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Jusqu’où peut-on aller pour acquérir un brin de popularité sur la Toile? Les défis aussi incroyables que mortels se succèdent depuis une quinzaine d’années sans se ressembler. Pourquoi les jeunes entrent-ils dans ce jeu, sans avoir peur de perdre la vie? Y a-t-il un moyen qui aiderait les parents à éviter le pire?

Manger de la lessive, renverser sur son proche ou sur soi-même de l'eau bouillante, sauter d'un rocher ou grimper sur les toits: l'imagination des enfants et adolescents ne connaît pas de limites lorsqu'il s'agit d'impressionner leurs amis et de devenir populaire. Cette escalade d'actes de plus en plus risqués et violents, souvent relayés par Facebook ou d'autres réseaux sociaux, crée donc une sorte de pression sur les adolescents, qui se sentent souvent obligés de prouver quelque chose à leur entourage. Néanmoins, la popularité a parfois un prix trop élevé et porte un goût bien amer.

Un simple exemple, en août dernier, le défi, baptisé «hot water challenge» (le défi de l'eau bouillante) a explosé aux États-Unis. Il s'est même propagé en dehors du pays. La règle de ce qui est censé être un jeu consiste à verser sur soi ou sur un proche un sceau ou une casserole d'eau bouillante, tout en filmant la scène pour la poster en suite sur les réseaux sociaux. Inconscients du danger réel que cela représente, des jeunes s'y sont jetés tête baissée.

La leçon à tirer s'avère néanmoins bien lourde. Ainsi, Jamoneisha Merritt, une fille de 11 ans, qui, comme l'a rapporté le Washington Post, pourrait finir par être privée de la vue à tout jamais. Son amie lui avait versé sur la tête une casserole d'eau bouillante durant son sommeil.

Une autre fille, âgée de seulement huit ans, Ki'ari Pope, est morte après avoir bu à la paille de l'eau bouillante en tentant de relever le défi que lui avait lancé ses cousins. Le tube digestif et la trachée de la petite fille ont été gravement endommagés, provoquant son décès à l'hôpital, selon Le Daily Mail.

Qu'est-ce qui pousse les adolescents à participer à ce type de jeux?

Les causes de ce phénomène s'avèrent être multiples vu que l'adolescence est une période assez délicate pour des jeunes qui sont déjà en partie responsables, selon la loi. Ils restent souvent des enfants dans leur tête. Ce processus de transformation peut prendre du temps et les adolescents doivent apprendre à accepter leur nouveau rôle. Relever un défi et le remporter leur semble alors une solution.

«On est dans une société de l'image et on cherche beaucoup la reconnaissance extérieure de ses pairs, de ses communautés. Le fait qu'on cherche à se faire approuver par un certain nombre de personnes peut entraîner dans un mécanisme qui nous dépasse», explique à BFMTV, la psychologue spécialiste des nouveaux médias numériques, Vanessa Lalo.

C'est aussi le problème de l'insouciance qui se pose, selon Claude Halmos, psychanalyste interrogée par France Info.

«Les adolescents pensent que tout est possible. […] Il faut avoir en soi une faille dans le sentiment de sa valeur et avoir, de ce fait, un besoin pathétique de reconnaissance», affirme-elle à son tour.

Pour le sociologue David Le Breton, spécialisé dans le rapport au corps et interrogé par le quotidien 20 Minutes, «relever ces défis constitue un rite de virilité».

«Avant, le défi était "celui qui crache le plus loin". Les rites restaient alors des phénomènes de bandes et faisaient émerger un cador du quartier. Mais aujourd'hui, il s'agit de s'imposer comme celui qui a le moins froid aux yeux. Pour tirer leur épingle du jeu et montrer qu'ils sont plus forts que les autres, les jeunes vont le plus loin possible dans le danger. Et avec l'émergence des réseaux sociaux, nous assistons à une surenchère dans les défis. En réalisant quelque chose d'extraordinaire, les jeunes pensent obtenir la gloire et avoir l'étoffe d'un héros". Via ces défis, si absurdes et risqués soient-ils le garçon le plus médiocre dans sa vie commune devient grandiose», rapporte-il notamment commentant le défi de «fire challenge» qui consiste à s'enduire le corps de liquide inflammable avant d'y mettre le feu.

