Revue de la presse russe du 10 octobre

MOSCOU, RIA Novosti

Nezavissimaïa gazeta

La Russie va devoir défendre ses citoyens en Transnistrie

Si la situation ne s'améliore pas bientôt dans le règlement du conflit en Transnistrie, dans lequel la Russie assume le rôle de médiateur principal, Dmitri Medvedev devra probablement tenir sa promesse de défendre, en cas de nécessité, les citoyens russes qui y résident, lit-on vendredi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

Des actions antirusses organisées par les partis d'extrême droite se poursuivent depuis dimanche dernier en Moldavie. Elles s'accompagnent d'affrontements entre nationalistes moldaves pro-roumains et citoyens russophones. De toute évidence, la tactique provocatrice de Mikhaïl Saakachvili consistant à inciter la Russie à employer la force a plu aux extrémistes moldaves.

La situation actuelle est particulièrement alarmante car elle rappelle la fin des années 80 et le début des années 90, lorsque tout avait également commencé par des explications tendues entre partisans de la Russie et de la Roumanie. Même les mots d'ordre sont identiques: on propose aux "Roumains" d'émigrer au-delà du Prout (rivière qui marque la frontière entre la Moldavie et la Roumanie) et aux Russes, au-delà du Dniestr. En 1992, la Russie avait été obligée d'introduire un contingent de paix dans la zone du conflit en vue de mettre fin à la confrontation armée. A présent, les nationalistes moldaves exigent son retrait.

Dans ces conditions, il est impossible de compter sur une reprise des négociations entre Chisinau et Tiraspol, reprise que Moscou garantissait pourtant ouvertement encore récemment: les leaders de la Transnistrie ont toujours avancé, en tant qu'argument massue, une alliance éventuelle entre Chisinau et Bucarest.

Quelle que soit l'évolution des événements, la Russie sera coupable: si elle néglige ce qui se produit aujourd'hui en Moldavie aussi bien que si elle déploie des efforts en vue de défendre les citoyens russes qui y résident. En réagissant aux provocations, Moscou perd sa réputation de médiateur, de pacificateur. En ne réagissant pas, la Russie perd la face et sa réputation de pays qui se préoccupe de ses citoyens.

Après avoir promis de réconcilier les parties et réuni les leaders de la Moldavie et de la Transnistrie à la table des négociations, Moscou s'est arrêté là. Sans même avoir proposé une solution de paix qui aurait pu convenir aux deux parties, Moscou a préféré s'en tenir à un argument douteux: la Russie acceptera n'importe quelle décision que les parties prendront. Cependant, tout le monde comprend que celles-ci ne parviendront jamais à s'entendre.

L'une des leçons à tirer du conflit sud-ossète consiste en ce qui suit: le maintien des conflits sur le territoire de la CEI (Communauté des Etats indépendants) n'est de l'intérêt d'aucune des parties engagées.

En occupant une position d'observateur, la Russie confirme l'opinion répandue selon laquelle elle tire avantage de la conservation d'un conflit latent dans la région. En tout cas, c'est ce que l'absence totale de stratégie de la part du ministère russe des Affaires étrangères concernant la Transnistrie laisse suggérer. D'ailleurs, l'absence de stratégie peut également être une stratégie. Mais c'est alors une voie sans issue.

Moskovski komsomolets

Russie-Occident: un pas en avant, un pas en arrière

"Un pas en avant, un pas en arrière", c'est le principe qui semble déterminer actuellement la politique du Kremlin envers l'Occident, lit-on vendredi dans le quotidien Moskovski komsomolets.

A peine le président Medvedev a-t-il proposé, à Evian, de faire la paix avec les "amis jurés" de la Russie, que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a dénoncé un marché secret "illégal" entre l'ONU et l'OTAN. Dans les faits, il n'y a cependant aucune contradiction entre ces deux signaux, envoyés par deux différents représentants des autorités russes. En fait, le Kremlin se trouve face à une double nécessité: assainir l'atmosphère empoisonnée de ses relations avec l'Occident et ne céder en même temps à ses "partenaires" aucun de ses intérêts vitaux.

Le chef du Kremlin a eu absolument raison en critiquant sévèrement "l'économie de bulle de savon" pratiquée par les Etats-Unis. Mais la Russie a-t-elle le droit moral d'enseigner au reste du monde comment il faut résoudre des problèmes économiques? Il est vrai qu'elle a aujourd'hui tellement d'argent qu'elle peut même faire le bonheur de l'Islande. Mais "l'économie du dopage pétrolier" peut-elle servir d'exemple pour les autres pays?

