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    Révolution de Rose en Géorgie, 2003.

    En Géorgie, bien avant la révolution de Rose, la déferlante des roses

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    Oxana Bobrovitch
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    Il était une fois un peintre géorgien qui tomba amoureux d’une actrice française. Vrai ou faux? Peu importe, de cet amour, une légende qui a traversé un siècle est née. Et des générations d’amoureux chantent: «Un million de roses rouges//Par la fenêtre tu découvres//Lui qui t’aime pour de vrai//Changera toute sa vie en fleurs pour toi.»

    «Appuyé contre le chambranle de la porte, un géant, élancé, le visage gracile et les yeux tristes se tenait un Géorgien habillé d'une vieille veste»: c'est ainsi que Constantin Paoustovski décrit un artiste ambulant, Niko Pirosmanichvili.

    En quelle année Nikolos Pirosmanichvili est-il né? Où est-il enterré? Nul ne le sait. Légende de son vivant, artiste autodidacte, il ne semblait pas se formaliser de détails ni faire attention aux documents. Des pans entier de sa biographie reposent sur son seul témoignage. Niko serait né en 1862 dans le village Mirzaani en Kakhétie. Orphelin dès le plus jeune âge, il deviendra tour à tour paysan, cheminot, berger, commerçant… avant de se lancer comme peintre d'enseignes d'estaminets et d'échoppes.

    C'est en 1900 qu'il abandonne tout espoir de réussir dans le commerce et il commence à gagner sa vie comme peintre. Drôle de décision aux yeux de son entourage! Les gens traitaient Niko de fou, avec qui il valait mieux garder ses distances. De fait, le peintre même disait qu'il pouvait voir des Saints, que son pinceau peignait de lui-même, sans effort de sa part: «Il n'est pas de ce monde,» disait-on.

    C'est pourtant bien dans ce monde que Niko rencontre son idéal incarné: «Sans bouger, il regarda Marguerite, il aima Marguerite, écrit Constantin Paoustovski dans "Histoire d'une vie". Elle était pour lui la seule personne au monde. Toute parcelle de terre que le pied de Marguerite n'avait pas foulée lui semblait être un désert abandonné. Toute trace d'elle était une terre bénie. Chaque grain de sable sous ses pas brillait pour lui comme un minuscule diamant.»

    Portrait de Marguerite de Sèvres, peint par Niko Pirosmani
    Portrait de Marguerite de Sèvres, peint par Niko Pirosmani

    Qui est cette Marguerite qui a conquis le cœur de Niko Pirosmani? A-t-elle vraiment existé? Peut-être… Il existe quelques preuves qu'elle est réellement venue en Géorgie: en 1905, les journaux ont publié les annonces des représentations de la chanteuse, danseuse et actrice du théâtre parisien «Belle-Vue», Marguerite de Sèvres. «Belle Vue»? «Bellevue» un vrai théâtre? Juste une troupe constituée pour une tournée? Peu importe… Mais c'est là que naquit une des légendes les plus romantiques du siècle.

    En voyant la chanteuse, dit-on, Niko Pirosmanichvili s'exclame: «Ce n'est pas une femme, mais une perle d'un écrin précieux!» On dit qu'il vend son magasin et achète des millions de roses pour jeter un tapis de fleurs sur le trottoir devant l'hôtel où vit sa bien-aimée. Et ensuite? Certaines mauvaises langues disent que Marguerite, frappée par ce geste, a promis de ne jamais oublier son beau chevalier… pour partir quelques jours plus tard avec un autre soupirant, plus riche. D'autres disent que, après avoir envoyé des fleurs à Marguerite, Niko au lieu de rester «respirant à peine» sous les fenêtres, parti festoyer dans un restaurant. Trop emballé par la soirée arrosée avec ses amis, il a raté le départ de l'actrice. On dit que l'artiste vécut le restant de sa vie dans la plus grande pauvreté et dormait dans les abris de fortune.

    Il y a aussi les critiques d'art. Ils disent, eux, que toute cette histoire est juste un beau conte de fées. Les chercheurs assurent, mines sérieuses et lunettes chaussées sur le nez, que dans la vie de Pirosmani, il n'y eût ni amour non partagé, ni de vente de magasin et que le célèbre portrait «L'actrice Marguerite» est juste la copie d'une affiche de théâtre.

    Soit! Mais l'histoire d'un amour hors limites, hors des frontières, hors du temps continue à inspirer d'autres artistes, poètes et compositeurs… C'est comme cela que la chanson «Un million de roses rouges» du compositeur letton Raimonds Pauls est née: «Un million de roses rouges//Par la fenêtre tu découvres//Lui qui t'aime pour de vrai//Changera toute sa vie en fleurs pour toi.»

    «L'amour est tout ce que nous avons, et ce n'est que par l'amour que nous pouvons nous aider les uns les autres,» disait Euripide. Et des générations d'amoureux fredonnent… en pensant à cette image d'une place publique remplie de roses rouges.
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    Tags:
    amour, fleurs, Saint-Valentin, Niko Pirosmanichvili, Géorgie
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