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    Chasseur. Image d'illustration

    Les chasseurs, protecteurs de la nature?

    © Flickr/ sammydavisdog
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    Telle est l'idée que veut véhiculer une campagne américaine sur le thème "Chasser, c'est protéger la nature" lancée fin janvier 2015 au salon Shot Show de Las Vegas, aux États-Unis.

    Initiée par The Rocky Mountain Elk Foundation's (RMEF), elle est sponsorisée par de célèbres producteurs de munitions, de visées et d'accessoires pour la chasse. Dès le premier mois, cette campagne a été soutenue par plus de 1,9 million de personnes sur les réseaux sociaux. "C'est un bon début, commentait alors le vice-président du service marketing de RMEF Steve Decker. Nous pensons que cette campagne fera évoluer l'opinion des gens et les aidera à comprendre que les chasseurs assurent une grande partie du financement et du soutien de la nature sauvage, du milieu de vie et des ressources de protection de la nature". D'après lui, les chasseurs ont grandement contribué à préserver de nombreux terrains de réserve et de chasse contre l'implantation de bâtiments, l'usage agricole et industriel, et à augmenter la population d'animaux rares grâce à la chasse contrôlée contre les prédateurs.

    Les animaux choisissent les chasseurs

    "La chaîne logique est simple, explique sur son blog Maria Boutina, membre du conseil d'administration de l'association Droit aux armes. Une législation adéquate entraîne la circulation de plus d'armes légales, par conséquent plus de chasseurs adéquats, par conséquent une exploitation plus rationnelle des ressources naturelles et un plus grand respect de la faune. Et, au final: une nature florissante."

    La citation n'est peut-être pas parfaite car on ne peut pas ignorer la qualité du milieu institutionnel d'un État concret — le développement des institutions démocratiques ne dépend pas seulement du nombre d'électeurs et de contribuables. Néanmoins, les statistiques confirment que les pays où la chasse s'est transformée en industrie commerciale développée avec une infrastructure bien réglée abritent un plus grand nombre d'animaux sauvages. Ainsi aux USA, où la superficie des forêts est presque 2,8 fois inférieure par rapport à la Russie, on compte 14 millions de chasseurs. Chaque année, ils abattent près de quatre millions de cerfs en Virginie. En Russie, on tue 200 000 ongulés (cerfs, élans, chevreuils, sangliers et autres) par an — ces chiffres sont donnés par l'un des plus grands spécialités russes de la chasse, rédacteur en chef du magazine La Chasse Valeri Kouzenkov. Sachant qu'en Amérique on compte près de 30 millions de cerfs pour seulement environ 2,5 millions en Russie.

    Autre exemple: en Allemagne, les chasseurs abattent environ 700 000 sangliers par an, contre 35 000 en Russie (avant la peste porcine africaine). La Suède abat chaque année 100 000 élans, les Finlandais 70 000, alors que toute la Russie, du Kamtchatka à Kaliningrad, en élimine 22 000. Ces chiffres ne témoignent pas de la cruauté des Européens mais de l'abondance d'animaux dans les forêts du Vieux Continent, car les quantités de gibier sont calculées à partir du nombre de têtes. Le milieu de la chasse fournit aussi une grande partie des moyens pour la protection des animaux et de la nature sauvage — en Europe et aux USA, mais également en Russie — aussi bien par les contributions régulières des chasseurs que par les paiements pour les licences, qui permettent notamment de chasser un animal particulier et l'utilisation de l'infrastructure de chasse. Par exemple, un tour de chasse à l'ours au Kamtchatka coûte entre 15 000 et 17 000 dollars — environ les deux tiers de cette somme sont reversés au domaine de chasse d'accueil. D'ailleurs, 80% des tigres de Sibérie vivent sur le territoire des domaines de chasse et seulement 20% sur les territoires protégés de l'Extrême-Orient.

    Chasseur vs braconnier

    La chasse aux trophées est considérée par les experts comme un facteur important de la préservation des espèces animales en Afrique et en Amérique. Il est ici question d'une chasse sélective portée sur les animaux les plus éminents d'un certain groupe — le grand lion, l'ours, le cerf avec les plus grandes cornes, etc. Ce type de chasse vise les animaux adultes n'étant plus en âge de se reproduire et dont l'élimination ne pourra pas nuire à la population.

    "L'argent payé par les chasseurs pour tuer les animaux vieux et impuissants pourrait servir à protéger d'autres espèces, ce qui est un argument en faveur de la chasse commerciale correctement contrôlée", a notamment déclaré le prince britannique William à la télévision au sujet de l'utilité de la chasse aux trophées.

    En effet, le coût des tours de chasse en Afrique atteint des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars — cet argent permet de nourrir les animaux sauvages, de tirer des prédateurs, et surtout de soutenir la formation de garde-forestiers pour protéger les animaux des braconniers. Ces derniers, au même titre que l'aménagement industriel et agricole des terrains sauvages, sont le principal fléau des animaux sauvages.

