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En Russie, le football contre la radicalisation et pour le patriotisme

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Coupe du monde de football 2018
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Elliot Lelievre
La Russie, pays hôte du Mondial 2018 (144)
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L’organisation de la Coupe du Monde est un formidable outil de soft Power pour la Russie, mais à l’intérieur de ses frontières, le football est également utilisé pour calmer les velléités indépendantistes, contenir le prosélytisme et développer un sentiment d’unité nationale. Du pain et des jeux pour un pays en somme. Explications.

Si l'organisation de la Coupe du Monde par la Russie permet au Kremlin d'améliorer l'image du pays à l'étranger, elle sert également ses intérêts au plan national, comme l'expliquait un rapport de l'Observatoire franco-russe écrit par Régis Genté, spécialiste de l'espace postsoviétique. Le plus grand pays du monde est une fédération, dont de nombreuses entités possèdent d'importantes populations non russes que le Kremlin essaye de séduire grâce au ballon rond.

Après avoir lutté pour préserver l'intégrité du pays dans les années 1990, le gouvernement russe se sert aujourd'hui de nombreux leviers pour maintenir dans son girond les régions les plus enclines à vouloir l'indépendance. Et la Coupe du Monde met en exergue le football comme lien entre ces régions et le gouvernement central de Moscou.

En Russie, trois des seize clubs qui composent la première ligue sont issus de régions musulmanes qui ont, par le passé, cherché à obtenir leur indépendance vis-à-vis de Moscou: l'Akhmat Grozny en Tchétchénie, l'Anji Makhatchkala au Daghestan et le Rubin Kazan au Tatarstan. Si les situations sont différentes dans les trois régions à chaque fois, le pouvoir central a tenté d'utiliser le football pour arrimer ces territoires à la Fédération.

«Certains clubs sont partie intégrante des stratégies politiques à l'intérieur de la Russie, de la part des autorités tant fédérales que républicaines», analysait Régis Genté dans le rapport Futbol vs. Politika, publié ce mois-ci par l'Observatoire franco-russe.

En Tchétchénie, l'Akhmat Grozny, aux mains de l'actuel président tchétchène Ramzan Kadyrov, est le porte-étendard d'une région qui veut améliorer son image au sein même de la Fédération de Russie.

«Le club [de Grozny] reste au cœur de l'attention du pouvoir tchétchène qui souhaite que la République se fasse remarquer positivement chaque week-end sur les terrains en Russie, ce qui est une façon de réinscrire la Tchétchénie dans la géographie de la Fédération.»

Et pour le Kremlin, le football est un moyen d'ancrer les jeunes Tchétchènes dans le pays et de promouvoir une identité russe multiethnique, tout en les éloignant du prosélytisme radical parfois présent dans la république du Caucase. Le gouvernement tchétchène et le gouvernement central y gagnent donc tous deux grâce au football.

Au Daghestan, lui aussi musulman bien que pluriethnique, le rachat de l'Anji Makhatchkala par un oligarque daghestanais avait, pour le pouvoir central, le même but qu'à Grozny, à savoir éloigner la jeunesse de l'islam radical.

Le football «constitue un moyen de drainer la jeunesse vers le stade plutôt que vers les mosquées interdites (salafistes), au point de forcer les étudiants à assister aux matchs de l'équipe première.»

L'arrivée de la star du ballon rond Samuel Eto'o avait permis de booster la fréquentation des stades, mais l'absence de résultats sportifs et financiers ont eu raison d'un club qui n'avait pas fait le pari des centres de formation.

Le Rubin Kazan, quant à lui, est géré par la présidence de la République du Tatarstan, à l'image du club de Grozny. Le club a fait irruption il y a 15 ans et a remporté deux titres de champion de Russie grâce à de nombreux investissements du gouvernement local. Dans cette région, elle aussi musulmane, le football a moins servi à éloigner les jeunes des mosquées (bien que l'idée ne soit pas complètement écartée) qu'à améliorer les relations entre les autorités tatarstanaises et moscovites après une décennie extrêmement compliquée entre elles.

Ces trois exemples montrent que le football russe sert également des intérêts stratégiques sur le plan intérieur. Acheter la paix sociale et développer un sentiment national grâce au ballon rond, ce n'est pas plus incongru que de promouvoir l'image du pays à l'étranger pendant la Coupe du Monde. Du pain et des jeux en somme.

Dossier:
La Russie, pays hôte du Mondial 2018 (144)

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Tags:
radicalisation, patriotisme, football, Mondial 2018, Ramzan Kadyrov, Makhatchkala, Grozny, Daghestan, Caucase, Kazan, Tatarstan, Tchétchénie, Russie
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