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    Talent ou héritage? Comment les femmes deviennent de plus en plus riches dans le monde

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    Société
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    Maxime Perrotin
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    Les femmes sont de plus en plus représentées dans les plus hauts échelons de richesse. Dans l’absolu, leur richesse a augmenté au XXe siècle. Cependant, les écarts de richesses persistent avec leurs homologues masculins et, au-delà des disparités propres aux zones économiques, certains profils de femmes restent désavantagés.

    La richesse mondiale devrait augmenter de 26% d'ici 5 ans, selon le rapport annuel du Crédit Suisse. Un gâteau, estimé à 399.000 milliards de dollars, dont les femmes auront leur part. Dans l'édition 2018 de son Global Wealth Report, la banque zurichoise dédie une rubrique d'une dizaine de pages à la fortune des femmes. En effet, leur part dans la richesse globale des ménages est devenue de plus en plus importante au cours du siècle dernier.

    Si les analystes ne parviennent pas à déterminer si cette tendance s'est poursuivie au-delà de l'an 2000, ils soulignent cependant que de plus en plus de femmes, seules architectes de leur patrimoine, ont rejoint le club des personnes les plus fortunées ces 5-10 dernières années.

    Les femmes détiendraient actuellement 40% de la richesse mondiale des ménages, selon les estimations des analystes du Crédit Suisse, qui ont recoupé plusieurs études menées sur différents continents. Un résultat qu'ils estiment plus élevé que dans d'autres études sur la question, une différence qui s'expliquerait notamment par le fait que ce rapport inclut les biens non-financiers. Ses auteurs soulignent, à cet effet, que la propriété foncière est plus équitablement répartie entre les genres que les biens financiers.

    Des disparités dans la méthodologie des études menées en Europe et aux États-Unis

    Dans le détail, la participation des femmes à la richesse globale des ménages est tirée vers le haut par la France, l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni, où la part détenue par les femmes est de 43%. Le score est moindre en Italie, avec 40%. Concernant les États-Unis, la tâche fut plus ardue pour les analystes de la banque suisse. Contrairement aux études européennes, les travaux américains ne s'intéressent pas aux richesses respectives des conjoints d'un même couple.
    En partant des données disponibles outre-Atlantique sur les hommes et les femmes seules, les auteurs du rapport statuent finalement sur un taux de détention du capital par les femmes aux alentours de 42% aux États-Unis.

    Si en matière de proportion, les femmes européennes semblent faire jeu égal avec les Américaines, la richesse des ménages américains étant plus importante qu'en Europe, le Nouveau Monde l'emporte donc sur le vieux continent en ce qui concerne la richesse absolue détenue par des femmes. L'Europe se rattrape cependant du point de vue tendanciel, l'évolution de la part des femmes seules dans la richesse globale différant également d'un pays à l'autre.

    À ce titre, la France fait figure de bon élève, avec une «légère» augmentation entre 2000 et 2013, contrairement à l'Allemagne et à l'Espagne, où cette part a diminué. Un recul a également été observé aux États-Unis à partir de 2007, alors que la part des richesses détenues par les femmes augmentait jusque-là. Un résultat «mitigé» qui concerne également le Royaume-Uni, où aucune tendance positive en la matière n'a été remarquée.

    Le rôle ambigu de la Chine dans la réduction des inégalités homme-femme en Asie

    Un cas qui intéresse tout particulièrement les analystes de la banque suisse est celui de la Chine. En effet, selon leurs estimations les femmes y détiendraient entre 30 et 40% de la richesse cumulée des ménages du pays, ce qui à l'échelle globale a un impact significatif, la richesse des ménages chinois ayant explosé ces dernières années, passant 3.700 milliards de dollars en 2000 à 51.900 à la mi-2018.

    Cependant, cette augmentation de la part de la Chine dans la richesse mondiale «est presque parfaitement compensée par une diminution de la part de la richesse dans les pays à revenu élevé». Des pays à revenu élevé où, comme évoqué précédemment, les femmes détiennent une part plus grande de la richesse. En d'autres termes, si la Chine contribue à augmenter dans l'absolu la richesse des femmes dans le monde, elle en diminue toutefois la proportion.

    En ce qui concerne la répartition des richesses entre genres, la Chine devance les autres pays de l'Asie-Pacifique, même si les ménages de cette dernière rassemblent plus de richesses. L'Asie-Pacifique, un continent «hétérogène», les analystes notant des disparités significatives entre ces pays en ce qui concerne la situation des femmes. Certains pays seraient ainsi selon eux plus proches de l'Inde, d'autres plus proches de la Chine. Parmi les mauvais élèves, ils pointent le Pakistan et le Bangladesh.

