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L’arrivée prochaine de la saison touristique fait naître des espoirs au sein du secteur de l’hébergement et de la restauration québécois qui recrute de la main-d’œuvre étrangère, notamment française, mais qui se heurte à l’exigence d’Ottawa de prélèvement des empreintes biométriques des travailleurs étrangers avant leur départ pour le Canada.

Comme nombre de secteurs économiques, le tourisme éprouve de grandes difficultés depuis que la pandémie de Covid-19 a frappé de plein fouet le monde il y a un an. Et le secteur du tourisme canadien n’a pas été épargné, mais l’arrivée de la nouvelle saison fait naître des espoirs qui risquent d’être compromis par la pénurie de main-d'œuvre en raison des règles imposées par Ottawa.

Ainsi, le directeur d’un établissement de 43 chambres à La Malbaie, David Cloutier, indique à Radio-Canada qu’il trouve en France une main-d’œuvre compétente et que la jeunesse française reste toujours intéressée par du travail au Québec. Cela étant, il a investi plusieurs centaines de dollars en annonces sur Facebook.

Le résultat ne s’est pas fait attendre: il a reçu 32 CV en quelques jours. Toutefois, depuis quelques années, Ottawa exige que les empreintes biométriques de la main-d’œuvre étrangère soient prélevées avant son départ pour le Canada, rappelle le média. Or, la France vit une troisième vague de l’épidémie et le centre de prélèvement de Paris est fermé. Le seul autre centre reconnu par Immigration Canada en France se trouve à Lyon.

«Il s’agit d’un service essentiel, déplore David Cloutier. Pourquoi mes travailleurs ne peuvent-ils pas donner leurs empreintes une fois arrivés au Canada? […] Leur dossier n’est même pas traité tant qu’ils n’ont pas remis leurs empreintes biométriques.»

À elle seule, la région de Charlevoix accueille quelque 250 Français chaque été en moyenne.

«Ce sont des travailleurs qui s’intègrent facilement […]. Ils dépensent, paient des taxes, des impôts et contribuent à la vitalité de ma petite région», explique David Cloutier.

Il constate que si les candidats doivent attendre juillet pour pouvoir entrer dans le pays, ils vont trouver autre chose ailleurs.

«C'est vraiment un bordel!»

Assouplir les règles

La pénurie de personnel se ressent partout dans le pays, constate auprès de Radio-Canada Marjolaine De Sa, directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec. Selon elle, de nombreux établissements ralentissent le rythme des réservations par manque de main-d’œuvre.

«L’été, dans les hôtels de la région de Québec, les travailleurs étrangers représentent environ 10% du personnel», estime-t-elle.

«Ça compromet notre relance, c’est certain.»

Et même les cuisiniers étrangers, qui ont longtemps suivi un processus d’admission accéléré, ne se voient plus accorder ce privilège.

«Il faut maintenant prouver que nous avons affiché un poste pendant quatre semaines avant de pouvoir bénéficier du programme», regrette Martin Vézina, responsable des affaires publiques à l’Association Restauration Québec (ARQ).

Selon lui, il est nécessaire de prévoir «un assouplissement pour que les prélèvements d’empreintes soient faits sur le territoire canadien».

Quid des postulants canadiens?

Mais pourquoi ne pas proposer un emploi aux Québécois, alors que la pandémie prive de travail des dizaines de milliers d’entre eux? Tout simplement parce qu’ils sont très peu nombreux à postuler, explique l'ARQ.

«J’ai reçu trois ou quatre CV, tous de gens qui n’avaient jamais travaillé en cuisine», souligne David Cloutier.

Les hôtels et les restaurants se préparent à l’été, mais certains craignent une pénurie de main-d’œuvre.

«Moi, cet été, si je suis seulement capable de servir 20 clients par soir plutôt que 70 parce que je n'ai pas de cuisiniers, ça va avoir des conséquences […], ça va être la même chose dans plein d'autres entreprises au Québec, seulement parce que nous n’avons pas pu faire venir la main-d’œuvre dont nous avons besoin», peste David Cloutier.

Le secteur en difficulté

Radio-Canada indique avoir interrogé le cabinet du ministre fédéral de l'Immigration, Mario Mendicino, sur d'éventuels assouplissements des règles. Dimanche, ces questions demeuraient toujours sans réponse.

Selon l’Enquête sur la population active parue le 12 mars, le secteur qui a le plus baissé en nombre au Québec de février 2020 à février 2021 est celui des services d’hébergement et de restauration: moins 82.200, soit une chute de 31,8%.

Et même si l'emploi dans le secteur des services d'hébergement et de restauration a augmenté de 7,8% en février, le secteur «demeure le plus éloigné des niveaux d'emploi» observés avant l’épidémie de Covid-19. Le nombre de personnes travaillant dans ce secteur était d'environ un quart inférieur (-26,1%) en février 2021 comparé à un an plus tôt.

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Tags:
Québec, Canada, main d’œuvre, tourisme
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