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    Tanaka Akio

    «Voir le Japon au moins un instant avec le seul œil qui me reste!»

    © Photo. AiF/Artem Kurtov
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    Dans un tout petit village de Pogui, aux environs de Saint-Pétersbourg, habite un retraité solitaire de 89 ans, fait qui n’a rien extraordinaire en soi sinon que cet homme qui s’appelle Piotr, Tanaka Akio de son vrai nom, est originaire du Japon qui n’y est pas allé une seule fois depuis ces 70 dernières années, mais rêve de s’y rendre un jour.

    Tanaka Akio est né en 1927 dans la ville d'Ebetsu, sur Hokkaido dans la famille d'un homme possédant deux hôtels à Ebetsu et à Sapporo. Après avoir perdu sa mère tôt, le jeune Tanaka ne pensait qu'à quitter la maison paternelle, les relations avec sa belle-mère n'étant pas chaleureuses, a confié Piotr Tanaka au journaliste Artem Kourtov, de l'hebdomadaire « AiF-Sankt-Peterbourg ».

    Tanaka Akio
    © Photo. AiF / Artem Kurtov
    Tanaka Akio

    M. Kourtov a raconté cette histoire à Sputnik :

    À l'âge de 17 ans, à peine sorti de l'école, le jeune Tanaka s'est engagé dans l'Armée du Guangdong en Mandchourie. Sur le front, il avait fait preuve de courage, méritant le grade de sergent et une « étoile d'or ». En 1944, il perd un œil suite à une blessure, et en août 1945, avec les 600 000 soldats de l'Armée du Guangdong, il est fait prisonnier par l'Armée soviétique et est transféré de Chine à Khabarovsk.

    « Pendant dix ans, j'ai coupé du bois dans le camp n16. Les prisonniers de guerre y étaient bien traités et nourris et n'étaient soumis à aucune violence », s'est souvenu le Japonais.

    Après le camp, les soldats regagnaient le Japon par mer, mais presque tous les commandants sont restés en Russie, étant sûrs qu'une fois revenus dans leur pays, ils seraient exécutés pour trahison.

    Aussi, après la libération du camp, Tanaka s'est rendu à Vladivostok où il a reçu un passeport russe et est devenu Piotr Tanaka. Il y a acquis le métier de motoriste et a travaillé à bord du paquebot « Ivan Koulibine ». Au milieu des années 1960, il est parti dans la région de Leningrad [aujourd'hui Saint-Pétersbourg] où il a travaillé pendant 18 ans dans un sovkhoze jusqu'à sa retraite.

    À présent, Tanaka-san habite dans un petit appartement à Pogui. Il a été marié plusieurs fois, mais a survécu à toutes ses femmes. Il n'a pas d'enfants, sujet qu'il a refusé net d'évoquer lors de son entretien avec le journaliste de l'hebdomadaire.

    Selon le Japonais, après toutes ces années, il rêve de retrouver ses parents.

    « Dans les années 1970, je suis allé à Leningrad, au consulat du Japon. J'y ai raconté mon histoire. […] Il s'est avéré que mon père était décédé depuis longtemps, alors que ma sœur n'a toujours pas répondu à ma lettre. […] Selon nos us et coutumes, toute la famille de ceux qui se sont rendus (à l'ennemi, ndlr] est déshonorée », a expliqué Tanaka-san au journaliste.

    Plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et à la veille de son 90e anniversaire, il rêve de visiter son pays.

    « Voir le Japon au moins un instant avec le seul œil qui me reste ! Voir comment mon pays a changé, comment vivent mes compatriotes. Et surtout, voir la floraison du sakura. Celui-ci est pour moi comme un bouleau blanc pour tout Russe. C'est plus qu'un arbre ou un symbole. C'est quelque chose de sacré qui nous lie à nos parents, à notre histoire, à nos racines », a avoué Tanaka-san, cité par Artem Kourtov.

    Le consulat japonais recherche toujours des parents de Tanaka-san, alors que des organisations caritatives nippones ont commencé une collecte de fonds pour son futur voyage au Japon.

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    Tags:
    libération, camp, soldats, prisonniers de guerre, trahison, consulat, Sputnik, Artem Kourtov, Tanaka Akio, Saint-Pétersbourg, Khabarovsk, Chine, Sapporo, Ebetsu, Hokkaido, Russie, Japon
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