Des défis mortels, un danger pour tous?

Même si pratiquement tous les adolescents cherchent à se valoriser aux yeux de son entourage, ce n'est pas tous les adolescents qui vont se lancer dans les jeux extrêmes, expliquent des spécialistes en psychologie.

Pour Xavier Pommereau, psychiatre et praticien hospitalier français, spécialiste de l'adolescence en difficulté, tout dépend, avant tout, de la personne.

«Ces jeux font essentiellement des ravages chez ceux qui sont en difficulté, en souffrance; qui ont vécu des épisodes difficiles qu'ils ne parviennent pas à évacuer, à dépasser. Malheureusement, il y a près de 15 % d'adolescents qui se trouvent dans cette situation. Je dis donc, d'une manière générale, qu'il ne faut pas s'inquiéter plus que ça de ce genre de phénomène. Il faut surtout faire attention, surveiller que son ado va bien», commente-t-il à propos de cette situation pour la Dépêche.

Pour lui, ce sont les parents qui doivent porter la responsabilité principale de surveiller leurs enfants, traversant cette étape de vie importante.

«Ce n'est pas toujours simple. Il y a cependant des signes. Si un ado cherche tout le temps à rompre avec la réalité, se coupe des autres, se renferme sur lui-même, boit de l'alcool ou fume du cannabis, il faut faire attention», explique-t-il, évoquant notamment le défi «de la Baleine bleue» (Blue Whale challenge) qui a fait de nombreuses victimes.

Comment prévenir ce phénomène?

Malheureusement, il n'y a pas ici de solution magique universelle. Néanmoins, en général, les spécialistes conseillent aux parents d'être à l'écoute de leurs enfants, d'essayer de passer le plus de temps avec eux, de rester ouverts et attentionnés à leur problèmes.

Chaque enfant, tout comme chaque adolescent est différent. Néanmoins, quelques conseils sur le comportement des parents face aux dangers émanant d'internet ne sont pas à négliger.

Première chose, comme l'indique Justine Atlan, présidente de l'association E-enfance spécialisée dans la protection des mineurs sur Internet, c'est d'apprendre à l'enfant le bon usage d'internet et puis des réseaux sociaux lorsqu'il sera plus autonome. Ainsi, d'après elle, le Web doit être interdit tant que les enfants sont encore petits, puis, il faut les accompagner dans la découverte du Web lorsqu'il a environ 8 ans et finalement lui laisser prendre des libertés dès l'adolescence.

«Si vous avez réussi à lui transmettre un usage responsable d'Internet, alors dès l'âge de 13 ans, il peut être davantage autonome. Il peut, légalement, s'inscrire sur les réseaux sociaux. On le laisse faire, seulement s'il le souhaite. L'important est de continuer à lui faire prendre conscience qu'il n'est pas tout seul sur la toile. Et insister sur le fait qu'on ne peut pas tout partager sur ces sites», renseigne Justine Atlan.

Néanmoins, malgré cette autonomie, le rôle parental reste crucial, comme le souligne Amy Morin, psychothérapeute spécialisée dans le rôle parental.

«En vous familiarisant avec les plateformes sociales populaires vous aurez une meilleure compréhension de la façon dont chaque service fonctionne. Vous pouvez également créer votre propre profil sur ces sites et applications pour découvrir les réseaux de première main», explique-t-elle.

Finalement, comme le précise Vanessa Lalo, le problème «c'est que les parents ne vont pas sur ces lieux-là, ne voient pas ce qu'il se passe, ne sont pas au courant des escalades, des défis».

«Internet et la réalité ne sont pas deux choses différentes mais une continuité l'un de l'autre. J'encourage donc vivement les adultes à accompagner les jeunes sur ces nouveaux territoires numériques, pour éviter les éventuels risques et ouvrir la discussion à ces mondes virtuels, souvent mal appréhendés», résume-t-elle.

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mortel, défis, adolescents, parents, psychologie, science, danger, enfants, Internet
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