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Comment les nouveau-nés se sentent-ils, entourés massivement d’adultes masqués? La vision de ces visages «incomplets» influence le développement de leur psychisme, selon Marie Fabre-Grenet, pédiatre au sein du Centre d'action médico-socio-éducative précoce. Elle tire la sonnette d’alarme.

L’usage du masque ne faiblit pas: il est maintenant conseillé de le conserver même au domicile et de ne pas l’enlever pour les fêtes de Noël. Une tendance qui ne manquera pas d’influencer le développement psychologique et mental des petits enfants, s’inquiète le docteur Marie Fabre-Grenet, pédiatre et directrice médicale du Centre d'action médico-socio-éducative précoce (CAMSEP). Spécialisée dans le développement des nouveau-nés, elle considère que se présenter devant eux avec un masque peut être «dangereux» et même «c'est un non sens développemental».

Question de survie: le bébé cherche un faciès humanoïde

La pédiatre rappelle qu’un nouveau-né «fragile, immature et totalement dépendant de l’environnement» a un grand besoin de communication dès les premiers instants de son existence, pour «survivre affectivement, biologiquement et physiquement». S’il reconnaît la voix de sa mère, apprise «dans le ventre», il ne reconnaît toutefois rien visuellement: il est naturellement porté à chercher le visage de sa mère.

«Si on prend un nouveau-né et que l’on lui présente plein de choses à regarder, ce qu’il suit le plus longtemps et le plus loin, ce qu’il repère et cherche vraiment, c’est l’ovale avec deux yeux, un nez, une bouche dans le bon sens, un faciès humanoïde. Parce que c’est vital», explique Marie Fabre-Grenet.

Certes, le bébé voit flou à la naissance. Mais il distingue mieux sa mère quand il se trouve «à 25-30 cm» d’elle. Par exemple, quand celle-ci le tient dans ses bras ou qu’elle l’allaite. C’est ce qu’on appelle la distance de communication. «Tout est fait pour que le bébé reconnaisse sa mère et sollicite son attention afin qu’elle assure sa survie

«Voir le visage, voir les mimiques, c’est fondamental»

À l’âge de deux-trois mois, les tout-petits sont programmés pour «reconnaître les mimiques». Et la pédiatre donne un exemple: «Quand vous tirez la langue, au bout d’un temps, le bébé va tirer la langue aussi, il essaye de reproduire les mimiques.»

«Se présenter à un bébé avec un masque, c’est un non sens développemental. Pour moi, c’est dangereux. Cela veut dire qu’on perturbe son précâblage. Cela veut dire aussi que, si un tout-petit est dans un environnement peuplé de masques, ça devient compliqué pour lui», signale Marie Fabre-Grenet.

Ce problème concerne aussi les nourrissons à la crèche, où l’apprentissage progressif du langage peut être mis à mal. Pour la praticienne, si les adultes à la crèche ou à la garderie parlent au bébé en portant un masque, les risques de «distorsions cognitives» ne peuvent manquer d’advenir. En effet, un bébé assimile le son qu’il entend avec la forme de la bouche. Un apprentissage impossible avec des adultes masqués:

«On peut se dire que, pour les tout-petits, en crèche ou à la garderie, ne pas voir la bouche et le bas du visage peut poser problème dans une construction des prérequis du langage», alerte la pédiatre.

Et ce n’est pas tout! «Être reçu dans la communauté des hommes» implique, selon le docteur Fabre-Grenet, de voir les visages, avec leurs mimiques et expressions. «Apprendre à décoder les émotions» est indispensable à l’intégration sociale. Ainsi notre interlocutrice émet-elle «de sérieux doutes sur l’impact à long terme» du port du masque devant les tout-petits.

Les deux premières années, «une période de foisonnement» du cerveau

Même si nous manquons encore d’études scientifiques et de recul, Marie Fabre-Grenet est convaincue que ce manque d’informations pourrait freiner le développement du cerveau des bébés. «Tout dépend du nombre d’heures qu’ils passent avec des adultes masqués», estime-t-elle. Certains en pâtiraient donc davantage: «Pour un bébé qui est à la crèche de 8 à 18 heures et ne voit ses parents qu’une heure le matin et deux heure le soir, ça pourrait avoir un impact sur la façon dont il se construit», affirme la pédiatre.

Effectivement, les deux premières années de l’existence sont la «période la plus rapide de toute la vie, une période de foisonnement, une explosion». À la naissance, l’homme possède la quasi-totalité de ses cellules cérébrales. Les connexions qui se mettent en place font grossir le cerveau. Du tour de tête d’environ 35 cm à la naissance, on passe à 50 cm à deux ans: «On prend 15 cm de tour de tête entre la naissance et l’âge de deux ans, et jusqu’à l’âge adulte, on ne prendra que 7-10 cm supplémentaires.» Une réalité physique qui reflète «l’effervescence du développement».

«C’est aussi une période qu’on appelle «sensible», la même où le cerveau est extrêmement plastique. Les conditions d’apprentissage de l’environnement peuvent avoir un impact très fort, tant dans le bon sens que dans le mauvais», prévient Marie Fabre-Grenet.

«Idéalement, il ne devrait pas y avoir de masques devant les bébés», poursuit Marie Fabre-Grenet. Aussi regrette-t-elle que le bébé ou l’enfant ait été trop longtemps considéré comme un «adulte en miniature», sur qui l’on plaquait la façon de penser des adultes. En réalité, la pédiatre suggère de comparer cette période à la construction d’une maison: «Si vous avez oublié une brique dans les fondations, on pourra ne pas le remarquer au début, mais la maison va partir de travers.»

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Tags:
masques, Covid-19, psychiatres, bébé
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