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La manifestation belge du 7 juin contre le racisme a connu de vifs débordements, du côté des manifestants et des forces de l’ordre. Un journaliste belge, qui filmait une interpellation «musclée», a été verbalement agressé par un agent. L’association des journalistes professionnels va porter plainte contre cette atteinte au droit d’informer.

Le mouvement de protestation né du décès de George Floyd connaît un retentissement international. Depuis, de nombreuses manifestations se sont déroulées partout dans le monde. Après les États-Unis, la France, le Canada, la Grande-Bretagne ou encore la Suisse, c’est au tour de la Belgique, puisque ce 7 juin, quelque 10.000 personnes se sont rassemblées devant le Palais de justice de Bruxelles sous le slogan «Black Lives Matter». Si la manifestation s’est d’abord déroulée pacifiquement, des débordements ont eu lieu dans la soirée, aussi bien du côté des manifestants que des policiers et des journalistes ont été pris pour cible.

L’un deux, Jeremy Audouard, qui filmait l’arrestation d’un manifestant qu’il qualifie de «musclée», a été vertement pris à partie par l’un des policiers, qui lui reprochait de ne pas avoir sa carte de presse visible. Il a filmé l’altercation.

D’abord poussé, le reporter se fait hurler dessus par l’agent tout au long de la vidéo, qui martèle l’obligation d’avoir une carte de presse visible pour un journaliste.

«Reculez, tu n’as pas de carte! Tu me montres ta carte! Je veux voir la carte visible!»

Alors que le journaliste, qui conserve en permanence son calme, lui montre sa carte de presse, le policier n’en démord pas: «En permanence, elle doit être visible, elle doit être portée sur vous!»

Le policier finira par confisquer ses papiers d’identité et sa carte de presse, affirme le journaliste en légende de la vidéo. Une fois ses papiers rendus, il déclarera avoir subi des menaces de la part du policier en question:

«Ce que je n’ai pas apprécié, c’est qu’il m’a confisqué ma carte de presse et ma carte d’identité, qu’il a disparu dans la nature avec mes papiers, et que j’ai dû demander à des policiers où il était pour retrouver mes papiers. Il me les a rendus et m’a dit “Toi, très bientôt, attends-toi à avoir des surprises”. Ce genre de menace n’est jamais agréable», confie Jeremy Audouard à RTBF.

Sur Twitter, le reporter a affirmé que d’autres collègues avaient reçu des coups, parfois de matraque, aussi bien de policiers que de manifestants.

Dépôt de plainte

Ne voulant pas faire de généralités, Jeremy Audouard précise tout de même que la majorité des policiers ont maintenu l’ordre dans le respect:

​Suite à la publication de la vidéo, l’association des journalistes professionnels (AJP), en association avec la Fédération européenne des journalistes ont dénoncé ces intimidations, un dossier de plainte a été ouvert et le Conseil de l’Europe a été saisi ce lundi 8 juin, selon la RTBF.

«L’AJP va faire un dossier de plainte, car à l’occasion d’un contrôle, la police ne peut pas ensuite le menacer de le retrouver. Ce sont des agissements policiers inacceptables dans État de droit», déclare Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP à nos confrères de RTBF.

L’AJP a par ailleurs lancé un appel à tous les journalistes qui auraient subi ce genre d’intimidations lors de la manifestation du 7 juin.

Droit d'informer

Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP, tient également à rappeler que, selon une récente décision judiciaire, en Belgique, les journalistes ont le droit de filmer la police en intervention dans un lieu public, tant que la diffusion de l’image utilise toutes les précautions comme ne pas porter préjudice à l’honneur et de ne pas diffuser de séquences partielles:

«La police ne peut pas empêcher les journalistes de filmer. Elle peut leur demander de s’identifier, c’est à ça que sert la carte de presse émise par le SPF Intérieur. Cela permet au porteur de s’identifier comme journaliste.»

Pourtant, les attaques envers les journalistes, témoignages et vidéos à l’appui, continuent, mettant à mal la liberté de la presse. Une situation belge qui fait écho à la situation française, que Sputnik décrivait il y a quelques mois:

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police, manifestation, Belgique
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