Les critiques occidentaux ont déjà indiqué que de nombreuses "nouvelles idées" avancées par le Kremlin répétaient en fait les principes inscrits par les Etats européens dans la Charte de Paris en 1990. Le discours-programme de Medvedev est néanmoins un pas dans une direction absolument juste.

Deux éminents diplomates américains ont fait cette semaine des discours sur ce sujet. L'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger a appelé à une politique équilibrée envers la Russie. Le sous-secrétaire d'Etat actuel David Merkel a toutefois fait une déclaration qu'on aurait pu aisément attribuer à Saakachvili. Il s'avère que l'Ukraine aurait eu parfaitement le droit de vendre des armes à la Géorgie, que les leaders géorgiens ne seraient presque que des anges innocents, et les Russes des scélérats qui violent l'accord Medvedev-Sarkozy plusieurs fois par jour.

Le dialogue qui en ressort reflète précisément le fond de la discussion actuelle sur l'évolution future de la politique des Etats-Unis envers la Russie. Dans ce contexte, le mieux pour Moscou est de se montrer prêt en même temps à dialoguer et à défendre rigoureusement ses intérêts. Le discours de Medvedev a très clairement exposé ces deux points.

Le président Sarkozy a évidemment considéré le discours de son "ami Dmitri" comme une tentative de "diviser" l'Union Européenne et les Etats-Unis. Sinon il ne se serait pas mis à démontrer si ardemment que Moscou n'arriverait pas à scinder les rangs occidentaux bien alignés. Cependant, l'opposition entre l'Amérique et la plupart de la "vieille Europe" dans le discours de Medvedev reste tout à fait justifiée. Les divergences de vues quant à la politique à mener envers la Russie sont évidentes tant au sein de l'UE qu'entre l'UE et les Etats-Unis. Et leur aggravation répond aux intérêts de la Russie.

Autrement dit, toutes les notes de la "chanson" de Medvedev à Evian n'ont pas été bonnes, mais dans l'ensemble, la mélodie a quand même sonné très juste. Même si l'orientation générale antirusse de la politique occidentale a déjà pris un élan considérable, qu'une dizaine de discours des leaders russes ne suffiraient pas à retourner.

Kommersant

Conflit russo-géorgien: aucune issue dans l'immédiat

Dans son discours prononcé à Evian, Dmitri Medvedev a souligné que le retrait des soldats de la paix russes des zones tampons adjacentes à l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud avait été achevé avant terme, lit-on vendredi dans le quotidien Kommersant.

Cela signifie que la Russie considère les problèmes autour de la Géorgie comme un conflit local et une erreur fâcheuse dans ses relations stratégiques avec l'Occident. Le conflit russo-géorgien est cependant loin d'être terminé.

La question de la présence politique et militaire de Moscou dans ces deux anciennes autonomies de la Géorgie semble être résolue. Après la reconnaissance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud par la Russie, le Kremlin estime qu'elles n'ont plus rien à voir avec Tbilissi. Toutefois, cette interprétation des faits n'est pas universelle. Les autorités géorgiennes estiment que les missions de paix en Abkhazie et Ossétie du Sud doivent être poursuivies sous l'égide des organisations internationales. Tbilissi comprend le "retrait complet" comme le remplacement des soldats russes dans les "autonomies séparatistes" également, ou au minimum leur coopération avec les forces de paix européennes.

La position de l'Europe est encore plus compliquée. D'un côté, tous les pays de l'UE reconnaissent l'intégrité territoriale de la Géorgie, et l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe exige que Moscou annule la reconnaissance de l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. De l'autre, Nicolas Sarkozy lui-même a consenti à entamer une discussion internationale au sujet du statut de ces deux républiques, en confirmant de fait qu'elles se trouvaient hors du champ politique et juridique de Tbilissi. La chancelière allemande Angela Merkel agit de manière similaire, en employant la formule de "noyau (Kernland) du territoire de la Géorgie".

Dans l'ensemble, l'UE ne souhaite pas entrer dans une confrontation à grande échelle avec la Russie, en tout cas, pas à cause de la Géorgie. Les Européens ont cependant tenté jusqu'à présent d'éviter une situation qui implique de faire un choix strict. Dans ce contexte, la conduite du président français est très éloquente: à Moscou, il a approuvé le retrait des soldats russes des zones tampons uniquement, avant de réviser sa position "moscovite" à Tbilissi.

