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    Lettre du front

    10 lettres du front sur la vie des soldats russes pendant la Seconde Guerre mondiale

    © Sputnik . Sergei Piatakov
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    Ces lettres du front au papier jauni et à l'encre ternie sont précieusement conservées par les familles des anciens soldats qui ont combattu pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Elles sont transmises de génération en génération pour que le souvenir des sacrifices qu'ils ont accomplis ne périsse jamais. Chaque lettre est imprégnée de tristesse et d'amour, d'espoir et de récits sur la vie à l'arrière et en première ligne.

    Chacune a son histoire, qui reflète le sort des familles touchées par la guerre, terrible et inéluctable. Elles donnent des frissons et font monter les larmes aux yeux. Elles décrivent l'histoire de toute une nation et constituent elles-mêmes, aujourd'hui, une page de l'histoire.

    Voici quelques extraits de correspondances des combattants du front. Pour se souvenir. Et pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus jamais.

    "Bonjour, mon cher fils Tolia! Le 22 juin, cela fera un an que je ne t'ai pas vu. Tu me manques énormément et je pense souvent à toi. Tu as déjà cinq ans, tu es grand. Grandis, sois brillant, aime ton frère et prends soin de lui. Je reviendrai bientôt. Je reviendrai dès que nous chasserons tous les fascistes. Je t'embrasse très fort. Ton père."

    Extrait d'une lettre d'un soldat inconnu

    "Ma fille, prépare-toi à la séparation. L'année 1942 arrive. Vis, comme moi, dans l'espoir de nos retrouvailles."

    "Bonjour, Vera et mon fils Edik! Vera, ne sois pas triste. Prépare-toi pour l'hiver. Achète des bottes et couds un manteau pour notre fils. Je vous aime. Alexeï."

    Extraits de lettres d'Alexeï Rogov, chef d'escadrille d'un régiment d'aviation.

    Fait Héros de l'Union soviétique à titre posthume

    "Je suis blessé à la jambe droite. Ils m'ont opéré pour retirer un éclat. La blessure est légère — je marche déjà pour changer les pansements. J'espère guérir rapidement pour continuer d'anéantir l'ordure allemande. Pour notre peuple soviétique épuisé, pour vous, mes chers."

    Sergent de garde Andreï Gadenov. 10 novembre 1942

    "Un camp se situait à proximité de notre position. Un camp de concentration. Tu as probablement lu dans les journaux des informations sur le camp de Majdanek. Celui-là est plusieurs fois plus grand. Six millions de personnes y ont été tuées. […] Des chambres pour asphyxier les gens avec du gaz; des fours pour brûler des corps; des fossés pour balancer les corps ou plus exactement entreposés avec la méticulosité allemande — un rang avec les têtes d'un côté, un rang avec les têtes de l'autre. Les fossés sont remplis de sang. Et en tout, et partout: cette méticulosité allemande diabolique.

    A l'arrière, tout le monde ne croit peut-être pas aux descriptions de ces innombrables horreurs. Et il est effectivement difficile de croire que des hommes qui nous ressemblent puissent atteindre une cruauté aussi inhumaine. Mais quand on voit tout cela, on se demande: qui sont ces êtres qui ont voulu exterminer l'humanité? Sont-ils humains? Bien sûr, ce ne sont pas des humains! On mettra bientôt un terme à ces horreurs et l'heure viendra où les responsables devront rendre des comptes."

    Boris Routchiev. 7 mars 1945

    "… Il y a peu de temps libre. Il faut apprendre beaucoup de choses sur le tas. Mais il ne faut pas se décourager. Nous vaincrons. Maman, Papa et grand-mère, ne vous inquiétez pas pour moi. Ne pleurez pas. Tout va bien. Votre fils Kolia."

    Nikolaï Dronov. Tué près de Kertch en 1942

    "Aujourd'hui quand vous, Alexandre Konstantinovitch, mettez votre vie en péril pour défendre chaque mètre du territoire soviétique, nous jurons d'avoir toujours les meilleures notes, d'être disciplinées et d'aider le front. Seuls vous, chers défenseurs de la Patrie, pouvez détruire l'ennemi détestable pour tout le peuple soviétique."

