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    En Pologne, la chasse au trésor nazi continue

    En Pologne, la chasse au trésor nazi continue

    © REUTERS / Kacper Pempel
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    Après la Seconde Guerre mondiale, une partie de l'Allemagne a été attribuée à la Pologne - la Basse-Silésie notamment - et les citoyens allemands qui vivaient dans ces régions ont fui, ont été tués ou déplacés de force. Les villes dépeuplées ont ensuite été colonisées par des Polonais, qui s'installaient dans les meubles des anciens propriétaires.

    Ces derniers avaient laissé beaucoup de biens mais sans valeur: avant leur départ en effet, les Allemands avaient caché et enterré leurs biens familiaux et leur argent dans l'espoir de revenir un jour à la maison. Les nouveaux arrivants polonais ont commencé à tomber sur un grand nombre de caches et ont pris goût, avec le temps, à ces découvertes.

    La Basse-Silésie est connue comme un territoire de chasse au trésor. Et même si des décennies se sont écoulées depuis la guerre, les discussions à ce sujet ne cessent pas: diverses légendes circulent notamment parmi les habitants locaux concernant l'"or des nazis". Par exemple, on dit qu'en utilisant les prisonniers des camps de concentration, les nazis auraient créé toute une ville souterraine où ils auraient enterré des richesses incroyables pendant leur retraite. Un correspondant du New Yorker s'est rendu sur les lieux pour rencontrer les chercheurs de trésor polonais: extraits.

    Les rumeurs selon lesquelles il existerait une grande cache renfermant des objets de valeur dans la région remontent aux récits de l'officier nazi Herbert Klose, capturé par les services polonais, alors haut placé de la police de Wroclaw en Silésie. Pendant les interrogatoires, il a ainsi déclaré que fin 1944, la police locale avait aidé les habitants de la ville à rassembler et à cacher au même endroit leurs objets de valeur, soudés dans des coffres de fer. Klose précise qu'il n'y a pas assisté et ne connaît donc pas le lieu exact où ces trésors ont été enfouis.

    Une équipe de journalistes près de Walbrzych
    © REUTERS / Kacper Pempel
    Les trésors évoqués par Klose sont aujourd'hui recherchés par une poignée de passionnés. Certains d'entre eux ont même organisé une association: le "Groupe de recherche de Basse-Silésie". Ses membres étudient les cartes et les documents d'archives, mènent des expéditions spéléologiques et rencontrent des témoins de guerre. Ils croient à la légende selon laquelle il existerait, près de Walbrzych, un tunnel camouflé où les nazis auraient caché un train contenant de l'or, des pierres précieuses et des armes. En août 2015, Andreas Richter et Peter Koper, membres de l'association, ont déclaré l'avoir détecté sous la terre à l'aide de radars et les autorités locales ont annoncé qu'il serait "retrouvé sous peu". La rumeur selon laquelle le train pourrait contenir l'or de Klose s'est répandue et le flux de touristes a augmenté. Mais la découverte n'a toujours pas eu lieu. Par la suite, les chercheurs ont démenti la découverte de Richter et de Koper comme l'a déclaré Janusz Madej, professeur de l'académie des mines, en conférence de presse à Walbrzych. L'un deux, Michal Banas de l'Académie des sciences de Pologne, a détecté des anomalies dans le sol où se trouverait le train présumé à l'aide d'une caméra thermique. Selon lui, c'est précisément ce qui a pu donner de faux espoirs aux chercheurs d'or.

    Malgré tout, dans les mois à venir, écrit le New Yorker, Richter et Koper comptent examiner de plus près la région du tunnel. En outre, les autorités de la ville de Kamienna Gora ont l'intention de lancer des recherches d'éventuelles "caches" de camions contenant des trésors.

    Comme l'a déclaré au New Yorker le président du groupe de recherche Tomasz Jurek, le tunnel où repose le train présumé pourrait n'être qu'un élément de toute une ville souterraine dont la partie principale se trouverait sous le château de Ksiaz. L'une des habitantes de la région a raconté au journal que pendant la Seconde Guerre mondiale, quand les nazis occupaient le château, des explosions souterraines avaient commencé à se faire entendre régulièrement pendant plus d'un an. Des rumeurs circulaient même selon lesquelles on construisait une résidence souterraine pour Hitler.