En outre, l'achèvement du "retrait avant terme" engendrera immédiatement des discussions à propos du stade réel de ce processus. Le renoncement à la reconnaissance de l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud dans les conditions actuelles porterait un coup fatal à la réputation de la Russie, mais aurait également des répercussions très graves dans le Caucase du Nord, où personne ne pardonne de telles faiblesses.

Dans le même temps, Moscou ne peut pas refuser une "internationalisation" de ce problème, sans laquelle il devrait abandonner tout espoir d'obtenir une légitimation ne serait-ce que minimale des actions entreprises durant et après la "guerre des cinq jours". Autrement dit, il ne lui reste qu'une seule solution: minimiser le problème ou même tenter de le faire disparaître dans de longues négociations. Vous voulez une discussion internationale sur l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud? Allons-y!

Par Sergueï Markedonov, chef du service des problèmes interethniques de l'Institut d'analyse politique et militaire.

Gazeta

Gaz: l'Iran pourrait ravir à Gazprom une partie du marché

La Turquie envisage de signer, dans les prochaines semaines, un accord portant sur l'importation de gaz en provenance du gisement iranien de South Pars, apprend-on vendredi dans le quotidien Gazeta.

Comme l'a fait savoir Hilmi Güler, ministre turc de l'Energie et des ressources naturelles, le gaz extrait sera aussi bien utilisé pour la consommation intérieure du pays que réexporté vers l'Europe. Les experts indiquent qu'il est peu probable que l'Iran puisse prochainement concrétiser ses ambitions gazières, mais, en perspective, le monopole de Gazprom en Arménie pourrait prendre fin.

Les parties avaient déjà prévu de signer un accord analogue en août dernier, mais les négociations avaient alors été sapées en raison de l'opposition des Etats-Unis, qui cherchent à isoler l'Iran dans le domaine économique.

Pour ses exportations vers l'Europe, Téhéran a l'intention de profiter des quotas qui lui sont accordés dans le projet Nabucco, prévoyant d'exporter le gaz en passant par le territoire de la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie jusqu'en Autriche.

Possédant de grandes réserves de gaz naturel, l'Iran n'a pratiquement aucune possibilité de transporter son combustible. Le gazoduc IGAT-1 (d'une longueur de 1.200 km et possédant un rendement de 9,6 milliards de m3 par an, il achemine du gaz associé dans le nord du pays, vers les principaux centres industriels: Ispahan, Qazvin, Rasht et Tabriz). Datant de 1970, il doit être modernisé et la construction de l'IGAT-2 (reliant les gisements de gaz de Kangan et de Nar aux champs pétrolifères du plateau continental du golfe Persique, 27 milliards de m3, 600 km) n'est toujours pas achevée.

Puisque la mise en oeuvre du Nabucco est également remise en question, l'unique canal d'exportation fonctionnant réellement se trouve être le gazoduc Iran-Arménie, dont l'ouverture solennelle a eu lieu au printemps dernier. Cependant, l'exportation de gaz par cet itinéraire n'a pas encore commencé. Comme l'a indiqué hier Loussiné Aroutiounian, porte-parole du ministère arménien de l'Energie et des Ressources naturelles, les délais concernant le début de l'importation de gaz en Arménie seront connus à l'issue des négociations arméno-iraniennes qui se tiennent actuellement à Téhéran. Rasoul Salmani, directeur de la Compagnie nationale iranienne du gaz (NIGC), avait affirmé que les livraisons pourraient commencer dès le début de la semaine prochaine.

Les autorités arméniennes affirment que le gazoduc Iran-Arménie n'est pas considéré comme une alternative aux livraisons russes (Gazprom est l'unique fournisseur de gaz naturel à l'Arménie). Le géant gazier russe satisfait actuellement 100% des besoins de l'Arménie en gaz, en y livrant environ 1,7 milliard de m3 par an. Mais les experts n'excluent pas que l'Arménie puisse par la suite renoncer à sa coopération avec Gazprom, compte tenu aussi bien de l'élévation incessante du coût du gaz russe que de l'accroissement inévitable des tarifs du transit par la Géorgie. Tbilissi a déjà maintes fois augmenté le tarif du transit du gaz russe par son territoire.

Ces articles sont tirés de la presse et n'ont rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.

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