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L'Etat islamique (2014) (1131)
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Daech, un des premiers films de fiction sur l'activité criminelle de l'organisation terroriste homonyme, vient de sortir en salles en Syrie. Traduit dans neuf langues, il sera diffusé non seulement dans les principales villes du pays embrasé par un conflit armé depuis bientôt cinq ans, mais aussi au Canada et aux Etats-Unis.

A elle seule la victoire militaire est insuffisante pour venir à bout de Daech. Il est crucial d'éradiquer l'idéologie même de cette organisation terroriste, est convaincu Najdat Anzour, célèbre réalisateur syrien qui vient de tourner un film sur cette nébuleuse islamiste. Dans un entretien à Sputnik, il passe en revue les objectifs qui l'ont poussé à porter un thème aussi sensible sur les écrans.

"Pour éradiquer définitivement Daech, à elle seule la victoire militaire est insuffisante. Il est nécessaire d'éradiquer l'idéologie de l'organisation terroriste qui soutient et alimente les djihadistes. Avec ce film, nous avons tenté d'attirer l'attention de l'opinion publique sur cette question", confie le réalisateur.

Daech effraie pas seulement par ses attentats suicides barbares et ses mises à mort à glacer le sang, mais par le fait qu'il a pénétré dans le quotidien

de beaucoup de gens, a possédé leurs esprits, a alimenté leurs craintes, juge Najdat Anzor.

Aujourd'hui, les extrémistes de Daech font plus peur que ceux du Front al-Nosra ou toute autre organisation terroriste. La raison? Les gens cèdent psychologiquement face au halo de cruauté et de violence qui émane de l'Etat islamique. C'est pour cette raison que le film Daech ne comporte pas de scène de violence sanglante. L'accent est mis sur le dramatisme et la profondeur de la situation en question.

"Nous avons cherché à étaler l'impact idéologique et psychologique de Daech. Une attention particulière est accordée aux versets coraniques et aux hadiths dont se servent les leaders djihadistes pour légitimer leurs actes, fonder leur idéologie", poursuit Anzour.

Le problème de l'interprétation du Coran est intelligemment abordé à travers des dialogues entre Souraïa, une vraie dévote, et un des chefs de guerre de Daech. La divergence de perception des mêmes versets est plus que frappante.

"Les organisations comme Daech et ceux qui les soutiennent assurent être musulmans, mais de quel islam, ou de quelle interprétation de ce dernier s'agit-il? Le problème ne réside pas dans la religion elle-même, mais dans la façon d'interpréter ses règles fondatrices", explique Najdat Anzour.

Le film met en scène deux institutrices qui abordent en classe les mêmes sujets. Toutefois, si l'une d'entre elles le fait avec amour, l'autre cherche à effrayer les élèves, à exercer une pression sur eux.

"Ni tous les hommes religieux et, d'ailleurs, ni tous les adeptes de la laïcité ne sont francs. Il faut bien réfléchir avant de prendre pour argent comptant ce dont on essaie de nous persuader", souligne le réalisateur.

A la fin du film, le commandant d'une des unités de Daech parvient à fuir avec un sac rempli de faux passeports. Cette fin ouverte a étonné et même indigné de nombreux spectateurs.

"Le commandant de Daech est un personnage international. Pour cela, je ne l'ai pas tué dans mon film. Il quittera la Syrie, se dissimulera, partira pour un autre pays où il poursuivra son activité. La fin du film est ouverte. C'est au spectateur d'imaginer la suite", explique Najdat Anzor que les extrémistes ont condamné à mort par contumace pour avoir tourné ce film.

Traduit dans neuf langues, le film arrivera bientôt dans les salles obscures de Damas, de Soueïda ainsi que de Homs, de Lattaquié et de Tartous, mais le réalisateur espère que son œuvre sera également diffusée dans les zones contrôlées par Daech.

Fils d'Ismael Anzour, un des pionniers de l'art cinématographique syrien, Najdat est célèbre aussi bien en Syrie que dans le monde arabe pour ses séries télévisées historiques et films de fiction.

Dossier:
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Tags:
réalisateur, cinéma, terrorisme, Etat islamique, Syrie
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