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    Terrains de foot synthétiques: «si des pays les interdisent, c’est qu’il y a une raison»

    © Sputnik . Vitaly Belousov
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    Gaëlle Nicolle
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    Les terrains de foot synthétique sont-ils dangereux pour la santé? Les petits granulés noirs qui les recouvrent suscitent des inquiétudes. L’Agence nationale de sécurité sanitaire a rendu son verdict: peu préoccupant pour la santé, mais les données manquent encore... Des élus demandent leur retrait.

    Le recyclage n'a pas que du bon. Les revêtements de terrain de sport synthétiques, réalisés à partir de granulés issus de pneus usés, sont «peu préoccupant pour la santé», mais présentent des «risques potentiels pour l'environnement», d'après l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation de l'environnement et du travail (ANSES) dans un rapport daté de septembre.

    «L'ANSES dit qu'il y a quand même des risques au niveau des nanoparticules que contiennent ces terrains, mais ne va pas jusqu'au bout pour dire que dans la mesure où il existe des alternatives, autant les utiliser»,

    s'insurge Michèle Rivasi, eurodéputé EELV, à l'origine d'une vidéo et d'une pétition. De plus en plus de terrains de sport sont fabriqués à partir de granulats de pneus recyclés, une substance potentiellement dangereuse pour la santé des pratiquants, d'après le magazine So Foot qui y consacrait une enquête en novembre 2017.

    Suite aux inquiétudes soulevées à l'époque, et en l'absence d'études sur le sujet, certains élus avaient décidé d'appliquer le principe de précaution en les retirant, comme Catherine Bassani-Pillot, élue municipale EELV déléguée à la santé environnementale à Nantes. Les villes de Poitiers, Paris ou encore la Seine-Saint-Denis, la Gironde, mais aussi les Pays-Bas et New York, ont fait de même.

    C'est cette démarche que Michèle Rivasi, également biologiste spécialisée dans les questions de santé environnementale, souhaite voir se répandre. Car si l'ANSES a conclu à un risque «peu préoccupant pour la santé», elle souligne cependant «des incertitudes liées à des limites méthodologiques et un manque de données».

    «J'applique le principe de précaution: dans la mesure où il y a des particules, des produits à base d'hydrocarbures, et qu'on sait que c'est toxique, je ne comprends pas pourquoi on emploie ces pneus recyclés», poursuit l'élue.

    Ces petites billes noires permettent d'absorber les chocs, de faire tenir les brins d'herbe debout et d'augmenter la durée de vie du terrain. Elles collent à la peau les jours de pluie, peuvent se retrouver dans les chaussures ou les chaussettes. Dans ces petites billes noires, il y a des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des métaux, ou encore des perturbateurs endocriniens, dangereux pour les sols… et les joueurs? Les études manquent encore pour connaître leur réel impact: «Encore faudrait-il faire des études au niveau de stade fermés et regarder l'évolution des enfants qui sont sur cette surface-là. C'est souvent utilisé dans les cours d'école, notamment en maternelle».

    «En broyant le pneu, on augmente considérablement les risques d'exposition», explique Vasilis Vasiliou, toxicologue et professeur d'épidémiologie à la Yale School of Public Health, à So Foot. D'après le chercheur, 190 substances indiquent un potentiel cancérogène. Aux États-Unis, plusieurs centaines cas de cancer ont été détectées chez des joueurs.

    Face aux inquiétudes grandissantes en France, le Ministère des Sports avait tenu à rassurer, avant la publication de l'ANSES, en rappelant que «les enquêtes américaines à l'origine de cette actualité datent de plusieurs années et il est à noter que tous les produits commercialisés en France répondent à la norme française NF P 90-112, plus contraignante que celle existant aux États-Unis».

    Aliapur, l'organisme français responsable du recyclage des pneus, «se réjouit que l'ANSES puisse aujourd'hui apporter aux utilisateurs une position claire sur l'innocuité de ce type de remplissage». Il n'y a pas de lien évident entre les granulés et les maladies contractées par les joueurs non plus d'après l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), qui a publié ses résultats en avril 2017.

    En France, «il devrait y avoir une étude épidémiologique, mais je ne suis pas sûr qu'ils la fassent. On n'est souvent dans une politique du "pas vu, pas pris". On ne fait pas d'étude, comme ça il n'y a pas de risque. […] Si des pays l'interdisent, c'est bien qu'il y a une raison» conclut Mme Rivasi. 

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    Tags:
    santé, football
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