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    Leçon de la langue kurde. Image d'illustration

    Longtemps bannie, la langue kurde enseignée dans le nord de la Syrie

    © AP Photo / Brennan Linsley
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    "Roj bas, mamûste!": emmitouflés dans leurs manteaux et bonnets, des écoliers du nord-est de la Syrie saluent en kurde leurs professeurs avant de rentrer hâtivement en classe.

    Cette scène aurait été inconcevable il y a encore six ans, avant le déclenchement de la guerre en Syrie, où la langue kurde était interdite à l'école comme dans les administrations.

    Le kurde a refait son apparition dans certaines des régions du nord-est administrées par cette communauté qui représente 9% de la population. Un programme dans cette langue y a été introduit pour la première fois dans les écoles primaires pour l'année 2015-2016.

    A l'école Moussa Ben Noussayr, dans la ville à majorité kurde de Qamichli, ce cursus coexiste désormais avec le programme officiel en arabe, qui peut être suivi par les élèves de la communauté arabe, informe l'AFP.

    "J'apprends et j'écris l'alphabet kurde dans mon cahier", lance fièrement Brefa Hussein, une élève de six ans.

    "Les professeurs (…) nous apprennent les noms des animaux et des fleurs", raconte-t-il.

    En 2012, le régime syrien a décidé de retirer ses troupes des zones à majorité kurde du nord et nord-est du pays, où les Kurdes ont établi leurs propres institutions, forces de sécurité et leurs écoles.

    S'en est suivie une renaissance des traditions kurdes et plus particulièrement de la langue.

    86.000 élèves

    Les écoles dépendant de l'administration kurde accueillent plus de 86.000 élèves pour environ 3.800 enseignants, explique Samira Haj Ali, une responsable de l'éducation de l'administration kurde de la province de Hassaké dont dépend Qamichli.

    Le nouveau cursus est déjà en place pour les élèves du primaire tandis que pour les plus âgés, l'enseignement reste basé sur le programme du gouvernement.

    Mais selon Mme Haj Ali, l'administration kurde prévoit d'établir ses propres programmes en arabe, ainsi qu'en syriaque, dès l'année prochaine.

    L'instauration d'un programme en kurde a déplu au gouvernement syrien qui a décidé de ne plus payer les enseignants suivant ce cursus.

    Et pour protester, certains parents ont retiré leurs enfants des écoles administrées par les Kurdes, à l'image d'Amina Berro, une professeure d'anglais kurde, qui a préféré transférer ses enfants vers une école de Qamichli qui est gérée par le gouvernement.

    "Le programme kurde n'est pas reconnu et les professeurs ne sont pas encore qualifiés", a-t-elle déclaré à l'AFP. Elle affirme soutenir l'enseignement du kurde en tant que matière mais ne comprend pas que l'on puisse enseigner dans cette langue.

    Reste que pour ceux qui ne veulent pas du cursus en kurde, ils ont toujours la possibilité de suivre le programme classique en arabe, comme Riham al-Ahmed, une fillette arabe de neuf ans qui s'est réfugiée avec ses parents à Qamichli après avoir fui les combats dans la province d'Alep, plus à l'ouest.

    Victoire

    "Au début, j'ai eu du mal à m'intégrer", raconte Riham qui après avoir débuté le cursus kurde a opté pour le programme arabe.

    "Mais maintenant les choses sont plus faciles car je comprends très bien", ajoute-t-elle, enthousiaste.

    Pour les familles kurdes, l'apprentissage de leur langue maternelle est un rêve d'enfant qui se réalise enfin.

    Jan Moussa, enseignante de kurde de 21 ans, espère que "tous les élèves apprendront leur langue maternelle". "On leur enseigne l'alphabet et les sujets de société", raconte-t-elle en corrigeant des devoirs.

    Jamil Mourad, le directeur, a appris le kurde secrètement durant sa jeunesse. Il est ravi que son fils de huit ans, Raman, puisse désormais faire de même au grand jour. "La langue fait partie de la survie d'un peuple", soutient-il.

    A la lumière d'une bougie, cet homme de 44 ans aide son fils à finir ses devoirs.

    Pour M. Mourad, l'enseignement en kurde est un investissement essentiel pour l'avenir de son peuple. "La plus grande victoire de l'administration autonome (…) est d'enseigner à des dizaines de milliers d'enfants leur langue maternelle", estime-t-il. "Ils sont notre futur".

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    Tags:
    éducation, école, langue, problème kurde, Kurdes, Syrie
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