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    Le photographe Gueorgui Pinkhassov au 10ème Festival Photoparade à Ouglitch

    Gueorgui Pinkhassov, un photographe loin des clichés actif sur Instagram

    © Sputnik . Vladimir Viatkine
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    Gueorgui Pinkhassov, le seul photographe russe de la célèbre agence photo Magnum, ouvre les portes de sa master-class à Sputnik. Reportage.

    Même si l’art photographique nous a habitués à toutes les surprises et toutes les dérives, le style exceptionnel de Gueorgui Pinkhassov se fait remarquer. Le photographe russe –ou plutôt «soviétique» comme il se définit– est largement connu pour son travail en matière de lumière et de couleurs, qui rapproche les scènes les plus banales à des peintures classiques. Pourtant, l’artiste se révolte violemment contre la notion de «style»:

    «Je suis contre le mot “style”, parce que tu risques de devenir son esclave, s’insurge Gueorgui Pinkhassov. Dans chaque photo de mon Instagram, je veux sortir du “style”. Je ne veux pas de limites. Je ne veux pas être repérable comme un criminel fuyant la police, qui connaît son écriture.»

    Son travail actuel dépasse de loin le simple témoignage photographique. Gueorgui Pinkhassov saisit l’insaisissable, il anime des compositions figées ou fluides avec son langage visuel reconnaissable –il estompe l’avant-plan, fait ressortir les couleurs écarlates, joue avec les reflets et les ombres.

    Pourtant, il est parti de loin. Le jeune photographe tout juste sorti de la fameuse École cinématographique de l’URSS (VGIK) a été remarqué par Andreï Tarkovski, qui lui a proposé de travailler comme aide-photographe («J’ai eu une permission de faire les photos», relativise Gueorgui) sur le plateau de son «Stalker» à Mosfilm. En cette année 1979, Gueorgui Pinkhassov avait 27 ans, Andreï Tarkovski en avait 45.

    © Sputnik . RIA Novosti
    Une image du film d'Andreï Tarkovski "Stalker"
    «Il m’a dit que je pouvais venir quand je voulais et prendre les photos que je voulais, raconte Gueorgui Pinkhassov à Sputnik. Il était un peu étrange. Il philosophait tout seul et laissait l’autre se joindre au cours de sa pensée, de ses inspirations. Il était très calme, fin, poli. Un personnage très européen, délicat.»

    Pourtant, le photographe avoue que l’œuvre de Tarkovski a servi de déclic pour sa première quête artistique, quand il s’est retrouvé, «presque par accident», à la projection de «Solaris». «Je pensais partir au bout d’une dizaine de minutes, mais finalement, tous les autres sont partis et je suis resté, confie Gueorgui Pinkhassov. J’ai ressenti ce que je n’ai jamais ressenti, c’était indéchiffrable, comme un message. Ça m’a poussé à m’intéresser à Bruegel, Bach, aux artistes flamands.»

    Plusieurs années plus tard, à Paris, vers 1985, un concours de circonstances mène Gueorgui Pinkhassov à se présenter à l’une des plus célèbres agences de presse photographiques, Magnum Photos, une «coopérative» créée en 1947 par le photoreporter Robert Capa et le photographe Henry Cartier-Bresson, auxquels se sont joints par la suite quelques amis. Ainsi, Gueorgui Pinkhassov, né à Moscou, se retrouve-t-il parmi les cent membres de l’une des agences les plus réputées à Paris, ainsi qu’à travers ses succursales à New York, Londres et Tokyo. Le premier photographe «soviétique» à rejoindre Magnum a été largement «soutenu et encouragé» par Sebastião Salgado, un photographe franco-brésilien humaniste:

    «Ses photos m’ont fait beaucoup réfléchir, assure Gueorgui Pinkhassov. Comment trouver dans l’espace en 3D un point où tout se met en harmonie pour une photo. Puis, j’ai compris: il faut faire beaucoup de photos, dont l’une deviendra “un moment décisif” de l’harmonisation. Et moi, j’ajouterais qu’il faut “un point de vue décisif”: Sebastião Salgado était un vrai roi de ce pont de vue.»

    En France, Gueorgui Pinkhassov montre quelques séries «noires», prises dans les rues de Moscou, mais qui étaient la «réalité et le témoignage» de l’époque. Puis, il change d’objectif et reprends la photo de rue. Après ces nouvelles séries, en 1987, il est définitivement accepté par Magnum.

    «Je n’ai jamais voulu être reporter, assure Gueorgui Pinkhassov. J’ai toujours voulu être une artiste. Entrer dans la vie privée des gens, les “gêner” en quelque sorte –non, je voulais porter un regard de l’intérieur. Grâce à Magnum, je suis devenu reporter et j’ai beaucoup voyagé, j’ai vu le monde. J’ai vu ce que personne ne peut voir –le nucléaire, les guerres, les coulisses du spectacle.»

    À travers ce travail de reporter en France, dans le vaste espace de l’ex-URSS, à l’étranger, l’artiste reste pourtant libre, avec une notion toute particulière de la liberté: «Je me considère comme “amateur”, c’est-à-dire “libre”», nous précise-t-il.

    «Pour rester photographe, je ne fais pas d’édition. C’est un autre métier. Comme Cartier-Bresson est resté photographe de reportage, lui qui se décrivait comme “chasseur végétarien”, je chasse, mais je ne mange pas. C’est absolument ma position.»

    Et il répète, à la suite de Bresson: «Quelle photo j’aime? J’ai tout oublié. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je n’ai pas fait». Gueorgui Pinkhassov s’oppose au système de projets, le jugeant «trop américain». Pour lui, «dans le projet, il y a une idée arrêtée». «Je me sens plus proche d’une approche bouddhiste, quand tu ne sais pas ce que tu veux, confie l’artiste. Tu sors dans la rue et tu prends non ce que tu veux, mais ce que tu vois. Puis, tu sélectionnes

    Ainsi, aujourd'hui, Gueorgui Pinkhassov trouve-t-il sa liberté dans Instagram, non par attirance envers les nouvelles technologies, mais par esprit de vie:

    «Instagram est un ruban qui se défile sans fin, qui est vivant. Comme la musique orientale, cette bande ne finit jamais. C’est mon côté oriental, peut-être. La musique ne s’arrête pas comme en Occident avec un bang final, cela ne s’arrête qu’avec ta mort. Et ce qui m’intéresse, c’est de progresser.»
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