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Qu’attendre des élections présidentielles en Pologne ?

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La Commission électorale centrale polonaise doit dresser définitivement la liste des candidats dont les noms figureront sur les bulletins lors de la présidentielle du 20 juin.

La Commission électorale centrale polonaise doit dresser définitivement la liste des candidats dont les noms figureront sur les bulletins lors de la présidentielle du 20 juin.

Cette procédure, d’habitude tout à fait formelle, s’est avérée cette fois teintée de dramatisme. Il y a deux raisons à cela. Premièrement, la mort tragique du précédent président polonais dans la catastrophe aérienne près de Smolensk. Deuxièmement, la décision de Jaroslaw Kaczynski, frère du président défunt, de présenter sa candidature.

À l’heure actuelle, deux candidats principaux ont été enregistrés: le maréchal de la diète (parlement) Bronislaw Komorowski désigné par son parti de centre-droite Plateforme civique et Jaroslaw Kaczynski, président du parti radical de droite Droit et Justice (PiS).

Si Lech Kaczynski n’était pas mort, on pourrait être sûr de la victoire de Bronislaw Komorowski, l’actuel président par intérim et candidat de la Plateforme civique. Le maréchal de la diète Komorowski incarnait l’idéal du Polonais moyen. Ancien dissident, il emploie souvent une rhétorique sévère à l’adresse de la Russie mais il n’est pas partisan d’une vengeance contre tous les représentants du régime communiste. Catholique et père d’une grande famille, il n’est pas du tout fanatique. Bien qu’il soit partisan de l’économie de marché, il peut volontiers parler de la pénible condition des travailleurs. Cela distingue avantageusement Komorowski des frères Kaczynski qui étaient liés aux représentants les plus radicaux du clergé catholique et qui voyaient partout des agents des services secrets communistes.

Pour la Russie, les deux leaders de la course actuelle à la présidence seront des personnages « durs à cuire ». Jaroslaw Kaczynski a fait toute sa carrière sur la rhétorique antirusse, en cherchant des agents secrets de la Russie au niveau du pouvoir local et dans la bureaucratie de Varsovie. Certes, au début de la campagne électorale, il a enregistré un message vidéo touchant adressé aux Russes dans lequel il les a remerciés pour leur compassion et leur aide pour les funérailles de son frère. Néanmoins, les partisans de Kaczynski et de son parti Droit et Justice organisent régulièrement des actions de protestation en affirmant que l’enquête sur le crash est freinée par les autorités de la Pologne et de la Russie. Leurs opposants, issus du camp libéral, influents dans les médias et n’appréciant pas beaucoup Lech Kaczynski de son vivant, ont maintenant la ferme intention d’empêcher le retour de son idéologie au pouvoir en la personne de son frère jumeau. « Eh bien, messieurs, qu’en est-il de votre théorie du complot ? » demande aux partisans de Kaczynski le commentateur Marcin Wojciechowski dans les colonnes du quotidien Gazeta Wyborcza.

Pour beaucoup la situation qui en résulte est paradoxale. Les libéraux, parmi lesquels on pourrait compter, avec réserve,  Komorowski, ont toujours manifesté une attitude négative envers les autorités de Moscou en faisant l’éloge exclusif des dissidents russes. Aujourd’hui, en raison de leur opposition au parti Droit et Justice, les libéraux aident objectivement la Russie. Cependant, dès la fin de la course électorale et l’oubli de la catastrophe de Smolensk, qui a abouti à une union éphémère entre les Russes et les Polonais, Komorowski est susceptible de reprendre une position ferme à l’égard de la Russie.

Existe-t-il d’autres forces politiques, hormis les libéraux et les radicaux de Droit et Justice ? Oui, mais elles ont toutes été évincées de la scène politique et ne pourront probablement  jouer leur rôle qu’au deuxième tour des élections présidentielles.

Pour la Russie, le meilleur des candidats en deuxième ligne est Grzegorz Napieralski, 36 ans, qui dirige l’Alliance de la gauche démocratique (SLD). Né en 1974, sous le régime communiste il n’a connu que l’école ; pour cette raison il n’a pas l’intention de venger son enfance difficile comme tentent de le faire pratiquement tous les hommes politiques polonais, dont Komorowski et  Kaczynski, qui, dans le passé, ont été liés au mouvement Solidarité. Sur la question religieuse, importante pour la Pologne, Napieralski tient une position anticléricale en exigeant une séparation réelle entre l’Église et l’État.

La SLD a son électorat ayant longtemps dirigé la Pologne dans les années 1990 et au début des années 2000, mais ces dernières années sa tentative de « fuir » son passé communiste ne fût pas une franche réussite (la SLD est l’héritière du Parti ouvrier unifié polonais – POUP). L’un après l’autre le parti promouvait de jeunes militants en remplacement des vétérans au pouvoir qui ont fait leur carrière encore à l’époque communiste, tels que Leszek Miller, ancien membre du bureau politique du POUP ou Jozef Oleksy, ancien premier ministre. Napieralski est le premier parmi les jeunes chefs à ne pas lutter contre les « anciens » et à être approuvé par les vétérans, y compris Miller.

Au deuxième tour, 89% des électeurs de Napieralski ont l’intention de soutenir Komorowski, non pas par amour pour les libéraux, mais par antipathie envers Jaroslaw Kaczynski. Cependant, les sociaux-démocrates espèrent un miracle: Napieralski et Kaczynski parviennent au deuxième tour, et alors la victoire du jeune chef du parti est possible. Tous sont très las du moralisateur qu’est Kaczynski.

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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