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Suite au suicide d’une adolescente de 14 ans après un viol collectif à Gand, en Belgique, le Premier ministre Alexander De Croo a qualifié les violences contre les femmes d’«autre pandémie». Près de la moitié des victimes de viol ont des pensées suicidaires, selon un sondage.

Selon les premiers éléments, une adolescente de 14 ans domiciliée à Gavere s’est rendue à Gand (ville belge néerlandophone), pensant avoir rendez-vous avec un seul jeune qu’elle avait connu sur les réseaux sociaux. Ils se sont retrouvés dans un cimetière qui fait office de parc, dans le nord-ouest de la ville, le 15 mai.

Mais soudain, quatre autres individus ont fait irruption. Tous les cinq ont agressé la jeune fille, en prenant soin de tout filmer. Les images du viol ont ensuite été diffusées sur les réseaux sociaux. Quatre jours plus tard, la victime s’est suicidée.

Les faits n’ont été révélés qu’après le suicide, car l’adolescente ne se serait confiée qu’à une amie.

Les cinq suspects ont été identifiés et interpellés. Uniquement deux d’entre eux sont majeurs (18 et 19 ans). Les autres trois sont des mineurs de 14 à 15 ans.

Une veillée de soutien

Le drame a suscité l’émoi. Le 2 juin, un rassemblement de soutien à la jeune fille a eu lieu devant la mairie de Gant. Une centaine de personnes étaient présentes, dont le Premier ministre belge Alexander De Croo.

Précisant qu’il s’y était aussi rendu en tant que parent, et pas seulement en tant que personnalité politique, le Premier ministre a qualifié ces violences d’«autre pandémie» qui rythme le «quotidien» des adolescentes et des femmes en général.

«Nous ne pouvons pas accepter qu’une jeune fille soit à ce point désemparée, ne trouve aucune aide et pose alors un geste fatal. La violence contre les femmes est une autre pandémie. C’est quotidien et il n’y a pas de place pour cela dans notre pays», a-t-il déclaré, selon RTL.

«Je suis ici avant tout en tant que parent. J'ai moi-même des enfants de cette tranche d'âge de la même région, du même type d'école. Je veux apporter mon soutien aux parents et à toutes les personnes concernées», a-t-il ajouté.

​Les participants ont écrit des messages sur le sol à la craie: «Croyez-nous», «Ne blâmez pas la victime», «Ne dites pas à vos filles comment s’habiller, dites à vos fils comment agir».

Des restrictions envisagées

Selon les informations de la chaîne belge VRT, une enquête est en cours pour «viol, attentat à la pudeur, prise et diffusion de photographies pouvant mettre en danger l’intégrité personnelle». Les autorités judiciaires pourraient ajouter une circonstance aggravante du fait que les événements ont conduit à la mort de la victime.

Les deux suspects majeurs ont été incarcérés; les trois autres ont été placés dans des établissements pour mineurs.

Dans la foulée, le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne a discuté avec les grands acteurs de l’Internet, dont Facebook, du renforcement des moyens pour empêcher la diffusion de telles images. La ministre flamande de la Justice Zuhal Demir est allée plus loin, déclarant auprès de VRT qu’elle voulait renforcer la loi sur la délinquance juvénile afin que les mineurs puissent également être emprisonnés pour viol.

De tristes chiffres

Les vagues de confinement dues à la pandémie de Covid ont considérablement contribué non seulement aux violences domestiques et conjugales, mais aussi à la hausse des cas d’exploitation sexuelle à l’encontre des mineurs.

Ainsi, Child Focus, fondation belge pour enfants disparus, a constaté une explosion du nombre de signalements d’exploitation sexuelle en ligne en 2020 (images d’abus sexuels sur des enfants, sexting, extorsion sexuelle en ligne, toilettage d’enfants dans le but d’en abuser sexuellement).

«Les jeunes étaient beaucoup plus actifs en ligne en 2020 et donc plus exposés aux risques du numérique», souligne la fondation dans son rapport annuel.

Sur les 411 nouveaux dossiers liés à la sécurité en ligne, 81% concernaient des atteintes à l’intégrité sexuelle de mineurs, alerte Child Focus. La fondation a traité 2.205 dossiers d’exploitation sexuelle en 2020, contre 1.501 en 2019, soit une augmentation de 47%.

Par ailleurs, la réticence générale des victimes à déposer plainte et leurs pensées suicidaires préoccupent. Entre 32% et 44% des femmes qui ont été violées ont pensé à se suicider, et entre 16% et 27% ont fait une tentative de suicide, selon un sondage Ifop mené en 2018 pour la Fondation Jean-Jaurès sur les violences sexuelles. Sans surprise, le dépôt de plainte après un viol reste très minoritaire. Seuls 11 à 19% des victimes déclarent l’avoir fait.

Enfin, une nette majorité n’en a parlé à aucun proche (56 à 68%) ni n’a vu de médecin (64 à 74%).

Une étude européenne de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE menée en 2014 constatait qu’une femme sur trois a subi au moins une forme de violence physique et/ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans.

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Tags:
suicide, adolescents, violences, viol
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