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"Je ne sais même pas combien de temps nous survivrons sur Mars"

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Le quotidien Moskovskie Novosti a interviewé Anastasia Stepanova, la Moscovite qui a passé le premier tour de la sélection pour le programme Mars One, une expédition sur la planète rouge en aller simple.

Le quotidien Moskovskie Novosti a interviewé Anastasia Stepanova, la Moscovite qui a passé le premier tour de la sélection pour le programme Mars One, une expédition sur la planète rouge en aller simple.

En avril 2012, j'ai vu sur la chaîne Rossia une émission sur ce programme. Depuis mon enfance je rêve de partir dans l'espace. Je pense avoir hérité ça de mon père : il m'a beaucoup parlé de l'espace et nous regardions même les étoiles avec un télescope. Quand je devais choisir quelle université intégrer après le lycée, je pensais que la faculté aérospatiale serait trop difficile pour moi - et j'aurais perdu au moins un an pour la préparation. Après avoir pesé les pours et les contres avec mes parents j'ai finalement choisi la faculté de journalisme, pour me spécialiser en journalisme spatial.

Avant de décider de déposer ma demande pour participer au programme, j'ai parlé à un enseignant de la faculté de journalisme, un pilote astronaute, qui m'a soutenue L'intérêt pour l'espace s’est perdu dans notre pays et Mars One fait justement renaître l'intérêt pour l'espace et les vols spatiaux. Les gens apprennent des informations et commencent à lire des revues sur Mars, et c'est très bien. Je participe aussi car je pense que notre jeunesse doit croire en l'avenir et aspirer à de grands objectifs. Si quelqu'un rêve de devenir scientifique, astronaute ou pilote : il doit réaliser ce rêve.

On compte à ce jour 1 058 candidat dont seulement 24 resteront après la troisième étape de sélection. Six équipages de quatre colons seront formés. Les équipages partiront sur Mars tous les deux ans et c'est ainsi que la planète sera colonisée. La préparation des futurs colonisateurs de Mars prendra dix ans. En parallèle, grâce au suivi public de cette préparation, le projet rapportera de l'argent. Ce sera une sorte d’émission de téléréalité qui commencera au début de notre préparation et se poursuivra quand nous serons déjà sur Mars.

En fait ce projet a six sources de financement, y compris les dons et le sponsoring. Par exemple, si un milliardaire souhaitait voir son nom entrer dans l'histoire, il pourrait investir dans le projet et faire partie de ceux grâce à qui il a pu être réalisé. Sans oublier le marketing. Les organisateurs vendent déjà des T-shirt et des maillots avec la symbolique du projet.

En 2015 commence l'étape finale de sélection, après quoi les candidats partiront pour les Etats-Unis pour étudier la chimie, la physique, la géologie, la chirurgie et l'agriculture. Chacun membre de l'équipage devra être un spécialiste universel: il n'y aura pas de possibilité de téléphoner dans une clinique si quelqu'un a mal aux dents.

J'ai déjà commencé à me préparer. J'ai visité quelques cours de pilotage, je fais de la natation et du ski. Je lis des livres spécialisés. J'ai d'ailleurs fait ma thèse sur le journalisme spatial.

© RIA Novosti . Kirill Kallinikov
Selon le projet, les futurs colons de Mars suivront une formation de dix ans

Les étapes du projet

2011 – lancement du projet Mars One
2013 – ouverture du concours pour participer au projet
2015 – sélection finale des participants au programme, début des entraînements
2018 – envoi sur Mars d'un satellite de communications et d'une mission de démonstration pour tester le matériel
2020 – lancement d'un rover qui choisira l'emplacement pour la construction de la colonie, envoi d'un second satellite de communications
2022 – lancement de la mission pour l'envoi sur Mars de fret – des modules de vie et auxiliaires, ainsi que des systèmes de vie quotidienne 
2023 – aménagement d'une base sur Mars
2024 – envoi sur Mars de la première navette avec des colons
2025 – arrivée des colons sur Mars

Je ne suis pas venue participer à ce programme pour me promouvoir ou quelque chose du genre : je veux réaliser mon rêve de devenir cosmonaute. Le fait est que je ne représente aujourd'hui aucune valeur pour la cosmonautique. Et Mars One est le seul projet qui donne l'occasion aux gens ordinaires de partir dans l'espace sans qu'ils soient pilotes ou scientifiques.

© RIA Novosti . Kirill Kallinikov
Anastasia ignore si elle arrivera jusqu'à Mars, mais espère faire quelque chose d'utile pour la science

Quand je serai assise dans le vaisseau spatial je serai un peu effrayée. Mais aujourd'hui ma vision peut se résumer ainsi : "Voir l'espace et mourir". Faire quelque chose que personne d'autre n'a encore fait dans l'histoire de l'humanité. Et pas simplement pour qu'on se souvienne de moi, mais parce que c'est mon rêve d'enfance. J'ai vu des films, lu des livres à ce sujet. Je rêve de ça la nuit. Et j'espère pouvoir faire quelque chose d'utile, que ce programme apportera quelque chose à la science et contribuera à élargir les connaissances humaines.

D'autre part, j'ignore encore si nous irons jusqu'à Mars. Le vol durera sept mois et tout peut arriver pendant cette période. Deuxièmement, je ne sais pas combien de temps nous y resterons. Même si tout se déroulait sans incident, nous serions constamment exposés à des radiations. L'atmosphère de Mars est très déchargée et ne contient qu’1% d'oxygène. La pression est 160 fois inférieure à celle sur Terre car il n'y a pas vraiment d'atmosphère, or c'est elle qui nous protège contre les radiations. Je pourrais attraper le cancer - qui sait. Et il y aura beaucoup d'autres dangers sur place.

Les organisateurs disent que si nous avions la possibilité technique de revenir, l'organisme humain ne pourrait probablement plus se réadapter à la vie sur Terre après Mars. Après tout, même les cosmonautes qui reviennent de la Station spatiale internationale ont besoin d'une assistance pour sortir du module, parce qu'ils vivent en apesanteur et leurs muscles s'atrophient.

© RIA Novosti . Kirill Kallinikov
Mars One est le seul projet qui donnera l'occasion aux gens ordinaires de partir dans l'espace sans qu'ils soient pilotes ou scientifiques

Quant à ma famille, ma mère est contre et mon père me soutient, pour l'instant. Il dit qu'il faut participer et suivre son rêve. Mais je pense que personne ne comprend encore jusqu'au bout ce qui se passera réellement. La réaction sera plus dure quand la date du décollage s'approchera.

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