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    «raveurs»

    Faire la fête quand l'URSS s'effondre : les raveries du teuffeur soviétique

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    Gaëlle Nicolle
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    Le 8 décembre 1991, le traité de Minsk entérinait définitivement la dislocation de l'Union soviétique. Le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev annonçait sa démission à la télévision. Et entre les deux, Moscou organisait sa première rave, le vrai symbole pour certains de la chute de l’URSS. Un documentaire, «Moi, Gagarine», lui est consacré.

    «D'habitude en Russie tout arrive avec dix ans de retard», s'amuse Olga Darfy. Tout, sauf la culture techno. Âgée de 20 ans à l'époque, elle assiste à la première rave russe et à l'avènement de cette toute nouvelle culture: «On a ouvert les frontières et la musique techno est apparue, comme au Royaume-Uni, à la fin des années quatre-vingt». «Vétéran» d'une fête historique, elle «se devait» d'en faire un film, Moi, Gagarine:

    «La musique était géniale, l'atmosphère était dingue, il y avait quelque chose de cosmique et de totalement nouveau, c'était la liberté totale».

    Le 14 décembre 1991, quelques jours avant que l'URSS ne s'effondre sans bruit, «20.000 watts» de techno faisaient trembler le parc VDNKh à Moscou, symbole de la toute puissance spatiale soviétique. Imaginez un Grand palais abritant la fusée de Youri Gagarine, mais à qui l'on vient de supprimer les aides publiques: «Les organisateurs sont allés voir le directeur… il lui fallait de quoi vivre, de quoi payer les employés, l'électricité… on lui a proposé du cash, et il était ravi». 

    «Pendant la Perestroïka, et quand Boris Eltsine est arrivé, on pouvait tout faire. Rien n'était interdit… sauf tirer dans la rue», ironise la réalisatrice.

    La nuit peut alors commencer: près de 2.000 «raveurs» se ruent au pavillon Cosmos et se déchaîinent sous le haut patronage du vaisseau Vostok. Un line-up éclectique et quasiment inconnu du public les attendait, avec des Russes, des Lettons, et aussi un Français:

    «Ils mixaient sur magnétophones. Les DJ n'avaient évidemment pas de vinyles, ils faisaient des copies sur bandes magnétiques et puis ils les mixaient… Techniquement, difficile de comprendre comment ils faisaient… Surtout aujourd'hui».

    Une soirée qui allait marquer toute une génération, et attirer des DJ de renom: «Laurent Garnier, gourou de la musique électronique, venait assez souvent jouer en Russie à ce moment-là. Il n'a pas joué à la Gagarine Party mais à celle d'après, au vélodrome Krylatskoye».

    Pour son film, Olga Darfy a retrouvé des participants, «et des amis des organisateurs», en souhaitant rendre un hommage particulier à l'un d'entre eux, Vanya, disparu mystérieusement en 1998. Parmi les autres figures incontournables de l'époque, Sergey Bugaev, peintre, acteur et musicien, plus connu sous le nom de «Afrika»: «tout le monde le connaissait, c'était le visage de la nouvelle avant-garde». Proche du chanteur Victor Tsoï, leader du groupe Kino, il constitue en quelque sorte le lien entre ces deux cultures, celle du «rock russe» et de la musique électronique, jusque-là confinée aux bandes originales de films et à quelques vinyles d'aérobic: «Lorsque Victor Tsoï mourut en 1990, tout cette culture du rock alternatif s'effondra».

    Deux décennies plus tard, il y a toujours des raves en Russie, dans des lieux abandonnés, des forêts:

    «Il y a une nouvelle vague maintenant. Je ne sais pas comment c'est en Europe, mais en Russie c'est lié à un certain regain de conservatisme… De nouveau, il y a des interdits, et cela prend une forme de contestation».

    Pour voir le documentaire, rendez-vous sur France 2 le 21 novembre à 00h50, ou en replay pendant 7 jours.

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    Tags:
    film, Olga Darfy, URSS
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