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Crash du Boeing : l'enquête n'a pas commencé, mais les coupables sont déjà nommés

Crash du Boeing : l'enquête n'a pas commencé, mais les coupables sont déjà nommés

© Photo: REUTERS/Maxim Zmeyev
Société
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L’enquête officielle sur la catastrophe du Boeing 777 en Ukraine peine à commencer, mais ce terrible accident a déjà servi à la propagande tous azimuts.

Une grande partie des médias américains et européens s'est empressée de mettre en cause la milice populaire à l'Est de l'Ukraine du crash du Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines, accusant par la même occasion la Russie et ses dirigeants. Moins d’un jour après la catastrophe, les journaux londoniens paraissaient avec des manchettes ouvertement accusatrices dans le genre « Poutine a tué mon fils ». Et pourtant, en ce qui concerne les catastrophes aériennes, il existe une longue pratique internationale : éviter de nommer les coupables et pondre des versions fantaisistes. Comment peut-on alors expliquer une telle hâte? Cette catastrophe est particulière, car elle s'est produite au-dessus d'une zone de combats. Et vu que les sympathies des pays occidentaux sont incontestablement du côté de l’armée ukrainienne, la tentation était trop grande de faire porter le chapeau aux soi-disant séparatistes et en même temps à la Russie. En outre, les nouveaux fonctionnaires du gouvernement ukrainien ont immédiatement submergé la presse nationale et occidentale d’accusations mélodramatiques concernant Moscou, qui se laissent facilement citer. Il suffit de se rappeler la déclaration du président Porochenko : « Aujourd’hui le monde entier a vu la face véritable de l’agresseur parce que la destruction de l’avion civil est un acte de terrorisme international ». Il est évident que Porochenko colle l’épithète d’agresseur non pas à sa propre armée qui se bat à des centaines de kilomètres de Kiev dans les régions ukrainiennes de préférence russophones, mais justement aux miliciens qui lui font face.

Les autorités ukrainiennes sont visiblement en manque de preuves réelles. Celles-ci se résument aux entretiens téléphoniques des miliciens. Il s'agirait d'une conversation interceptée sur Internet par les services spéciaux ukrainiens, évoquant des tirs sur des avions quelconques. Le problème, c'est que depuis plus de deux mois, l’aviation militaire ukrainienne mène des actions militaires dans les régions de Lougansk et de Donetsk. Les insurgés avaient depuis ce temps réussi à abattre plus de 10 avions de combat ukrainiens, notamment des avions de transport. C'est pourquoi on peut douter qu'il s’agit bien du Boeing et non pas des avions militaires. En outre, comme le fait remarquer dans son interview German Zoubov, directeur général du centre d’études phonoscopiques, les fragments d’enregistrements mis en ligne sur Internet ne constituent pas une preuve juridique. La preuve juridiquement recevable serait le cas échéant l’enregistrement intégral de ces conversations qui n’a pas encore été fourni par la partie ukrainienne. Quant aux fragments publiés sur Internetn, il pourrait bien s'agir d'un montage.

Les fragments les plus significatifs du point de vue de la partie ukrainienne ont été coupés, alors que les dialogues étaient probablement beaucoup plus longs. Par exemple, ces enregistrements ne comportent pas de salutations, ni de phrases de fin de liaison. Il fait absolument disposer d’un phonogramme intégral qui faciliterait le travail des experts et lèverait ou confirmerait les doutes sur l’authenticité de l’enregistrement.

Cependant ni les hommes politiques occidentaux, ni, à plus forte raison, la presse occidentale, n’ont aucune intention d’attendre l’enregistrement intégral ou les conclusions des experts. Le président Obama s’est déjà empressé de déclarer que le missile fatal avait été tiré d’une zone contrôlée par les miliciens, alors que les meilleurs experts américains en photos satellitaires affirmaient le contraire littéralement quelques heures auparavant. Ils disaient être certains que l’avion avait été abattu par un missile « sol-air », mais qu’il était impossible d’en situer la provenance exacte. Si Obama avait des preuves en photos montrant le tir de missile, pourquoi ne les avait-il pas soumis à la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU hier ? Au lieu de cela, représentante des États-Unis à l’ONU Samantha Power, connue pour sa position antirusse, se bornait à dire que cela serait horrible si l’implication de la Russie dans la destruction du Boeing se confirmait.

Les journaux britanniques et américains se font entre-temps un plaisir de publier les enregistrements des conversations téléphoniques mis à disposition par les services de renseignement ukrainien. Mais curieusement, personne ne s’intéresse aux enregistrements analogues fournis par la partie russe qui avait à son tour réussi à se procurer les propos échangés par les militaires ukrainiens au sujet de l’avion qu’ils venaient d’abattre. Toute la question est de savoir comment les miliciens, qui ne disposent que de lance-roquettes portables destinés à tirer sur des hélicoptères, ont-ils pu d’abattre un avion volant 10.000 mètres d’altitude. Mikhail Khodarionok, rédacteur en chef du journal Courrier militaro-industriel s’en tient à la version de la trace ukrainienne dans cette tragédie pour la bonne raison que l’avion volant à cette altitude ne pouvait être abattu que par la batterie de missiles DCA Bouk, matériel très encombrant en dotation de l’armée ukrainienne que les miliciens ne possèdent pas.

« Il faut une brigade de DCA pour mettre cette batterie en position de tir et au moins 50 à 60 militaires très qualifé pour réaliser cette performance. », a-t-il indiqué.

D’ailleurs, les Américains se fichent pas mal de la complexité technique de la tâche résolue par les destructeurs du Boeing et continuent à accabler la Russie. Le New York Times a déjà publié un article en citant des sources anonymes prétendant que le missile aurait pu être tiré depuis l’Ukraine, mais était guidé par un radar situé en Russie. Ce faisant, le journal fait usage d’un procédé de propagande qui marche avec le public dilettante occidental. Il fait ressortir que les missiles Bouk sont de fabrication russe et que, par conséquent, ce sont les Russes qui les ont tirés. Les lecteurs occidentaux ignorent tout simplement qu’à l’époque soviétique la Russie et l’Ukraine avaient les mêmes armements, tous « fabriqués de Russie ». Les médias occidentaux se posent rarement la question de savoir pourquoi les contrôleurs aériens ukrainiens n’ont pas éloigné le Boeing malaisien de la zone de combats.

Bien au contraire, ils sont prompts à mettre en parallèle l’histoire du Boeing sud-coréen que les contrôleurs aériens américains avaient pour son malheur amené dans l’espace aérien de l’Extrême-Orient russe. On rappelle à la Russie qu’il y a plus de 30 ans, cet avion avait été abattu par un chasseur russe juste au-dessus de l’île de Sakhaline, truffée de sites militaires. Il existe pourtant des exemples historiques plus récents, comme le Tu-154 russe, abattu accidentellement par la DCA ukrainienne au-dessus de la mer Noire ou l’Airbus iranien abattu en 1988 au-dessus du Golfe Persique par un missile tiré d’un navire américain qui avait pris cet avion de transport pour un chasseur. Le président Reagan avait alors d’abord qualifié cet incident d’acte de défense légitime. Il est facile d’imaginer la colère « de l’opinion publique internationale » si une phrase pareille était sortie de la bouche des miliciens de Donetsk qui, à la différence de Reagan dans les années 1980, sont réellement exposés aux bombardements./E

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