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Dimanche 3 janvier à Boulogne-Billancourt, la mésaventure du Raid a remis en lumière un phénomène malveillant: le «swatting». Cette «blague» consiste à appeler anonymement les forces de l’ordre en urgence sans motif réel. Alexandre Langlois est un agent de police au service de renseignement territorial. Il revient pour Sputnik sur cette pratique.

«Un canular de très mauvais goût qui a mobilisé inutilement ce soir les forces de police.» Dans un message publié via le compte Twitter de sa commune, Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne-Billancourt (92), n’a que très peu apprécié de voir le RAID, le service de déminage, les sapeurs-pompiers, la police municipale et des militaires, se déplacer pour une… «blague».

En effet, selon une source citée par le site Actu 17, la police a reçu un coup de fil anonyme, dimanche 3 janvier. L’appel évoquait un homme armé, soupçonné de s’être retranché avec trois otages –une mère et ses deux enfants. Le forcené exigeait une rançon pour chaque otage. Après une enquête du Raid, les forces de l’ordre ont conclu qu’il s’agissait d’un swatting, un canular téléphonique. Cette pratique pourrait-elle avoir des effets délétères sur les services de police?

Le risque de rater de vraies urgences

Pour Alexandre Langlois, agent de police au service de renseignement territorial, il n’y a pas lieu s’alarmer outre mesure car «ce n’est pas régulier».

«Cependant, si le phénomène devait se banaliser, ça serait catastrophique. Cela saturerait le standard du 17. Il n’y a pas forcément beaucoup d’opérateurs pour répondre au téléphone. Donc si de nombreuses personnes font des blagues, elles embouteilleront la ligne. De vraies urgences ne pourront pas être traitées», prévient-il.

Durant ces derniers mois, plusieurs incidents de ce type ont été signalés. Par exemple, en novembre dernier avec une fausse prise d’otage à Paris (IXe). La mauvaise plaisanterie a suscité l’intervention de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI). Ou encore, la «fausse alerte» à la bombe fin octobre à l’Arc de triomphe. Celle-ci a provoqué la formation d’un périmètre de sécurité autour du monument et donc une paralysie de la place de l’Étoile.

​Comment la police peut-elle démêler le vrai du faux afin d’éviter les déplacements inutiles? Comme l’explique Alexandre Langlois, cela n’est pas si simple. Les forces de l’ordre sont «tenues de toujours aller vérifier».

«Il n’y a pas le choix: on préfère se déplacer. Imaginons qu’on ne se déplace pas et que ce ne soit pas un canular…»

Cependant, pour éviter ce genre de mésaventure, l’agent rappelle: «Si le travail est bien fait en amont, on a le nom de la personne qui a appelé et son numéro de téléphone.» Malgré tout, le «plaisantin» peut être déterminé et réussir son coup. Or, dans ce cas, les sanctions sont lourdes. Ainsi, selon le Code pénal, article 322-14 alinéa 2, le délit de fausse alerte est passible de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende.

​Le swatting est apparu aux États-Unis dans les années 2000. Il tire son nom de l’unité de police paramilitaire SWAT, un groupe d’intervention équivalant au GIGN ou au RAID en France.

Les «streamers» souvent visés

Ce phénomène a touché particulièrement les streamers, des joueurs de jeux vidéo qui retransmettent leurs parties en direct sur des plateformes comme Twitch. Autres victimes, des personnalités publiques comme Tom Cruise ou Clint Eastwood.

L’Hexagone n’est d’ailleurs pas en reste puisque plusieurs streamers français ont été victimes de ces canulars. Notamment Sardoche et Xewer en 2019, ou encore Bibix dès 2015.

Comment expliquer l’engouement pour un tel acte? Sur BFM TV en 2015, Julien Chièze, youtubeur, avançait que, pour les adeptes du swatting dans le milieu du jeu en ligne, l’intérêt est «de se délecter de la surprise, de l’effroi de la personne concernée».

«Je crois que c’est une espèce de jubilation à créer le foutoir absolu. De voir que sa blague a un écho en direct», résumait-il.

Outre les canulars téléphoniques qui peuvent toucher les joueurs, Alexandre Langlois pointe une pratique qui est, cette fois, «plus régulière» et préoccupante: les tentatives d’embuscades.

«Ils appellent le 17 ou le 18 pour faire venir les policiers et les pompiers dans des embuscades. Et, là c’est plus compliqué. Ils arrivent toujours à contourner le contrôle initial au moyen d’un téléphone à carte prépayée, en donnant une fausse identité. Le standardiste ne peut pas faire mieux que d’envoyer des patrouilles. C’est comme cela que l’on tombe dans des guets-apens», explique l’agent du renseignement.

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Tags:
police, canulars
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