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Russie-OTAN : deux approches de l’opium

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Russie-OTAN : deux approches de l’opium - Sputnik France
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Sans surprise, la Russie n’a pas réussi, cette fois-ci, à Bruxelles, à convaincre l’OTAN de radicaliser sa campagne anti-drogue en Afghanistan. Lors de la dernière réunion élargie du Conseil Russie-OTAN, Viktor Ivanov, le directeur du Service fédéral russe pour le contrôle des stupéfiants, s’est efforcé de persuader le bloc de commencer à mettre en œuvre un programme de destruction des plantations de pavot.

Sans surprise, la Russie n’a pas réussi, cette fois-ci, à Bruxelles, à convaincre l’OTAN de radicaliser sa campagne anti-drogue en Afghanistan. Lors de la dernière réunion élargie du Conseil Russie-OTAN, Viktor Ivanov, le directeur du Service fédéral russe pour le contrôle des stupéfiants, s’est efforcé de persuader le bloc de commencer à mettre en œuvre un programme de destruction des plantations de pavot. La réponse a été : nous avons déjà essayé de détruire les plantations d’opium mais cela n’a fait que susciter l’opposition des paysans et les pousser dans le camp des talibans. Par conséquent, il a été décidé de laisser en paix les plantations et les paysans, et de s’en prendre aux narcobarons, aux laboratoires et aux contrebandiers.

La Russie n’a pas non plus réussi à inscrire un point analogue dans la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la prorogation du mandat de la force internationale en Afghanistan. D’autres tentatives avaient été faites, avec le même résultat.

Le cercle "vicieux" en matière d’opium présente un aspect assez sinistre. Ainsi est-il impossible de priver les paysans de leur opium, les États-Unis et l’OTAN considérant que ces derniers se retrouveront sans source de revenu et que cela peut les aigrir et les pousser à rejoindre les talibans. Pour les talibans, la vente d’opium constitue le principal revenu pour acheter des armes. Ce que nul ne conteste. A en croire James Apparthurai, porte-parole de l’Alliance atlantique, le principal objectif de l’OTAN est de venir à bout des talibans - et l’OTAN dispose pour cela de 120 000 soldats - car alors le problème de l’opium serait également réglé.

On pourrait le croire sur parole, si ce n’étaient les statistiques. L’Afghanistan produit actuellement environ 93% de l’héroïne mondiale. D’après les données de l’ONU, le chiffre d’affaires de la vente d’opium afghan se monte à environ 65 milliards de dollars par an, dont les revenus des talibans ne constituent que près de 3 % à 4%, soit 150 à 300 millions de dollars par an. 500 millions de dollars vont aux paysans qui travaillent sur les plantations et aux propriétaires de terres. La mafia de la drogue empoche du reste. Par conséquent, la lutte contre le trafic de drogue constitue un objectif plus important et plus complexe que la lutte contre le mouvement des talibans, bien que les deux soient liées.

En fait, pour justifier la position de l’OTAN, on pourrait dire qu’obliger ses troupes à répandre des produits chimiques sur les plantations de pavot est trop coûteux. L’armée a toujours eu d’autres tâches et rien ne justifie de la charger de fonctions purement agricoles. Pour protéger ceux qui répandraient des produits chimiques, il faudrait employer des forces importantes, ce qui transformerait ces actions en opérations de guerre. Tout cela revient cher.

Envoyer des civils ou des agents anti-drogue ne reviendrait pas moins cher. De toute façon, il faudrait également les protéger dans le cadre d’opérations de guerre pour éviter un nombre incalculable de victimes. Il est peu vraisemblable que cela soit accepté.

L’OTAN affirme avoir déjà essayé d’éradiquer les plantations et avoir obtenu des résultats insatisfaisants. A présent, le général américain Stanley McChrystal annonce que le bloc appliquait une nouvelle politique visant à s’attirer les sympathies de la population et qu’il ne détruisait plus les plantations. D’après l’OTAN, les détruire n’aurait aucun sens dans la mesure où les talibans ont déjà accumulé d’immenses réserves d’opium qui suffiront pour plusieurs années de vente ininterrompue, même sans continuer à le cultiver. Pourtant la culture du pavot se poursuit.

La nouvelle politique de Barack Obama à l’égard de l’opium qui prévoit de lutter contre les contrebandiers et les fabricants de drogue, de renoncer à la destruction des plantations et de verser des compensations aux fermiers pour le passage à des cultures alternatives apporte des fruits. En effet, l’année dernière, les ensemencements (sur tout le territoire de l’Afghanistan) se sont réduits de 22%, mais ils sont tout de même plus importants qu’en 2006. Cependant, la production d’opium brut n’a diminué, selon les estimations les plus optimistes, que de 10%. Selon les spécialistes britanniques, les fermiers afghans s’évertuent maintenant à extraire de chaque capsule de pavot plus de jus d’opium (le latex laiteux du pavot d’opium) qu’encore très récemment. Selon leurs estimations, on récolte actuellement 56 kg d’opium par hectare de pavot, soit 15% de plus qu’il y a un an.

Depuis que les troupes de la coalition sont entrées en Afghanistan il y a près de neuf ans, l’affaire de l’éradication de l’opium dans cette principale fabrique mondiale d’héroïne n’a pas beaucoup avancé. On ne dirait pas qu’elle piétine, mais elle avance de façon étrange : un pas en avant, un pas en arrière et deux pas de côté.

L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a publié en février un rapport prévoyant que les volumes de culture de l’opium ne diminueraient pas en 2010, mais qu’ils ne s’accroîtraient pas depuis leur réduction en 2008 et 2009, réduction d’ailleurs toute relative. Quoi qu’il en soit, ces années-là, l’Afghanistan a produit presque deux fois plus d’héroïne que le monde n’en a consommée ; certes, ces évaluations sont relatives puisque personne ne dispose de données précises.

En ce qui concerne l’héroïne afghane, le plus étonnant est que presque toutes les parties ont raison à leur manière. Aussi bien la Russie qui invite à appliquer un vaste programme de destruction du pavot que les États-Unis et l’OTAN qui ont décidé de mettre l’accent sur la répression des trafiquants de drogue et la production de stupéfiants. Là, nous allons, semble-t-il, vers le même but en suivant des rues parallèles qui ne parviennent pas à déboucher sur une large avenue. A combiner tous ces efforts, le résultat serait plus palpable.

D’un autre côté, des experts très sérieux, avec une bonne dose d’idéalisme, affirment qu’il existe une troisième voie bien plus efficace : œuvrer sérieusement en vue de faire disparaître la demande de drogue dans le monde entier. Si la demande diminue, l’offre disparaîtra. Beau principe, à graver dans le marbre. Recommandation judicieuse, mais il y a pourtant un "hic". C’est une tâche d’envergure biblique, analogue à la lutte contre le péché. Cela demandera un financement pour la prévention, les alternatives, la destruction des stupéfiants, le financement de nouveaux organismes, etc., qui suffirait pour lancer plusieurs campagnes afghanes. De plus, cela prendra beaucoup de temps, plusieurs années.

Le marché de la drogue en Russie a une composante afghane particulièrement élevée. Nos spécialistes estiment que près de 21% de toute l’héroïne afghane aboutit en Russie, ce qui représente approximativement 75 à 80 tonnes d’héroïne et ce qui signifie la mort de 30 000 à 40 000 jeunes.

 

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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