L'Ukraine ou la dictature de l'élection

Par Vitali Portnikov, de Radio Free Europe/Radio Liberty (Kiev), pour RIA Novosti
Par Vitali Portnikov, de Radio Free Europe/Radio Liberty (Kiev), pour RIA Novosti

Il a semblé que tout le monde s'y attendait. Après le discours télévisé de Viktor Iouchtchenko, la campagne électorale s'est mise en route à une vitesse tellement extraordinaire qu'on s'est souvenu que si nos hommes politiques sont compétents dans un domaine, c'est bien celui-là. Ils savent bien mieux flatter les électeurs par des promesses et autres inclusions de nouveaux visages sur les listes de candidats que mener un sérieux travail législatif au parlement ou agir au sein d'un gouvernement. On y voit tout de même une manifestation de la démocratie: puisque les forces politiques n'ont pas réussi à s'entendre sur la formation d'un gouvernement efficace, il faut s'adresser aux électeurs. A ce rythme-là, la tenue de législatives conformément au calendrier ressemblera bientôt pour l'électorat ukrainien à un présage d'autoritarisme et de dictature, ou peu s'en faut.

Cependant, les élections anticipées à la Rada suprême (parlement ukrainien) ne sont nullement un signe de démocratie et encore moins de la maturité de la société. C'est avant tout une manifestation de l'irresponsabilité flagrante des élites au pouvoir, de l'incapacité à parvenir à un compromis, à s'entendre et à diriger efficacement le pays. Cela prouve que la société n'a aucune influence sur ces élites et qu'elle ne peut servir que d'instrument électoral en vue de créer une configuration du pouvoir plus convenable. Mais, avec un tel niveau d'irresponsabilité, il n'y a pas de configuration acceptable possible, parce que ses participants se querelleront forcément au bout de quelques mois, si ce n'est quelques semaines, pour des postes, des pouvoirs, une nouvelle petite usine de cierges...

Pourtant, il est évident que les autorités ukrainiennes doivent s'occuper de tout autre chose. Un comité anti-crise constitué de représentants du gouvernement, du secrétariat présidentiel, de l'opposition et du conseil de la Banque centrale doit se mettre au travail d'urgence. De sérieuses discussions doivent s'engager sur les moyens de minimiser les conséquences de l'inévitable crise financière dans le pays, d'éviter les pertes budgétaires à cause de la chute du prix des métaux ukrainiens et de la hausse de ceux du gaz russe et centrasiatique. Les hommes politiques doivent penser aujourd'hui à l'atténuation des conséquences sociales de tous ces phénomènes pour les couches les plus défavorisées de la population. Au lieu de cela, ils retirent froidement du budget des sommes qui auraient pu être employées pour le paiement des salaires et des pensions. Une question se pose: où les trouveront-ils demain?

On peut trouver de nombreuses définitions de la démocratie, mais le vide dans les têtes ou le désir d'incendier une maison en vue de brûler les ambitions de ses opposants n'en sont certainement pas. Si le désir de se maintenir coûte que coûte au pouvoir ou d'y accéder est la clé de voûte, il est inutile de parler de démocratie. Ce n'est plus qu'un mépris élémentaire manifesté par les gens prospères et riches pour leurs compatriotes qui ne sont pas aussi rusés. Ces gens ont appris aux Ukrainiens à élire, mais, pour que l'élection soit valable, les élus doivent également répondre de leur activité devant le peuple, non pas en utilisant la démagogie et en multipliant les exclamations sur le petit écran, mais par un travail réel visant à changer le pays. Mais la responsabilité ne fait pas partie des habitudes politiques ukrainiennes.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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