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Quand la haine des juifs s'est-elle manifestée chez Hitler? Dès sa jeunesse, Hitler aurait rejoint une certaine «Ligue des antisémites» à Vienne. Cette association était auparavant considérée comme inexistante. Mais aujourd'hui, son existence semble pouvoir être démontrée, a expliqué à Sputnik un commissaire d’exposition.

Hitler a assimilé des éléments de l'antisémitisme à un très jeune âge et par divers biais, a fait savoir à Sputnik le commissaire d’exposition autrichien Christian Rapp.

Même avant la Première Guerre mondiale, Hitler était beaucoup plus actif et intéressé qu'on ne le pensait: il a rejoint la «Ligue des antisémites» en 1908, raconte le spécialiste. «Cette alliance a jusqu'à présent été considérée comme inexistante.»

Une nouvelle exposition ouverte à Sankt Pölten, en Basse-Autriche, montre que cette alliance a réellement existé, a souligné M.Rapp, qui a organisé l’événement. L’exposition raconte où et comment est né l’antisémitisme du futur dictateur.

Ses premiers pas

Cet antisémitisme se formait chez lui déjà lorsqu’il était à Linz, capitale du Land de Haute-Autriche, à travers ses années d’études, son entourage, en partie aussi à travers la maison de ses parents puis à Vienne, et via le maire Carl Lueger, élu en tant qu’antisémite et qui sera un modèle pour le jeune Hitler, retrace l’expert.

L’homme politique Georg von Schönerer, membre de l’Alldeutscher Verband («ligue pangermaniste»), un groupe particulièrement radical anti-tchèque, anti-slave et antisémite, était pour lui un autre moteur important, explique le spécialiste.

Le musicien August Kubizek, un ami d'Hitler, se souvenait qu'un jour, en 1908, le futur dictateur l'avait surpris en déclarant qu’il avait rejoint la «Ligue antisémite» en tant que membre et qu’il y avait aussi inscrit son ami. Il avait 19 ans à l'époque.

Cependant, une association de ce nom n'existe en Autriche qu’à partir de 1919. Historiquement, cela a incité les historiens à considérer cette affirmation comme une échappatoire de la part de Kubizek qui souhaiterait ainsi se justifier plutôt lui-même. Mais il ne faut pas trop s'accrocher au libellé, souligne M.Rapp: Kubizek est moins précis sur les questions politiques que sur les thèmes de la musique et de l'art.

À cette époque, il y avait une «Ligue des antisémites» à Vienne, à laquelle Kubizek aurait pu faire allusion et qui cadrait bien avec le profil politique d'Hitler à l'époque, car il mariait les idées du politicien autrichien Schönerer et la politique du pragmatique et moins dogmatique Lueger. L’évolution de cette alliance permet de mieux comprendre les relations particulières entre les antisémites chrétiens-sociaux et germano-nationaux.

Selon M.Rapp, il n'y a pas de carte de membre d’Hitler, ni de répertoire des membres de cette association. Les preuves, cependant, sont devenues beaucoup plus solides: «Nous ne croyons pas du tout qu'Hitler soit devenu un antisémite radical seulement à Munich».

L'exposition organisée à Sankt Pölten donne un aperçu des principaux courants sociopolitiques de 1889 à 1914: D'où viennent le militarisme, la haine raciale et l'antisémitisme? Jusqu'où étaient-ils ancrés dans la société avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale?

Ainsi, par exemple, il est possible d’y voir une collection de déclarations très anciennes de nature antisémite. Comme, par exemple, des suggestions pour éliminer les juifs avec un insecticide contenues dans l'annonce d'un député datant de 1900.

Un enfant de son temps

«Pour nous, Hitler est la clé de cette époque», dit Christian Rapp, surtout que les gens ont tendance à transfigurer un peu la période d’avant 1914, la Belle Époque, avec de grandes figures comme Klimt ou Freud. En réalité, il y avait alors également des personnages très sombres qui sont oubliés aujourd'hui, explique-t-il.

Le jeune Hitler évoluait dans ce climat, et de ce point de vue, il était un enfant de son temps, analyse le spécialiste de la culture. À cette époque, chacun aurait pu devenir raciste et antisémite comme Hitler.

La seule différence était que la personnalité et le caractère d'Hitler avaient une «idiosyncrasie spéciale» avec une volonté obsessionnelle.

La Première Guerre mondiale et la période suivante auraient servi de catalyseur pour les visions d'Hitler. De tels personnages avec leur folie, leur entêtement inquiétant, leur radicalisme et leur haine ont soudainement été applaudies par la société à l’époque, explique le spécialiste.

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Tags:
Autriche, exposition, Adolf Hitler, antisémitisme
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