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Depuis l’annonce de l’arrivée de la 5G, une recrudescence d’actes de vandalisme contre des antennes-relais a été observée en France. Entre la peur des Français, le manque d’études pouvant les rassurer, cette technologie cristallise les tensions. Un expert du numérique fait le point pour Sputnik.

Branle-bas de combat pour freiner le déploiement de la 5G. Depuis plusieurs mois, les actes de vandalisme contre des équipements de télécommunications se sont multipliés en France et en Europe. Le 11 janvier dernier, un groupuscule anti-5G s’est attaqué à un émetteur TDF (TéléDiffusion de France), situé aux Cars, près de Limoges, privant 1,5 million de personnes de radio et de télévision. Un acte revendiqué par un collectif opposé à la 5G, le Comité pour l’abolition de la 5G et son monde (CLA5GSM).

En juillet dernier dans le Jura, deux anti-5G ont été condamnés à des peines de trois et quatre ans de prison par le tribunal correction de Lons-le-Saunier, pour avoir détruit à l’aide de cocktails Molotov une antenne-relais en avril dernier.

Multiplication des actes de vandalisme

En 2020 en France, c’est soixante-dix antennes relais qui auraient été vandalisées, rapporte Europe 1. Une situation très préoccupante pour Jean-Louis Mounier, directeur général de la business unit TowerCo de TDF, qui a dressé un constat alarmiste: «Nous sommes face à des mouvements violents disséminés sur l’ensemble du territoire. La menace est diffuse.» Comment expliquer le phénomène?

Pour Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique responsable, ces destructions, ainsi que des pétitions en ligne, les réactions des mairies de communes et de métropoles qui imposent des moratoires, s’explique par la crainte de l’inconnu.

«Ils ont peur des ondes électromagnétiques, car aucune étude suffisamment indépendante, sérieuse, ne les a rassurés jusqu’à présent. Les Français et les Européens ont peur et voudraient des réponses. Disons les choses clairement: ils veulent savoir s’ils ne sont pas en train de développer des cancers.»

Dans un rapport publié mi-septembre, l’inspection générale des finances (IGF), l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), le conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l’économie (CGE) soulignent que les agences sanitaires mondiales estiment qu’il n’y a pas d’éléments probants démontrant un lien de causalité entre l’utilisation de la 5G et l’apparition de cancers.

Manque d’études de référence

Néanmoins, ces instances précisent: «Pour d’autres auteurs, il existe au contraire un nombre élevé de travaux expérimentaux qui démontrent l’existence d’effets biologiques potentiellement délétères survenant au-dessous des seuils d’exposition réglementaires.»

«Malheureusement, après les scandales sur les produits phytosanitaires ou le tabac, les citoyens doutent des rares résultats qui ont été publiés à l’échelle européenne», regrette Frédéric Bordage, également fondateur de GreenIT.fr.

Pour tenter d’y voir plus clair, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a lancé des «travaux d’expertise» qui visent à évaluer les risques sanitaires liés à l’exposition des populations. Elle doit rendre ses conclusions d’ici à la fin de l’année 2021.

Au-delà d’éventuels risques à long terme, l’expert en numérique déplore que les pouvoirs publics n’arrivent pas à répondre aux craintes des citoyens.

«D’un point de vue politique, sans jeter l’opprobre sur le gouvernement, le calendrier retenu pose problème. Attribuer les fréquences et lancer la 5G avant que les études d’impact sanitaire et environnemental n’aient été réalisées, c’est un déni de démocratie. Notamment si l’on considère la peur affichée depuis quelques années par les citoyens français. C’est logique que cela déclenche des tensions au niveau de la société civile. Celle-ci ne se sent pas écoutée.»

Un sentiment exacerbé notamment par le choix d’Emmanuel Macron de ne pas reprendre la proposition de la Convention citoyenne pour le climat qui demandait un moratoire sur le déploiement de la 5G. Le chef de l’État a ironisé sur les défenseurs du «modèle Amish»: à savoir les soixante-dix élus de gauche et écologistes qui demandaient également une suspension provisoire.

«La France est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation. […] On va tordre le cou à toutes les fausses idées. Oui, la France va prendre le tournant de la 5G, parce que c’est le tournant de l’innovation», avait rétorqué l’hôte de l’Élysée devant un parterre d’entrepreneurs de la French Tech.

​L’expert en numérique se félicite en outre que, finalement, la 5G «cristallise le débat sur la technologie en général».

«C’est un signe très encourageant de la vitalité de la démocratie. C’est-à-dire que la société civile s’est enfin emparée du sujet de la techno et s’intéresse aux aspects environnementaux et sanitaires. Ça tombe sur la 5G, mais ça aurait pu tomber sur la 4G. C’est tombé un peu sur le Linky [nouveau compteur électrique communicant d’Enedis, ndlr]», énumère-t-il.

Concernant les impacts environnementaux, Frédéric Bordage souligne que la 5G pourrait accélérer l’obsolescence des smartphones. En effet, pour rentabiliser le coût des licences 5G, les opérateurs vont proposer des offres commerciales avantageuses, incitant ainsi leurs clients à remplacer leur appareil actuel.

De potentiels effets néfastes sur l’environnement

Dans une analyse, l’Ademe rappelait que la fabrication des smartphones, tablettes et autres objets connectés représente 47% de la pollution générée par le numérique.

Par ailleurs, le fondateur de GreenIT.fr juge que la 5G pourrait avoir un «impact potentiellement très important au niveau environnemental si l’on ne met pas en place un déploiement synchronisé et articulé entre la fibre et la 5G». Il conseille de faire preuve de mesure: «La 5G devrait être utilisée comme une technologie de niche, qui réponde à des problématiques spécifiques. Par exemple, des difficultés à câbler physiquement des zones du territoire français en fibre

«Ou encore répondre effectivement à des saturations à des endroits, comme dans les grandes métropoles, où cela sature en 4G et où il faut effectivement changer de technologie pour répondre aux demandes des utilisateurs», analyse-t-il.

L’équipementier télécom suédois Ericsson admettait d’ailleurs: «La consommation énergétique est susceptible d'augmenter de manière spectaculaire si la 5G est déployée de la même manière que la 4G.»  

Alors pourquoi faire le choix de développer la 5G sur tout le territoire? Pour l’expert, compte tenu des enjeux économiques, c’est un «outil pour développer le business», plus qu’un levier pour réduire la fracture numérique.

Ainsi, du fait de la large bande passante et des temps de réponses très courts (temps de latence divisé par dix par rapport à la 4G) offerts par cette nouvelle technologie, les opérateurs pourront développer les activités de vidéo à la demande et les jeux vidéo en streaming. D’autres applications seront également permises notamment dans le domaine de la santé comme la télémédecine, la prévention des maladies chroniques, ou encore dans le secteur du transport avec les navettes autonomes.

Si le déploiement de la 5G soulève donc de nombreuses questions en matière d’environnement, malgré les promesses offertes dans ses domaines d’applications, la recherche européenne a d’ores et déjà lancé début décembre l’initiative Hexa-X afin de réfléchir à la… 6G. De quoi donner des sueurs froides à ceux qui prônent la sobriété numérique.

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Tags:
France, technologie 5G
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