    Il faut dire que dans l'étude du Crédit Suisse, l'Inde — et non le sous-continent indien — fait bande à part. L'Inde, qui avec l'Afrique, ferme la marche tant en matière de richesse globale que de disparités de richesses entre les hommes et les femmes.

    Autre continent apparaissant dans l'étude, l'Amérique latine. Avec une part des richesses détenues par les femmes à hauteur de 30-40%, l'Amérique du Sud apparaît en proportion faire jeu égal avec la Chine, mais elle ne l'égale pas dans l'absolu.

    «La Chine a presque assurément augmenté la part de richesse [détenues par les] femmes en Asie,» soulignent les auteurs du rapport.

    Malgré des progrès, les inégalités homme-femme persistent

    Parmi les explications avancées afin d'expliquer cette augmentation de la part des femmes dans la détention des richesses des ménages, on trouve le fait que dans certains pays à revenu élevé, les femmes dépassent à présent les hommes en matière d'éducation. Celles-ci attendent également plus longtemps avant de se marier et d'avoir des enfants, et de ce fait, elles économiseraient davantage. En effet, si les femmes ont tendance à plus économiser que les hommes, l'étude souligne que les mères dépensent cependant plus que les pères pour leur enfant: ce dernier apparaît donc comme un facteur contribuant à accroître les inégalités.

    Les femmes sont également plus employées et mieux rémunérées que par le passé. Plus indépendantes financièrement, elles reçoivent également une part plus équitable qu'auparavant en cas de divorce. Ce dernier point n'est cependant pas un facteur plaidant en faveur de l'augmentation globale de la richesse des femmes, la richesse des femmes divorcées «chute généralement au fil du temps par rapport à leurs partenaires», notent les analystes. Ainsi, l'augmentation des divorces tend à diminuer la part des richesses détenues par les femmes.

    Paradoxalement, leur comportement plus prudent contribuerait également à réduire cette part. Le rapport s'attarde en effet sur le fait que les femmes seraient moins tentées que les hommes par les placements financiers risqués, cependant la valeur de ces actifs risqués a significativement augmenté ces dernières années, diminuant de fait la richesse relative des femmes.

    Ainsi, tout n'est pas rose concernant la réduction des inégalités de richesses entre les hommes et les femmes. Les jeunes femmes célibataires, «dont le nombre a augmenté», accumulent moins de richesses que leurs homologues masculins, faute d'avoir les mêmes salaires. Comme évoqué plus haut, la maternité reste également un frein. Ainsi, les mères célibataires constituent la catégorie d'individus ayant le moins de chances d'accumuler de la richesse sur le long terme.

    Pour autant, les femmes font mieux que les hommes chez les millénials, soit les personnes nées dans les années 1980 et 1990. Le rapport souligne ainsi que si la génération qui a atteint sa majorité après l'an 2000 est clairement moins riche que celle qui l'a précédée lorsqu'ils avaient le même âge, et ce notamment en raison de la crise financière mondiale, les femmes sont celles qui ont le mieux su négocier cet aléa économique majeur.

    Comme le précisent les analystes, ce sont des domaines où les hommes étaient surreprésentés (finance et construction) qui furent frappés de plein fouet par la crise de 2007, à l'inverse de secteurs plus stables de l'économie, tels que l'éducation, la santé et l'administration publique. Des domaines où les femmes ont tendance à être plus représentées.

    Une inégalité de genre plus marquée au sein des très grosses fortunes

    Parmi les 2.208 milliardaires de la liste Forbes 2018, 244 étaient des femmes (11,1%). L'Europe et les États-Unis tiennent le haut du panier, en accord avec la répartition observée de la richesse entre hommes et femmes. Les trois places du podium des pays avec la plus importante proportion de femmes parmi leurs milliardaires sont tenues par des pays européens: l'Allemagne (26%), la Suède (25%), la Suisse (23,8%).

    Le rapport souligne également qu'aux États-Unis, une large majorité des grosses fortunes détenues par des femmes restent issues d'héritages. Toutefois, les femmes ayant réussi seules y tiennent une part de plus en plus importante. Résultat, depuis 2005, la moyenne d'âge des femmes milliardaires a baissé par rapport à celle de leurs homologues masculins et, depuis 2017, leur fortune moyenne dépasse celle des hommes.

    L'Indonésie et Singapour, qui figurent pourtant en bonne place dans le rapport du Crédit Suisse en matière de dynamique globale de la richesse de ses ménages, ainsi que Taïwan, n'enregistrent aucune milliardaire. À l'échelle continentale, l'Afrique ferme la marche avec seulement 21 milliardaires, dont 2 femmes. 

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    femme, business, étude, richesse, Crédit Suisse, Europe, États-Unis
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