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    Les Français plus déprimés que les Ouzbeks

    Les Français plus déprimés que les Ouzbeks

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    Un classement américain des pays en fonction de la déprime de leurs habitants place la France à la 57e place derrière la plupart des pays du Nord de l’Europe. Selon les experts, cet état d’âme a des origines culturelles.

    « C’est l’une des questions qui laisse le plus perplexe en ce début de XXIe siècle : comment les Français, qui ont inventé la joie de vivre (…), peuvent-ils être si résolument tristes ? », se posait la question à la fin du mois dernier l’hebdomadaire britannique The Economist. Le magazine note que d'après le sondage de Gallup, qui comptabilise par pays le nombre des personnes qui ont souri ou fait la veille une activité qui met de bonne humeur, les Français seraient plus déprimés que les Ouzbeks et les Ougandais. Ils sont également plus pessimistes quant à leur avenir que les Albanais ou les Irakiens. Le baromètre qui s’appelle Positive experience index place les Français à la 57e position dans une liste de 143 pays, largement derrière la Suisse, la Suède, la Norvège, la Belgique et le Luxembourg.

    A en croire les sondages, les Français sont des grincheux pathologiques : rien ne va dans leur pays, les hommes politiques qu’ils élisent sont des incapables, l’économie du pays va de plus en plus mal, et il n’y a aucun avenir pour eux en France. En même temps, ils bénéficient d’un niveau de vie assez élevé, ont un accès gratuit aux soins médicaux, aux écoles et aux universités, et bénéficient d’un cadre exceptionnel, comme en témoigne l’afflux de touristes. La chercheuse de l’Ecole d’économie de Paris Claudia Senik a travaillé deux ans sur une recherche détaillée pour essayer de cerner ce problème. Pour elle, ce malaise s’explique par « des attitudes mentales acquises à l’école et à d’autres occasions de socialisation, plus particulièrement pendant la jeunesse.»

    Quoi qu'il en soit, la dépression des Français s'inscrit dans une tendance générale que relèvent tous les sondages : les peuples d'Asie et d'Amérique latine sont généralement plus heureux dans leur vie que les populations des pays d'Europe.

    Un passé glorieux, un avenir incertain

    La presse anglo-saxonne attribue la vision pessimiste de la vie chez les Français à « leur appétit pour l’autocritique » et le doute. La faute aux philosophes des Lumières ? Ou aux héros romantiques du XIXe siècle ? En tous les cas, les signes de cette critique ressortent un peu partout dans la société.

    « C’est une tradition française : nous sommes orgueilleux et nous nous critiquons. Des pessimistes que nous sommes », a répliqué le président français François Hollande lors des voeux à la presse il y a une dizaine de jours, en réponse à la question d'un journaliste sur les résultats médiocres en matière d'emploi.

    Le chômage galopant en France ne donne certainement aucune raison de se réjouir. Mais cette tendance au pessimisme ne date pas d'aujourd'hui. Elle s'est toujours ressentie. C'est commun de parler de la France comme d’un pays qui « avait un passé glorieux », mais dont l'avenir promet peu de positif. La France est un pays qui a connu une forte croissance économique durant les Trente glorieuses et qui fut l'un des initiatrices de la francophonie. Depuis ces 20 dernières années, il y a un problème avec la croissance en France, et la langue nationale a perdu en popularité face à l’anglais, le chinois et l'espagnol.

    A cet héritage, cultivé chez les jeunes généarations depuis l'enfance, s‘ajoutent les problèmes économiques et sociaux qui rendent l'avenir de la population plutôt incertain. On a tendance à penser que les crises sont une source de renouveau. Mais avec leur esprit contestataire, les Français refusent la nouveauté, notamment en ce qui concerne leur travail ou les solutions aux problèmes sociaux. Un cercle vicieux qui fait que d'après l’indice de développement humain (IDH), la France se retrouve à un niveau plus faible que ses voisins européens sur l'échelle du bonheur ressenti. C'est aussi un pays avec l’un des plus forts taux de suicide en Europe.

    Du plaisir dans le pessimisme

    Dans son article, The Economist finit par constater que les Français tirent un certain plaisir du fait d’être malheureux : « Cela fait partie de l’intellectualisme de la culture française », note l'hebdomadaire.  Le pessimisme n’exclut donc pas le plaisir, explique le magazine, avant de conclure qu’en France, tout le monde sait que « l’optimisme, c'est pour les idiots. »   N

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