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    «La guerre a stoppé nos rêves»: témoignages de jeunes Syriens après huit ans de conflit

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    Ils sont devenus adultes avant l’âge et ont été contraints de se forger une volonté d'acier pour pouvoir non seulement survivre, mais aussi réussir dans un pays embrasé par un conflit armé. Sputnik a interviewé des Syriens que la guerre qui dure depuis 8 ans a surpris à l’aube de leur vie.

    Rêves emportés par la guerre

    «Comme tous les jeunes rêveurs et ambitieux, je voyais devant moi une vie en rose, un avenir merveilleux. Je me voyais un médecin accompli servant le pays et participant à son développement», relate aujourd’hui Moutaz, un habitant de Damas de 24 ans. Il assure n’avoir jamais envisagé  à l’époque de lier son destin à un pays étranger. Il rappelle qu'à la fin des années 2000, la Syrie connaissait un « essor économique, industriel et culturel » et « des améliorations dans tous les domaines ».

    Moutaz
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    Moutaz

    «Il y avait la stabilité politique, sécuritaire, et c’était un terrain fertile pour que l’individu s’y implante, y lance ses projets, profite à la fois du pays et au pays. La Syrie était ouverte au reste du monde et voyait affluer des touristes de tous les coins de la planète et conclure des partenariats tous azimuts», résume-t-il en parlant de la période qui a précédé mars 2011.

    Or, pointe-t-il, le chemin vers un avenir radieux que la jeunesse se dessinait s’est subitement transformé en un «tunnel obscur». «La guerre a stoppé nos rêves, les a gelés […] nous a enfermé dans une prison de sanctions».

    Combats, pertes humaines, crise économique — il explique que du jour au lendemain sa génération a dû grandir et assumer des responsabilités inconciliables avec son âge et avec son expérience. Écrasés par le lourd fardeau de ces nouveaux problèmes, beaucoup de jeunes Syriens ont opté pour l’immigration.

    Vaincre la mort qui rôde

    Moutaz ne nie pas que l’idée de jeter l’éponge et de prendre la route vers l’Occident lui ait traversé l'esprit vers 2012. Mais malgré toutes les difficultés, il a trouvé des forces pour poursuivre ses études, entrer à l’université et devenir dentiste. Et son cas est loin d’être isolé.

    «Tout est mort autour et si l'on cède, on meurt à l’intérieur. J’étudiais pour vivre, je me prouvais ainsi que j'étais toujours en vie. D’ailleurs, il y avait beaucoup de suicides parmi les jeunes qui ne savaient plus quoi faire de leur existence», répond Lamis, 28 ans, à la question de savoir comment elle a trouvé la force d’obtenir son baccalauréat en pleine guerre et de devenir ingénieur en informatique. «Une bonne note ou des retrouvailles avec ses camarades étaient les petites joies que l’on s’offrait». 

    Des étudiants à l'université Tichrine, Lattaquié
    Dmitri Vinogradov
    Des étudiants à l'université Tichrine, Lattaquié

    En 2012, Jaramana, une banlieue de Damas où Lamis a vécu toute sa vie, s’est retrouvée près de la ligne de front. Les incessants attentats terroristes et les obus de mortier tombant sur cette ville étaient le quotidien de la population majoritairement chrétienne et druze.

    «Pendant trois ans la vie s’est arrêtée. La guerre ne vient pas seule, mais s’accompagne de toute une série de facteurs – l’absence de sécurité, les problèmes financiers et ceux des transports. En allant à l’université, on pouvait passer des heures sur un barrage. On allait à l’université sans jamais savoir quand on rentrerait. Avions-nous des rêves? Non et il était impossible de savoir ce que l’on sera demain», explique la jeune femme.

    Génération de femmes fortes

    «J’ai accompli des choses que je n’imaginais même pas pouvoir faire un jour», explique Lamis, interrogée sur l’évolution du rôle de la femme au sein de la société au cours de ces dernières années.

