«Mourir à son genre»: Demi Lovato, Elliot Page, où ces coming-outs puisent-ils leurs racines?

Demi Lovato - Sputnik Afrique, 1920, 29.05.2021
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Transition d’Elliot Page en 2020, annonce de la non-binarité de Demi Lovato en 2021. L’accélération des coming-outs genrés reflète une envie «prégnante» de sortir de l’«impasse identitaire» et de «faire fi des stéréotypes», malgré les critiques de la société, explique à Sputnik Joseph Agostini, psychanalyste au sein de PSY.gay.e.s.

Dans le cadre de son coming-out non binaire, l’artiste Demi Lovato a adopté un pronom neutre «they», l’équivalent de «iel», contaction de «il» et «elle» qui n’a pas de transcription officielle en français. Pas une première. En effet, en 2019, le chanteur Sam Smith avait déjà abandonné son genre masculin pour se déclarer non binaire – terme utilisé pour décrire une personne dont l’identité de genre ne s’inscrit pas dans la norme binaire, donc qui n’est ni masculine ni féminine.

Les transitions non binaires s’ajoutent aux cas de transidentité, comme le coming-out d’Elliot Page en 2020. En France, Alexia Cérénys est la seule joueuse de rugby transgenre d'Élite 1. Sa transition s’est déroulée entre 2010 et 2014.

Derrière l’augmentation des coming-outs de personnes médiatiques, le psychanalyste et romancier Joseph Agostini observe qu’aujourd’hui «une possibilité s’offre d’un point de vue sociétal à vivre» son genre, différent de celui assigné à la naissance, et à s’accepter en tant que personne non binaire ou transgenre «beaucoup plus simplement». Il est question de renégocier le sexe d’assignation.

Sans nier une certaine envie de «transgresser» propre aux célébrités, il y a aussi «l’envie d’ouvrir la voie en matière de genre, de personnalité. Une envie de se distinguer des autres», une tentative de montrer qu’il existe une autre option.

«Il y a surtout aussi une manière de vivre sans doute plus librement sa sexualité et son genre, un sentiment de pouvoir, au XXIe siècle de faire fi des clichés, des stéréotypes qui nous enfermaient avant. Il y a le sentiment que c’est le moment pour enfin se libérer de ces normes», explique le psychologue clinicien dans un entretien à Sputnik.

D’où ce besoin de transition?

Avant sa transition, l’actrice Ellen Page avait affirmé souffrir d’une profonde dépression et d’anxiété. Demi Lovato évoquait pour sa part, avant de se confier dans une vidéo sur Instagram, des troubles psychiques: boulimie, troubles bipolaires, dépendance à la drogue et alcool comme moyens d’automédication.

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En tant que vice-président de PSYgay.e.s, association des psychologues qui accueillent les patients inconditionnellement sans distinction de genre et de sexe, Joseph Agostini précise que l’envie de transition est souvent motivée «par une véritable souffrance identitaire» et l’impossibilité de s’assumer.

«Le sentiment de ne pas appartenir à son sexe, au sexe auquel on a été assigné à sa naissance est de plus en plus prégnant […]. Il y a un sentiment d’être dans une impasse identitaire qui consiste à avoir envie de mourir, mourir à son genre», expose-t-il.

Et de poursuivre: «C’est une mort, c’est une forme de mort symbolique, mais pas biologique. C’est une envie de faire table rase de son passé, de recommencer et de s’autoriser à vivre au-delà des normes binaires, cisgenrées [type d'identité où le genre ressenti correspond à celui genre assigné à la naissance, ndlr]».

«Je suis pleinement qui je suis», disait Elliot Page en couverture du magazine Time. Une sorte de «renaissance» pour les personnes transgenres, souligne Joseph Agostini.

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Société vs fluidité des genres

Confiant quant à leur choix, tous se souviennent de la longue période d’introspection qui l’a précédée. Tous sont conscients de la rigidité avec laquelle la «société patriarcale, cisgenrée, où le binaire est très important», perçoit ces annonces.

«Il y a de la haine des deux côtés», déplore le psychanalyste. «Et des deux côtés, elle est à combattre. Pas question de tomber dans la simplification en choisissant le coupable conservateur! Les choses sont plus subtiles, tout n’est pas à jeter dans les traditions.»

«C’est extrêmement difficile d’inscrire une troisième voie. La troisième voie dans le genre, c’est-à-dire l’idée qu’on pourrait ne pas être un homme ni une femme, qu’on pourrait être fluide, se sentir pansexuel [le fait d’être attiré amoureusement et/ou sexuellement par une personne sans égard à son genre ou sexe, ndlr], asexuel [pas ou peu d'attirance sexuelle pour quiconque, ndlr]», détaille-t-il.

Pour une société conservatrice, accepter une telle fluidité équivaut en quelque sorte à «abandonner le socle» sur lequel elle reposait depuis des siècles:

«Il faut comprendre que ce genre de choses soit difficile, voire inacceptable pour une partie de la population. Bien sûr, c’est toujours difficile de toucher à ses propres valeurs. Et parfois, on n’en a simplement pas envie et on ne peut forcer personne», résume Joseph Agostini.

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