Un Hollandais en tournée

Par Alexandre Gorbounov, RIA Novosti

A la suite de la prochaine Coupe du monde de football en Allemagne, la Russie deviendra probablement le seul pays européen à avoir une sélection nationale dirigée par un étranger.

Le Suédois Sven-Goran Eriksson, n'ayant rien gagné en six ans avec la sélection anglaise, quittera d'ici-là les îles britanniques. Le Brésilien Luis Scolari, s'il restera au Portugal, n'est pas à prendre en compte. Bon spécialiste parlant portugais, il n'est pas considéré là-bas comme un étranger, encore moins comme un mercenaire arrivé au Portugal pour faire fortune. Le Brésilien explique son exil par la volonté de sortir du "trou" le football local.

Le Hollandais Guus Hiddink peut bien en raconter autant qu'il veut sur l'enthousiasme de sa compagne à propos de la "culture russe", désigner toute sa carrière comme une "grande aventure" et se considérer comme quelqu'un de "très curieux". Cependant, il n'est pas difficile de s'enthousiasmer devant le patrimoine russe, d'étancher sa soif d'aventure et de satisfaire sa curiosité pour quatre millions d'euros (selon les chiffres officiels) correspondant à quatre cents jours de travail (deux ans) en Russie.

La Fédération russe de football n'est pas très à l'aise sur le plan financier. Jusqu'ici, ses dépenses étaient principalement destinées au programme "Offrons un stade aux enfants", et voilà qu'elle s'occupe à présent de l'entretien du staff hollandais pour les deux ans à venir, si ce n'est plus par l'intermédiaire de la Fondation "Académie nationale de football". Derrière celle-ci se tient Roman Abramovitch qui, disons-le, a lui-même fait le choix de Hiddink pour la Russie. Comme Pierre le Grand avait en son temps choisi lui-même des spécialistes-instructeurs du génie maritime.

L'intérêt matériel de Guus Hiddink, agé de 58 ans, pour le travail avec l'équipe nationale russe ne fait aucun doute. Il est arrivé dans un pays du tiers monde sur le plan du football comme un artiste en tournée (l'équipe russe est la quatrième équipe nationale qu'il entraîne, sans compter les clubs), et aussi pour percevoir un salaire très élevé, même au niveau continental, pour un contrat qui n'a pas manqué d'étonner de nombreux experts européens. Un tel salaire ne se refuse pas. Qui plus est en fin de carrière.

En Russie, le spécialiste hollandais, ne parlant pas le russe (le dictionnaire qui lui a été offert à la signature du contrat prendra la poussière sur une étagère), aura immanquablement à faire face à deux difficultés auxquelles il n'a probablement pas pensé en arrivant en Russie dans l'avion envoyé spécialement pour lui par Roman Abramovitch. D'une part, il devra nouer des contacts avec les entraîneurs des grandes équipes russes, qui pour la plupart s'étaient prononcés contre le choix d'un étranger alors que les négociations avec Hiddink étaient encore en cours. Cela sera incroyablement difficile à faire en raison des confrontations permanentes de ces derniers temps entre clubs et équipe nationale et en raison du salaire de Guus Hiddink, particulièrement élevé pour la Russie. Il s'agit, au passage, du principal thème des débats sur les qualités et les défauts du Hollandais. D'autre part, Hiddink ne sait encore rien des maigres possibilités de sélection des joueurs. Les candidats sérieux capables de produire un jeu intéressant ne sont pas plus d'une trentaine. Il n'y en a tout simplement pas d'autres.

Quant aux miracles coréen et australien attribués à Guus Hiddink (il a entraîné ces deux équipes), je pense qu'on peut les oublier. A vrai dire, ils n'ont pas vraiment eu lieu. On ne peut ignorer les faveurs de l'arbitrage accordées aux Coréens lors de la Coupe du monde qui se déroulait chez eux, faveurs dont se souviennent en particulier l'Italie et l'Espagne, ou encore le hasard de l'accession de l'Australie à une phase finale de Coupe du monde.

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