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    70 ans du D-DAY : quand la politique influence l'Histoire

    70 ans du D-DAY : quand la politique influence l'Histoire

    Photo: http://ru.wikipedia.org/
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    Les Alliés s'apprêtent à célébrer les 70 ans du débarquement en Normandie. L'anniversaire et l'événement sont importants.

    En Normandie, les associations du souvenir se préparent avec leurs véhicules et uniformes d'époque. La Normandie se souvient, n'oublie pas l'occupation allemande, les morts du D-Day, les morts du débarquement raté de Dieppe, les exécutions et tortures de résistants. Vladimir Poutine, qui a reçu une invitation à venir en Normandie pour se joindre auprès de Barack Obama, d'Elisabeth II, d'Angela Merkel et de François Hollande, n'a pas encore confirmé de manière définitive. Normandie Souvenir Avenir, qui est soutenue par l'association roue-europe, Rassemblement pour l'Organisation de l'Unité Européenne, se bat pour avoir des parachutistes russes « car la Russie a fait la moitié du travail durant la Seconde Guerre Mondiale » dit Jacques Lemagnen.

    Pour Jacques Lemagnen*, ancien directeur de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre de la Manche, qui s'occupe de Normandie Souvenir Avenir, la présence des Russes est logique, nécessaire et moralement indispensable. Mais l'attaché militaire allemand en France a refusé de les intégrer dans les cérémonies des 70 ans ! L'organisateur officiel, l’État français, qui souligne l'importance de la transmission de la mémoire, ne parle pas sur son site de la présence de parachutistes russes, ni, du rôle de la mémoire de l'armée soviétique durant cette guerre. L'Histoire est-elle menacée d'être réécrite, au point où les Allemands sont invités à décider, où du Beethoven (Un concert pour la liberté le 26 mai) est à entendre mais les Russes avec l'armée soviétique ou culture ne sont pas évoqués ?

    Officiel allemand refuse les Russes. C'est Franck Fischer, l'attaché militaire allemand, selon les dires de Jacques Lemagnen, qui organise aussi des cérémonies pour les cimetières des soldats allemands en France gérés par le puissant Volksbund (Association allemande qui entretient les tombes allemandes de part le monde et qui recherche toujours des dépouilles de soldats), qui a refusé la présence de parachutistes russes lors de l'organisation des cérémonies des 70 ans. Jacques Lemagnen, qui s'engage de toute son âme pour le respect de la mémoire historique et pour honorer ceux qui se sont battus pour délivrer l'Europe du nazisme, est encore choqué par l'attitude de l'attaché militaire allemand même si, soucieux de ne pas provoquer les anciennes rancœurs enfouies dans les terres normandes, il dit : « il serait préférable de ne pas insister dans le titre sur le comportement de l'attaché militaire allemand mais sur le fait que la politique instrumentalise l'Histoire», mais répète qu’il « vous confirme que Franck Fischer est celui qui a dit qu'il ne fallait pas impliquer des parachutistes russes pour les cérémonies du débarquement». Jacques Lemagnen relate les faits : « cette année l'attaché militaire des États-Unis actuellement en poste a fait une rencontre pour préparer les cérémonies du débarquement. L'attaché militaire de la République fédérale d'Allemagne a pris la parole et a dit qu'il n'en n'était pas question et qu'il n'y aurait pas de manifestation avec les Russes. Le colonel allemand a refusé à cause de l'actualité à l'Est ». Jacques Lemagnen a répondu à l'attaché militaire allemand qu'« il est question d'Histoire et de mémoire, pas de politique». L'attaché militaire américain a ensuite soutenu son collègue allemand et dit : « vous avez invité des militaires russes, il n'en est pas question. On ne veut pas avoir des Russes à côté de nous. Ce sont des ordres de l'Otan». Jacques Lemagnen explique qu'il n'a jamais été question d'inviter des militaires russes mais des parachutistes civils.

    Depuis 2011, des Russes dans le ciel normand. « Avec l'association, les amis du souvenir de la liberté (association locale qui fait les parachutages) on a organisé à partir de 2011 des manifestations au Mont Saint-Michel avec des parachutistes russes en hommage à l'escadrille Normandie-Niemen. Ils ont été au départ 15, puis 25 parachutistes. Le Mont Saint-Michel est le patron des parachutistes et est pour eux symbolique ». De 2011 à 2013, on pouvait voir dans le ciel normand un véritable Yak et des parachutistes russes sauter en tenue de l'époque avec le drapeau russe et soviétique flottant dans le ciel. « Il faut savoir que les Russes sont à l'origine du parachutage militaire». En 2014, cela se gâte. L'association les Amis du Souvenir de la Liberté, sous l'insistance américaine, accepte de faire sauter des parachutistes le 1er juin au lieu du 7 juin et sans les Russes. Jacques Lemagnen, considérant que c'est une erreur de mettre deux avions américains au-dessus du Mont Saint-Michel, refuse : « La puissance invitante c'est l'association. Sans les Russes, c'est une erreur». L'Union Soviétique a eu plus de 20 millions de morts. Jusque dans les années 60, les Russes étaient invités aux cérémonies du débarquement et Jacques Lemagnen avait réussi à refaire venir des Russes en 2011. « Les vétérans russes se sont retrouvés à un banquet avec les vétérans américains. C'était en 2013 et ça s'est bien passé».

    Solution. Normandy Tank Museum, près de Carentan dans la commune de Catz, devrait pouvoir permettre à 10 parachutistes russes de sauter dans le ciel normand. « C'est le plus grand musée militaire d'Europe. Il y a une piste à côté qui a été réhabilitée pour les avions. On organise les cérémonies le 7 et le 8 juin avec les Russes» explique Jacques Lemagnen, qui précise néanmoins devoir encore attendre l'autorisation de la préfecture pour les parachutages. Les représentants de l'ambassade de Russie sont invités avec des vétérans estoniens. L’idée est de montrer que la guerre a eu lieu aussi à l'Est. N

     

    *Diplômé sur la philosophie russe et soviétique, journaliste pour l'association France URSS, traducteur interprète du russe pour Novosti au éditions du Progrès, a fondé une famille franco-russe et a vécu et travaillé plusieurs années à Moscou

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