    Lettre d'un écolier à son enseignant Alexandre Benevolenski envoyé au front

    "Bonjour, mes chers que j'adore à tout jamais! Il y a une heure je parlais dans notre abri des résultats de la guerre, de mes proches et parents. La porte s'est ouverte et un facteur y est entré. Il m'a donné une lettre avec une écriture d'enfant que j'ai ouverte avec émotion. Mes camarades ont demandé de lire votre lettre à voix haute, ce que j'ai fait. Nous sommes ravis que nos petits camarades se souviennent de nous et nous envoient leur salut de pionnier.

    Vos paroles chaleureuses et vos vœux sont très importants pour nous. Ils nous réchauffent. Cela fait quatre mois qu'avec mes camarades nous nous trouvons dans cette zone du front. Nous y sommes arrivés quand l'ennemi a tenté de prendre la ville en rassemblant toutes ses forces. Des centaines d'avions volaient au-dessus de nos têtes en larguant des centaines de bombes. La ville était recouverte de la fumée des incendies: les immeubles, les usines, les arbres, tout ce qui avait été créé par le travail de nombreuses années du peuple de notre Patrie brûlait.

    L'ennemi ne lésinait pas sur les moyens. Mais nous avons réussi à remplir l'ordre de Staline et honorer l'exigence de la Patrie: "Pas un seul pas en arrière!". Nous avons tenu même si c'était très difficile, surtout quand des blocs de glace denses dérivaient sur la Volga et qu'on devait nous approvisionner en nourriture et en munitions par bateau sous le feu de l'artillerie et des mortiers.
    La défense de Stalingrad ne relève pas seulement le mérite des guerriers, mais aussi de tout le peuple soviétique, de l'arrière qui a fabriqué des armes et nous a envoyé le matériel et les munitions. Rappelez-vous, les enfants: après la pluie vient le beau temps…

    Apprenez, étudiez bien la langue et la littérature russes, la géographie et l'histoire, l'art militaire et l'allemand. Et nous, nous vous promettons de remplir notre mission. Vous aussi, remplissez la vôtre à la perfection. Si nous le faisons, nous vaincrons l'ennemi. Salut du front. Alexandre Benevolenski."

    Réponse de l'enseignant Alexandre Benevolenski

    Parfois, les lettres avaient plusieurs semaines ou mois de retard et arrivaient après que leur expéditeur soit mort et quand la famille avait déjà reçu l'avis de décès. Cette dernière espérait alors que l'avis de décès était arrivé par erreur et que leur fils, frère, mari ou père était en vie et qu'il reviendrait à la maison.

    Grâce aux correspondances, les proches et les amis des soldats pouvaient transmettre un message sur le front, mais pour certains c'était l'occasion de dévoiler leurs sentiments.

    "Je me souviens souvent de vos leçons, Mikhaïl Petrovitch. Je me rappelle comment je tremblais et frémissait à chaque son de votre voix…"

    Extrait de la lettre de Sonia Stepina, 16 ans

    "J'ai lu ta lettre avec une grande joie. Tu n'imagines pas à quel point les gens sont heureux ici de lire les lettres de leurs proches et de leurs amis."

    Réponse de l'enseignant Mikhaïl Eskine, chef de section

    Cet échange épistolaire a continué et les deux correspondants sont tombés amoureux. Mikhaïl et Sonia se sont mariés en 1944.

    Le passé ne peut pas être changé, mais nous — les petits et les arrières petits-fils des héros — respectons et honorons l'histoire de notre peuple. C'est pourquoi chaque année, le 9 mai, nous déposons des fleurs devant la Flamme éternelle pour les guerriers tombés, nous offrons des œillets aux vétérans et leur disons "Merci!" avec une voix enrouée. Simplement parce que nous apprécions et que nous nous souvenons, parce que nous sommes reconnaissants de leur héroïsme.

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    Tags:
    soldats, lettre, Seconde Guerre mondiale
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