    La déclaration du prince britannique n'a pas été sans provoquer des remous dans le camp des Verts européens, même si les statistiques que ces derniers citent parlent plutôt en faveur des chasseurs. Aujourd'hui, il y a près de 15 000 tigres en Afrique dont 300 sont tirés chaque année dans le cadre des chasses aux trophées (2% de la population) — ces chiffres sont cités par l'un des critiques de William, le directeur de l'organisation britannique de protection de la nature Lion Aid, Pieter Kat. A titre de comparaison, le magazine de l'Académie des sciences des USA Proceedings of the National Academy of Sciences a prédit une division par deux de la population des lions africains dans les régions centrales du continent et dans l'Est d'un tiers, à cause du braconnage et de l'aménagement agricole des terrains. Pas des chasseurs de trophées.

    Le débat sur la chasse aux trophées est devenu encore plus enflammé après un incident retentissant: l'été dernier, le dentiste américain Walter Palmer a tué le lion Cecil, 13 ans, très populaire auprès des touristes visitant le Zimbabwe. Cette histoire a littéralement fait exploser la Toile: le lion tué est devenu une célébrité mondiale, des centaines de personnes ont fait le deuil de l'animal et ont maudit l'assassin. Palmer a temporairement perdu son emploi, les murs de sa maison ont été peints par des hooligans, et le gouvernement du Zimbabwe a même dû interdire la chasse aux lions.

    Mais quand, six mois plus tard, les autorités ont annoncé la nécessité d'éliminer environ une dizaine de prédateurs (devenus plus nombreux à cause de l'interdiction de chasser le lion), pratiquement personne ne l'a remarqué — car ces animaux n'étaient pas des héros du web.

    Le tracteur et les "docteurs" chinois

    Le sort de milliers d'éléphants abattus chaque année en Afrique par des braconniers ne suscite pas non plus d'émotions aussi vives que la mort du lion Cecil. Pourtant, à la réserve de chasse de Selous en Tanzanie — la plus grande réserve de gibier en Afrique — la population d'éléphants s'est réduite de 80% en dix ans: en 2005 on comptait encore 70 000 spécimens, contre seulement 13 000 aujourd'hui.

    La pauvreté et la corruption contribuent à la montée en puissance du braconnage: l'ivoire est très demandé par les riches Chinois, pour qui il est un symbole de prestige et d'aisance. Au contraire, l'argent versé dans le cadre des voyages de chasse aide à lutter contre les braconniers — à condition qu'il soit dépensé correctement. Avant le début des années 2000, la moitié de l'argent récolté grâce à la chasse légale restait à disposition de l'administration du parc — il servait à payer le personnel et à s'occuper des animaux. Puis les autorités de Tanzanie ont modifié les textes et les indices de braconnage ont immédiatement grimpé.

    La demande provenant d'Asie de l'Est entraîne souvent un braconnage massif, pratiquement à échelle industrielle. Dans la médecine orientale traditionnelle, les parties d'un corps animal sont utilisées pour préparer des potions et la poudre d'une corne de rhinocéros africain, par exemple, vaut plus cher que l'or. Cela coûte la vie à des milliers d'animaux. L'antilope saïga, qui vit sur le territoire de l'ex-URSS, n'a pas non plus de chance. "Avant (la chute de l'Union soviétique) près de 700 000 saïgas vivaient sur le territoire de la Kalmoukie, rappelle Valeri Kouzenkov. Il en reste aujourd'hui seulement 2 000 ou 3 000." Selon l'expert, cette brusque diminution de la population est due à la suppression de la Direction générale des domaines de chasse et de réserves auprès du Conseil des ministres de la RSFSR, qui a conduit à un "sursaut incontrôlable du braconnage".

    Mais le principal ennemi des animaux sauvages, d'après Valeri Kouzenkov, est le tracteur. En Afrique, la croissance de la population et la pénurie alimentaire poussent au développement agricole de territoires autrefois protégés. Selon les estimations des experts, d'ici 2050 l'aire géographique traditionnelle des éléphants africains se réduira de 60%. Ce processus ne pourra être ralenti que si l'existence des animaux sauvages était commercialement bénéfique — tel est l'argument du lobby de la chasse. Dans son livre Bonjour, les armes! Présomption de bon sens, Alexandre Nikonov cite un exemple intéressant. Dans un milieu marécageux, des fermiers américains chassaient le crocodile, ce qui indignait les défenseurs des animaux. Ces derniers ont réussi à faire interdire administrativement la chasse. La préservation des marais est devenue inutile et les fermiers les ont simplement asséchés. Les crocodiles ont complètement disparu de cette zone.

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    Tags:
    munitions, chasse, protection, nature, animaux, Las Vegas, États-Unis
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