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En cette période de crise, plus que d’habitude il est nécessaire de répondre aux questions restant sans réponse: comment la pandémie est née et à qui la faute? Pour Sputnik, une psychologue et psychiatre a expliqué pourquoi la pandémie de Covid-19 a engendré tant de théories du complot et en quoi ce mécanisme psychologique a été utile.

Un accident malheureux dans un laboratoire à Wuhan, une ambition d'un gouvernement mondiale de diminuer la population ou bien l'effet secondaire des stations 5G? À cause du stress lié à la pandémie de Covid-19, expliquer la nature des choses semble plus que jamais pertinent, souligne la psychologue Irina Skoumina dans une interview à Sputnik. L'auteur du projet en ligne L’heure du soutien, dont le but principal est d’apporter un soutien psychologique à celles et ceux qui en ont besoin, a présenté une lecture psychologique du phénomène de conspiration: à chacun sa stratégie pour surmonter le stress, la propagation des théories du complot étant l’un des moyens pour se réconforter.

Si de nombreuses théories du complot existent, c’est parce que cela est nécessaire au niveau psychologique. C’est par cette idée que la spécialiste a entamé son explication. Effectivement, la crise actuelle qui a engendré des dizaines de théories, notamment sur les raisons concrètes de l'émergence de la pandémie, montre bien à quel point l’inconnu provoque le stress et ce dernier, à son tour, de nombreuses hypothèses. Selon Mme Skoumina, l'épidémie couplée au confinement fait que la «demande» en théories du complot s’accroît considérablement.

Stratégies d’adaptation

Pour la spécialiste, les théories du complot ne sont qu’un mécanisme psychologique de défense naturellement utilisé en cas de crise interne, la situation actuelle tombant parfaitement dans cette catégorie. D’après la psychologue, en général il y a huit manières de surmonter le stress selon le psychologue américain Richard Lazarus, auteur de nombreux ouvrages sur le comportement des individus en période de stress.

Ainsi, les deux premières sont la stratégie de distanciation de l’information ou de l’événement et celle de l'évitement et de l'escamotage. Il existe aussi la méthode de confrontation et celle de la résolution des problèmes planifiée. S'ajoute à cela la stratégie de responsabilité et la quête de soutien, ainsi que le contrôle de soi et la réévaluation de la situation.

La spécialiste souligne qu'indépendamment des stratégies choisies, à un moment ou à un autre, plusieurs personnes se retrouvent confrontées à telle ou telle théorie du complot. Certains pourraient alors soit en devenir adeptes et la défendre soit la propager sans forcément y croire.

Selon la psychologue, c’est surtout la stratégie de confrontation, selon laquelle une personne essaye de trouver des responsables et cherche une vérité ou une explication en prétendant agir dans l'intérêt de tous, qui génère le plus de théories du complot. Dans le cas de la quête de soutien, les gens surmontent le stress en communiquant avec les autres, et c’est ainsi que les théories du complot se propagent le plus. Mais pourquoi sont-elles si souvent évoquées?

Une illusion de contrôle de la situation

La spécialiste explique qu'en parlant des théories du complot les gens expriment leur colère, reçoivent une sorte d’assurance et surtout se créent une illusion de contrôle de la situation.

«On veut croire qu’il existe un grand homme invisible ou bien une société secrète, responsable de tout cela et, donc, afin de mettre fin à tout cela, il faudra juste lui parler et il arrêtera ce chaos. On veut croire que cette personne ou bien cette organisation garde la situation sous contrôle. On ne veut pas croire que tout le monde a perdu le contrôle de la situation, car cela fait très peur», a souligné la spécialiste.

Le complotisme est-il utile?

L’expert a par ailleurs estimé que, contrairement à ce que la plupart de la population a l’habitude de penser, depuis des siècles les théories du complot ont été utiles. Historiquement, grâce à ces théories explicatives, qu’elles soient correctes ou fausses, les gens ont su passer du premier stade de déni de l'événement à celui de son acceptation, pour se référer au fameux modèle des cinq étapes du deuil en psychiatrie. Ces théories ayant pour but de trouver une explication à des phénomènes, elles prouvent par défaut la réalité des faits. Avec le Covid-19, le stade du déni a été surmonté quand il était estimé que «c'était rien de sérieux», indique la spécialiste. Et d'ajouter que ceux qui n'y croient toujours pas sont, au niveau psychologique, toujours à ce premier stade.

«Les théories du complot ne mettent pas en cause le fait même que quelque chose existe. Elles tentent de trouver une explication à son émergence», a-t-elle souligné.

Deux facteurs clés: confinement et Internet

Pour Mme Skoumina, la montée en puissance des théories du complot qui est observée aujourd'hui peut être expliquée par deux facteurs, qui jusqu’ici n’apparaissaient jamais ensemble: confinement et Internet. Afin de répondre au besoin de l’Homme, être social, de trouver un soutien, d’autant plus aiguë en période de confinement, le manque est comblé par la communication sur Internet. C’est pourquoi les complotistes, jadis dans les couloirs, prennent aujourd’hui de plus en plus de place sur la scène publique digitale, notamment sur les réseaux sociaux.

«À cause de la pandémie de Covid-19, le conspirationnisme a pris une ampleur sans précédent, le complotisme a passé les bornes. Si ne serait-ce qu’un de ces deux facteurs, confinement et Internet, n’avait pas existé, les théories du complot sur le Covid-19 auraient suivi leur voie traditionnelle sans prendre les dimensions actuelles», conclut la spécialiste.

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psychologue, Covid-19, théories du complot
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