    Les historiens savent effectivement que pendant la guerre, les Allemands construisaient un grand complexe souterrain en Basse-Silésie en sept parties, dont une se situait sous le château de Ksiaz. Ce projet avait pour nom de code Riese ("géant" en allemand). Il est tout à fait probable que le projet consistait à créer un immense bunker pour l'élite nazie — l'historien allemand Franz Seidler estime qu'il aurait pu abriter jusqu'à 27 000 personnes. Mais on ne peut l'affirmer avec certitude car aucun document du projet n'a été conservé. Les nazis ont manifestement cherché à s'en débarrasser pour éviter qu'ils tombent entre les mains des troupes soviétiques.

    Andrzej Boczek, chasseur de trésors de Pilawa Gorna, explique au New Yorker comment découvrir des tunnels souterrains: "Premièrement, il faut analyser des photos datant de la guerre où il est possible de voir l'emplacement des maisons des travailleurs qui ont construit la ville souterraine, qui se trouvaient généralement à proximité du site de construction. Deuxièmement, il faut comparer les cartes d'avant et d'après la guerre pour déterminer où sont apparus de nouveaux ruisseaux — l'eau aurait pu percer à travers les blocs de pierre qui ont servi à bloquer les accès des tunnels". Mais hormis les moyens relativement traditionnels, les chercheurs de trésors locaux utilisent également des méthodes plus originales. L'auteur de l'article se souvient notamment qu'en se promenant aux alentours de Walbrzych, l'un des chercheurs de souterrains nazis les plus connus, Krzysztof Shpakovski, lui avait montré le fonctionnement des appareils avec lesquels il cherchait des tunnels et de l'or: des sortes d'antennes qui tournaient et indiquaient des points sur le sol, à l'instar de celles utilisées pour trouver des sources d'eau.

    La recherche de trésors impose plusieurs contraintes. Une autorisation des propriétaires des terrains est d'abord nécessaire pour entamer des fouilles individuelles. Il faut également agir dans le cadre de la loi, qui exige de déclarer les trésors retrouvés (en Pologne le chanceux peut garder seulement un dixième de sa part, le reste revient à l'État). De plus, c'est un processus très tendu car les chasseurs de trésors ne font généralement confiance à personne, même par à leurs confrères. Ils pensent être constamment surveillés et certains reconnaissent même qu'ils craignent pour la vie de leurs proches. Ils ne sont pas effrayés uniquement par la jalousie des autres mais aussi par la légende des "gardiens" des tunnels. Beaucoup croient en l'existence d'un réseau d'agents secrets composé d'anciens nazis ou de leurs partisans qui continueraient de veiller aux trésors cachés. Après la guerre, il restait peu d'Allemands ethniques en Basse-Silésie et c'est parmi ces derniers que pourraient se trouver ces "gardiens", selon certains.

    Les chercheurs de trésors pensent que l'histoire du train mythique a été lancée uniquement pour détourner l'attention du public d'un trésor encore plus important dans les bunkers mystérieux. Andrzej Boczek explique qu'une "soucoupe volante construite par les nazis" pourrait être cachée sous terre. Aussi fantastique que cela puisse paraître, certains historiens pensent réellement que les Allemands avaient l'intention de construire des fusées spatiales dans leurs bunkers polonais.

    Mais même si les chasseurs de trésors arrivaient jusqu'au cœur du complexe souterrain Riese, ce dernier n'abriterait pas forcément les trésors tant attendus. Les mémoires d'un prisonnier d'un camp de travail nazi indiquent qu'avant de quitter ce territoire les Allemands avaient démonté les tunnels et évacué tout ce qu'ils avaient pu. De plus, comme l'a déclaré au New Yorker un ouvrier qui a récemment creusé pour le compte d'un chercheur de trésors, certains coffres des souterrains (qui ont manifestement appartenu autrefois aux nazis) "ont souvent été vidés, probablement par des militaires soviétiques".

    En dépit de l'éventuelle démystification de la légende de l'or nazi, les habitants de Basse-Silésie éprouvent de la sympathie à l'égard des chasseurs de trésors. Joanna Lamparska, l'auteur d'un livre sur les chasseurs de trésors locaux, témoigne: "Les gens les pardonneront car ils nous ont offert de bons souvenirs, un sentiment d'excitation et de l'espoir". D'autres sont moins enthousiastes face à l'activité accrue autour des trésors et disent que cela détourne l'attention d'un autre aspect important de l'histoire de cette région: les crimes commis par les nazis et les souffrances traversées par les prisonniers des camps de concentration morts pendant la construction de Riese.

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    Tags:
    nazis, Basse-Silésie, Pologne
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