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    Femme brandissant un drapeau ukraino-européen

    Pourquoi les jeunes Ukrainiens fuient-ils vers l'ouest?

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    61% des Ukrainiens qui habitent en ville souhaitent quitter le pays, a indiqué l'ex-premier ministre ukrainien Sergueï Arbouzov dans son article publié par le quotidien russe Izvestia.

    La part de ceux qui veulent partir s'installer définitivement à l'étranger a considérablement augmenté en juin par rapport à février 2015, et ceux qui désirent rester en Ukraine sont de moins en moins nombreux.

    L'Ukraine ressemble à un navire qui coule, contrôlé par une équipe de maraudeurs plus que par un capitaine. Quitter ce navire à tout prix n'est plus un simple souhait, mais un rêve pour une grande partie de la population. Et les premiers à fuir sont ces mêmes jeunes qui étaient descendus, il n'y pas si longtemps, sur le Maïdan. Ce sont eux qui, grâce à la mobilité et à leur connaissance des langues étrangères, "intègrent activement l'Europe" en partant travailler en nombre en Pologne, en Allemagne et même en Russie, qu'ils n'apprécient pourtant pas.

    Les gens sont prêts à partir n'importe où, pour y faire n'importe quoi. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 40% des citoyens ukrainiens partis à l'étranger y travaillent illégalement. Sachant que leur situation extrêmement difficile n'est pas la seule à pousser les Ukrainiens à accepter des propositions risquées d'embauche à l'étranger et des conditions de travail humiliantes. Ils ne choisissent pas uniquement entre la pauvreté chez eux et l'aisance à l'étranger, car les revenus d'un travailleur clandestin sont loin d'être élevés. Les Ukrainiens choisissent avant tout entre l'absence de perspectives dans son pays et l'espoir, même illusoire, à l'étranger. Les Ukrainiens ne croient plus que la situation dans le pays puisse s'améliorer dans un avenir prévisible.

    Tout en sachant qu'en quittant l'Ukraine, ils y aggravent davantage la situation. Après tout, ces millions de personnes valides et actives qui pourraient travailler pour le bien et l'économie du pays partent à l'étranger, et une grande partie d'entre eux ne reviendra jamais.

    Pour le Pakistan, la Chine ou le Bangladesh, le départ des jeunes à l'étranger est une pratique usuelle. L'exportation de main d'œuvre aide d'ailleurs ces pays à régler leurs problèmes de surpopulation. Mais pour l'Ukraine et ses indices démographiques alarmants, le départ des jeunes et des travailleurs actifs est une véritable catastrophe.

    Car hormis la réduction de la population, le pays subit également un rapide vieillissement. La natalité en Ukraine n'a pas dépassé la mortalité depuis 1993, et la dynamique de réduction de la population affiche des résultats choquants, avec une diminution de 52,2 millions d'habitants en 1993 à 42,9 millions au 1er janvier 2015. Aujourd'hui, le nombre retraités en Ukraine s'élève à 30% de la population. Et compte tenu des tendances démographiques, leur nombre ne fera qu'augmenter.

    En 2014, la part des dépenses pour les retraites représentait 16,4% du PIB national, soit l'indice le plus élevé d'Europe — avec les retraites les plus basses du continent. L'économie ukrainienne ne peut plus nourrir les retraités. Alors que le départ des jeunes à l'étranger limite davantage les possibilités de croissance économique et rend cette tâche insurmontable.

    Il est évident que des mesures doivent être prises par les autorités ukrainiennes. Il faut stopper la guerre, rétablir un ordre élémentaire, créer des emplois, simplifier les règles commerciales, tout faire pour apporter une alternative aux habitants du pays. Mais surtout — il faut le faire maintenant. Tant que ceux qui en ont besoin vivent encore dans le pays.

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    Tags:
    démographie, migration, Organisation internationale pour les migrations (OIM), Occident, Ukraine
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