer Utøya sans prendre le temps de connaître Breivik, de connaître les faits. Beaucoup d'inepties ont été dites. Dans pareil cas, seule la littérature, à la fois par son recul et son immersion, peut nous ramener au cœur de la vérité.

    Depuis la publication de La France Orange mécanique,que dire du travail des médias vis à vis des faits divers ?

    Tous les matins, dans leur grande majorité, ils font semblant de découvrir l'horreur. Les agressions ultraviolentes se multiplieraient. Des gens n'effectueraient pas leurs peines de prisons. On se demande sérieusement si on peut réduire la récidive en vidant les prisons... On fait semblant de croire que Valls peut obtenir des résultats alors que Taubira a la clé de l'application des peines, et c'est de là que viennent les problèmes.

    Les médias se sont convaincus d'une chose : sur le fond tout va bien, et si quelqu'un prétend le contraire, ils seront les premiers à lui tomber dessus.

    Pour vous, les sociétés occidentales sont très pacifiées. Le multiculturalisme que vous montrez du doigt ne serait pas pacifié ?

    J'ai constaté, et beaucoup d'autres l'ont fait avant moi, que le multiculturalisme générait automatiquement des frictions, parfois des affrontements, en tout cas un effondrement du capital social. Pourtant il est interdit de débattre de sa pertinence.

    Eu égard à votre étude du terrain en France et en Norvège, quelles formes d'avenir voyez-vous pour la France et pour l'Europe ?

    Hyper médiatisation, multiculturalisme, effondrement du capital social, compétition morale, négation des réalités, terreur démocratique... Sans créer des individus comme Breivik, un tel terreau favorise leur essor.

    Si le multiculturalisme continue, nous deviendrons tranquillement une sorte de Brésil. Ça en réjouira certains, ça en inquiètera d'autres.

    Les choses peuvent évoluer très vite dans une autre direction, mais suffit-il de l'espérer ? Les sociétés doivent décider de leur avenir. Les Français constatent depuis des décennies qu'il y a « trop » d'immigration, que les politiciens ne tiennent pas leurs promesses, que les médias sont des menteurs... L'immigration, les médias et les politiciens sont toujours là.

    C'est un effet secondaire de l'effondrement du capital social. Les gens n'ont pas conscience de constituer un tout, ni qu'ils ont le devoir de faire respecter leur souveraineté.

    C'est à eux de décider. Un système démocratique a vocation à être dominé par une élite (pas seulement politique) aux intérêts propres. Si les citoyens la laissent en place, c'est sans doute qu'ils en approuvent les décisions et les principes.

    Quelle est l'utilité du multiculturalisme ?

    Il est utile à l'élite. C'est la matière première de sa compétition morale.

    Quelle est le but de votre dernier livre Utøya?

    Restituer le plus grand massacre de masse à main armée mené par un seul homme, son contexte, son cheminement mental, sa préparation. Sur Utøya et Breivik, tout a été dit, donc rien n'a été dit. Un massacre d'une telle ampleur signifie beaucoup de choses. Il est des sujets qui dépassent l'information, qu'on ne peut pas seulement laisser aux médias. /N

     

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

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