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L’éminent agent « clandestin » soviétique Iossif Grigoulevitch est né il y a 100 ans, en 1913. Il était sans égal dans son métier et avait même réussi à devenir ambassadeur du Costa Rica en Italie, au Vatican et en Yougoslavie. Quelque chose d’incroyable.

A propos, Grigoulevitch avait critiqué un jour la politique de l’URSS du haut de la tribune de l’ONU. Son discours enflammé avait fasciné l’auditoire. Andreï Vychinski, représentant de l’URSS à l’ONU, a piqué une colère et l’a appelé « chien de garde de l’impérialisme ». Il ne pouvait pas imaginer que ce « latino-américain » exubérant et éloquent était un agent secret soviétique qui jouait avec brio son rôle. Oui, Iossif Grigoulevitch a changé bien des fois de noms et de professions, il a marché plus d’une fois sur le fil du rasoir mais a obtenu toujours du succès.

Sa carrière vertigineuse a commencé dans les années 1930 en Espagne déchirée par la guerre civile. Membre des services secrets soviétiques, Grigoulevitch se battait dans les rangs des républicains et a commis plusieurs actions de sabotage à l’arrière des mutins franquistes. En 1940, il avait pris part au Mexique à la liquidation de Léon Trotski, ennemi personnel de Staline. Cette opération lui a valu l’ordre du Drapeau Rouge.

La nouvelle de l’attaque de l’Allemagne d’Hitler contre l’URSS a surpris Grigoulevitch en Argentine. Moscou était intéressé à faire déraper les livraisons des matières premières stratégiques argentines en Allemagne. Après avoir choisi des hommes sûrs sympathisant avec l’URSS, Grigoulevitch est passé à l’acte. Les bateaux affrétés par les Allemands ont explosé les uns après les autres et coulé en emportant des milliers de tonnes de fret. Un entrepôt allemand avec 40 000 tonnes de salpêtre chilien a sauté en l’air. Ces actes de sabotage ont réduit au minimum les exportations argentines des matières premières précieuses à destination de l’Allemagne.

Après la guerre, Grigoulevitch a fait son apparition en Italie sous le nom de Theodoro Castro, négociant prospère en café, originaire du Costa Rica, petit pays d’Amérique Centrale. L’agent se lie progressivement d’amitié avec les diplomates costaricains en poste à Rome. Les affaires de l’ambassade allaient mal et les diplomates étaient incompétents. Le négociant débrouillard leur a rendu pas mal de services, si bien que l’agent secret soviétique a été nommé ambassadeur de la république du Costa Rica en Italie, au Vatican, et accessoirement, en Yougoslavie. Une telle « couverture » ferait pâlir d’envie d’importe quel agent clandestin ! Toujours courtois et bienveillant, Theodoro Castro a vite fait de s’allier les amitiés de ses nouveaux collègues diplomates. Il avait de l'autorité et des relations dans les milieux d’affaires et politiques. Le Premier ministre italien Alcide de Gasperi lui a offert une caméra avec l’inscription « En signe de notre amitié ». L’ambassadeur du Costa Rica rendait souvent visite aux diplomates américains qui lui faisaient généreusement part de leurs secrets. Quant à Kostylev, ambassadeur soviétique en Italie qui ne se doutait de rien, il évitait ostensiblement « Theodoro Castro » qu’il appelait « réactionnaire » et « ennemi de l’URSS ».

« L’ambassadeur costaricain » a été également plus d’une fois reçu par le Pape Pie XII. Le Pontife lui a personnellement remis l’ordre de la Croix de Malte. Cette décoration est aujourd’hui conservée au musée du service russe de renseignement extérieur.

Iossif Grigoulevitch a été rappelé à Moscou en mai 1953. Il a dû quitter d’urgence Rome avec sa femme et sa fille. La disparition de l’ambassadeur de Costa Rica a mis en émoi tout le corps diplomatique en donnant lieu aux rumeurs les plus incroyables. Theodoro Castro a finalement été porté disparu.

« Le chien de garde de l’impérialisme » a disparu à tout jamais et une vie nouvelle a commencé pour Iossif Grigoulevitch. Il s’est occupé de la science et a fait publier une trentaine de livres et plus de 400 monographies consacrées à l’histoire de l’église catholique et des pays d’Amérique Latine. En 1979, Grigoulevitch est devenu membre-correspondant de l’Académie des sciences de l’URSS. Cet homme étonnant réussissait en tout mais était très modeste et n’accordait jamais d’interviews. « Écrivez sur moi tout ce que vous savez et tout ce que vous voulez mais seulement après ma mort », disait-il aux journalistes. L’agent chanceux de Staline est décédé en 1988. On écrit beaucoup sur lui mais, friands de sensations, les journalistes inventent souvent des choses de leur cru. Or, la vérité sur la vie et le travail de l’éminent agent clandestin Iossif Grigoulevitch est autrement intéressante que les fantaisies. /N

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