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    En mémoire de Thomas Sankara, le Che Guevara africain

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    Il y a bientôt 26 ans était assassiné le « père de la révolution burkinabé », Thomas Isidore Noël Sankara. Un des plus grands dirigeants d’Afrique. En plus d’être un vrai révolutionnaire, Thomas Sankara était aussi et surtout un grand visionnaire, aussi bien pour sa nation que pour toute l’Afrique.

    Né en 1949 dans la Haute-Volta (nom que portait le pays durant la colonisation) dans une famille catholique, il opte pour une carrière militaire. Il suivra une formation d’officier à l’Ecole militaire inter-armée (EMIA) de Yaoundé, au Cameroun, puis à l’Académie militaire d’Antsirabe, à Madagascar. Il devient en 1976 commandant du Centre national d’entrainement commando (CNEC).

    Il sera nommé secrétaire d’Etat à l’information en septembre 1981, dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo. Mais moins d’un an plus tard, il démissionnera en déclarant : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! ». Il deviendra Premier ministre en janvier 1983 dans le gouvernement du médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo (arrivé au pouvoir à la suite d’un putsch). Pourtant, quelques mois plus tard, il est limogé et mis aux arrêts après une visite dans le pays de Guy Penne, franc-maçon et conseiller de François Mitterrand pour les affaires africaines. Selon plusieurs sources, le limogeage et l’arrestation de Sankara n’étaient pas liés au hasard mais bien l’œuvre d’une intervention française en raison des idées progressistes de Thomas Sankara qui déplaisaient beaucoup à l’ancienne métropole coloniale.

    Le 4 août 1983, un nouveau coup d’Etat place Thomas Sankara (déjà très populaire au sein de la population) à la tête du pays. Il forme dès lors le Conseil national de la Révolution (CNR) et définit son programme politique dans la lignée anti-impérialiste. Il change le nom du pays qui devient le Burkina-Faso, signifiant « la patrie des hommes intègres ». Il devient également l’un des principaux leaders du Mouvement des non-alignés bien qu’il sympathise ouvertement avec l’URSS (où il se rendit notamment en 1986). Il dénoncera fermement le colonialisme et le néo-colonialisme, notamment de la France, ainsi que les régimes africains servant les intérêts néocoloniaux (« les régimes clients »). Souhaitant à tout prix redonner le pouvoir au peuple, il créera durant sa présidence les Comités de défense de la révolution (CDR) qui permettront la participation de tous les citoyens aux prises de décision.

    Cette politique de démocratie participative a permis de réduire considérablement des fléaux tels que la malnutrition, le manque d’eau (grâce à la construction massive de puits et retenues d’eau). Sa politique de « vaccinations commandos » a quant à elle permit de diminuer la propagation des maladies. Sans oublier la lutte contre l’analphabétisme, dont les résultats ont été plus que convaincants (diminution de près de 20%). Par ailleurs, Thomas Sankara contribuera grandement à l’émancipation de la femme burkinabé, voulant à tout prix une place égale pour elle dans la société. Il luttera avec succès contre le tribalisme féodal et la désertification, combattra très efficacement la corruption et améliora l’agriculture. Autre fait majeur : il sera le seul président africain et un des rares au monde à vendre toutes les luxueuses voitures de fonctions de l’Etat afin de les remplacer par de modestes et basiques Renault 5. Il réduira les salaires des fonctionnaires dont le sien (dont une partie importante était destiné aux projets publics et aux œuvres caritatives). Lors de ses déplacements à l’étranger, il voyagera toujours avec ses collaborateurs en classe touriste.

    Le problème est que malgré toutes ses réalisations pour son peuple et étant un vrai modèle pour les autres nations africaines, Sankara gênait considérablement les intérêts impérialistes. Il sera assassiné le 15 octobre 1987 lors d’un coup d’Etat organisé par un certain Blaise Compaoré, que Sankara considérait pourtant comme son propre frère, et qui prendra le pouvoir pour le monopoliser jusqu’à aujourd’hui, étant par la même occasion un des meilleurs agents du système mafieux de la Françafrique et un des acteurs principaux de la crise actuelle en Côte d’Ivoire.

    A l’image de Patrice Lumumba en République démocratique du Congo, Thomas Sankara est et restera un martyr africain et un combattant acharné pour la justice. Autre point qui les rassemble : ils ont été tous deux assassinés par des pantins locaux sous les ordres et avec la complicité de forces extérieurs. En effet et selon plusieurs sources, dont le journaliste d’investigation italien Silvestro Montanaro qui a réalisé un célèbre film sur l’assassinat de Thomas Sankara (« Ombres africaines ») et a interviewé plusieurs personnalités influentes de l’époque, dont les proches de l’ex-président libérien Charles Taylor, qui affirment avec assurance l’implication de la CIA et des services secrets français dans cet assassinat. Peu surprenant, à dire vrai. De grands leaders progressistes inspirant leurs nations et même leurs continents finissent souvent soit assassinés, soit dans des geôles de ceux qui affirment « défendre la démocratie et les droits de l’homme partout et toujours »…

    Une semaine avant son assassinat,Thomas Sankara avait déclaré : « On peut tuer un homme, mais on ne peut pas tuer ses idées ».C’est ce que les assassins oublient trop souvent, de même qu’une autre chose : les héros ne meurent jamais. Surtout dans les cœurs des millions d’hommes et femmes qui chérissent et continueront de chérir celui qui s’est toujours battu pour leurs droits. Quant à son combat, d’autres s’en inspireront et poursuivront certainement la lutte.

    « Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe ! »

    « Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront ! »

    « Le système néocolonial tremble quand le peuple devenu maître de sa destinée veut rendre sa justice ! »

    Thomas Sankara

    /N

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