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    L’Histoire qui réunit (4e partie) : le mystère de la réconciliation

    L’Histoire qui réunit (4e partie) : le mystère de la réconciliation

    © Photo : Dariusz Cychol
    Société
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    Il est faux d’affirmer que la division des Russes et des Polonais est historique. Ce sont seulement ceux qui refusent la réconciliation qui disent cela, ceux qui veulent que nous soyons toujours ennemis. Tous les régimes totalitaires ont construit leur empire grâce à une lutte contre quelqu’un. Les ennemis ont changé, mais pas le but du combat. Des systèmes menant au pouvoir absolu, au totalitarisme, ont été construits. Qu’importe ce qu’étaient ces systèmes et ce sur quoi ils se basaient : sur une idéologie morbide, une philosophie utopique ou une religion. Une seule chose était immuable, l’individu n’existait pas pour eux.

    « Sur le chemin »

    Lioubov Maklakova nous attendait à Bouratchikha. Nous étions chez elle, à une table copieusement couverte. Il y avait de la chaleur et de la tristesse dans nos cœurs. L’atmosphère n’était pas propice à la discussion. Véra et Lioubov ont emballé une bouteille de vodka et un bocal de champignon pour le colonel Leon Wagner. Nous avons bu sur le chemin et sommes rentrés à l’hôtel à Niandoma.

    Alors que, le lendemain, je me préparais déjà à partir, Dmitri Pavlov, du département général de l’économie forestière d’Arkhangelsk, est arrivé. Il a apporté des plants d’épicéa de Sibérie.

    « Prends-les en Pologne. Ils pourraient peut-être servir à quelqu’un. Prends ! Ce sont juste des arbres délicats. »

    Quelqu’un avait enveloppé les plants dans une vieille chemise, quelqu’un les avait arrosés et quelqu’un les avait emballés… Ainsi, trente-deux épicéas de Sibérie m’ont tenu compagnie durant mon voyage. Quelques jours plus tard, ils sont arrivés sains et saufs en Pologne.

    Anniversaire

    14 juin 2013, je suis avec le colonel Leon Wagner dans sa datcha. Nous buvons de la vodka, que j’ai ramenée de Bouratchikha à l’enfant qu’il était, et nous mangeons des champignons de la taïga. Nous regardons des photos et des vidéos que j’ai faites là-bas. C’est surtout moi qui parle. Mon vieil ami écoute.

    Le colonel Wagner a bu chaque mot de l’histoire de mon voyage dans la région du Nord de la Russie. De façon générale, il ne s’est étonné de rien. Et à la question de savoir s’il en voulait aux Russes, il a calmement répondu ceci :

    « Les Russes sont des gens bien. C’était le système qui était mauvais, pas ses victimes. Quand je servais dans l’armée et que je pouvais tranquillement discuter avec les officiers soviétiques, nous en parlions sans détour. Mais seulement en tête à tête. La présence d’une troisième personne suscitait déjà de la crainte. Cette méfiance a été créée par ce système, cette machine dont nous étions tous de minuscules rouages. Le pardon ? Mais qui dois-je donc pardonner et pour quoi ? Nous avons juste vécu dans une réalité folle et malade. »

    Ce sont les propos sensés et posés d’une personne rendue sage par la vie et à qui la taïga de Bouratchikha a volé l’enfance et qui a vu l’exil de ses parents.

    Réflexions autour d’un verre de vodka

    Pour tous les systèmes menant au pouvoir absolu, au totalitarisme, l’individu n’existait pas. C’est exactement ce qu’était le stalinisme (1929-1953). Cela a été rendu possible par le théoricien allemand du socialisme scientifique Karl Marx, son coauteur Friedrich Engels, le révolutionnaire russe Lénine, le fondateur polonais de la Tchéka Félix Dzerjinski et, enfin, le Géorgien Joseph Staline. L’idéologie ne connait pas de frontière.

    L’historien russe Roy Medvedev estime le nombre de victimes du stalinisme en URSS à quarante millions de personnes. La majorité d’entre eux, 75 % environ, sont des Russes. Il est probable que chaque famille russe a quelqu’un qui a collaboré avec la Sécurité d’État. Mais il est certain qu’il n’existe aucune famille qui n’a pas connu dans son histoire une victime des crimes du régime communiste. Si nous regardons l’histoire de ce point de vue, alors la réconciliation de nos peuples n’a jamais été aussi proche.

    Le colonel polonais Leon Wagner a résolu le problème des plants de la taïga. Il en a planté un devant sa maison et en a offert un à son frère. Un troisième poussera au milieu du monument aux victimes des déportations dans son village natal de Łomża. J’ai reçu un MMS directement de la taïga. La plaque commémorative en l’honneur de Kazio brille. C’est comme si lui et les autres enfants nous passaient le bonjour. Qui était Kazio pour moi ? Celui dont le destin m’a été raconté, durant toute ma vie, par ma grand-mère, mon père, mon grand-père. Celui qui fait que la neige de la taïga de Bouratchikha pèse comme une pierre sur mon cœur. Cette neige a commencé à fondre en juin 2013. Je suis convaincu qu’elle fondra aussi dans le cœur de ceux qui lisent ce reportage.

     

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