    «Même à l’université il y avait encore il y a quelques années des domaines de génie réservés plutôt aux hommes. Aujourd’hui, les filles y sont majoritaires et dans certains métiers les femmes ont entièrement remplacé les hommes». Elle attire toutefois l’attention sur le fait que les changements ont commencé au cours des années qui ont précédé la guerre, et que cette dernière n’a fait qu’accélérer les choses.

    «La guerre a perduré et ne pouvant plus garantir leur avenir à l’intérieur du pays, certains hommes ont fui, d’autres ont été appelés sous les drapeaux et aujourd’hui nous, les femmes, sommes majoritaires», explique Reem, une étudiante en médecine qui vit à Damas avec ses deux sœurs, elles aussi futurs médecins.

    Reem
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    Reem

    La guerre les a privées de maison, la banlieue de Damas où vivait leur famille étant devenue le théâtre de combats entre les troupes gouvernementales et les groupes armés illégaux. Leur petit frère leur a aussi été enlevé et leurs parents ont été contraints de quitter le pays.

    «Au début c’était difficile pour nous de nous retrouver seules, mais nous avons appris à compter sur nous-mêmes», explique-t-elle, ajoutant que les malheurs qu’a connus sa famille ne faisaient que les motiver.

    «Certes, on avait peur et on déprimait, mais on a tout fait pour réussir et ce dans l’espoir d’apaiser le chagrin qu’ont connu nos parents après avoir perdu leur enfant», conclut-elle.

    Un avenir incertain

    «La période d’après-guerre est pire que la guerre même. Si avant on avait peur de mourir d’une roquette, aujourd’hui on a peur de mourir de faim», confie Lamis, ajoutant que le pays est dévasté du point de vue économique. Elle explique que si elle a réussi à trouver un emploi tout de suite après avoir obtenu son diplôme, il s’agit plutôt d’une exception.

    Lamis
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    Lamis

    De très nombreuses entreprises ont quitté le pays, des usines ont fermé ou ont été détruites par la guerre. Quant à la reconstruction, c’est un travail de longue haleine.

    Majd*, 32 ans, confirme les propos de Lamis. Spécialiste en langues asiatiques, il a obtenu son diplôme juste avant la guerre.

    «Je ne pensais en aucun cas à quitter la Syrie. Le pays connaissait un développement social, culturel et artistique et j’avais devant moi plusieurs opportunités d’emploi que ce soit au sein d’ambassades étrangères ou de sociétés asiatiques qui avaient des filiales dans le pays», relate le jeune homme.

    Juste après l’université, il a décidé de faire son service militaire avant de plonger dans le monde professionnel. La guerre a alors éclaté, il n’a pas été démobilisé.

    Aujourd’hui, même s’il ne perd pas espoir en la Syrie, il ne lie plus son avenir à celui du pays, expliquant qu’avec trois diplômes universitaires – dont deux obtenus pendant son service militaire – et le nombre de langues qu’il parle, il ne trouvera tout simplement pas de travail correspondant à son profil. Il estime aussi que l’inflation qu’a connue le pays en raison de la guerre et des sanctions on fait en sorte que le salaire touché est six fois inférieur aux besoins de sa famille.

    Des étudiants à Homs
    © Sputnik . Mikhail Voskresenski
    Des étudiants à Homs

    D’autres, et c’est le cas de Moutaz, voudraient poursuivre leurs études à l’étranger pour revenir plus tard au pays et participer à sa reconstruction en formant les prochaines générations. Or, même dans ce cas les portes seraient fermées.

    «Nous, les Syriens éduqués, on rencontre beaucoup de difficultés au niveau des ambassades», explique Moutaz, qui a appris le français et aimerait faire ses études supérieures dans l’Hexagone.

    «La jeunesse qui a enduré la guerre, qui a vécu la crise économique et a dû travailler la nuit et étudier le jour, qui a tout surmonté et qui n’a pas opté pour la voie de l’immigration illégale, je pense qu’elle mérite plus de soutien», conclut-il.

    *Le nom a été modifié à la demande de l’interviewé.

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    études, rêve, morts, étudiants, crise économique, travail, migrants, jeunesse, guerre, Jaramana, Damas, Syrie
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