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Le naufrage du Petropavlovsk a précipité la chute de l’Empire russe

© Photo Public DomainLe cuirassé russe Petropavlovsk
Le cuirassé russe Petropavlovsk  - Sputnik France
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L’expédition sino-russe qui a découvert début novembre le cuirassé russe Petropavlovsk coulé près de Lüshunkou, anciennement Port Arthur, en Chine, a rappelé l’ampleur des pertes de la Russie au printemps 1904. A l’époque, le chef de l’escadron du Pacifique, l’amiral Stepan Makarov, et l’un des meilleurs peintres russes Vassili Verechtchaguine sont morts à bord du cuirassé.

L’expédition sino-russe qui a découvert début novembre le cuirassé russe Petropavlovsk coulé près de Lüshunkou, anciennement Port Arthur, en Chine, a rappelé l’ampleur des pertes de la Russie au printemps 1904. A l’époque, le chef de l’escadron du Pacifique, l’amiral Stepan Makarov, et l’un des meilleurs peintres russes Vassili Verechtchaguine sont morts à bord du cuirassé.

L’homme qui avait une étincelle

L’issue de la désastreuse guerre russo-japonaise aurait pu être différente si le vaisseau amiral de la 1ère escadre du Pacifique, le cuirassé Petropavlovsk, n’avait pas touché une mine japonaise, le 13 avril 1904, ce qui a entraîné l’explosion des munitions et des chaudières et le naufrage presque immédiat du navire. En se brisant en deux, il a coulé en emportant la vie de 620 marins, 29 officiers embarqués et d’état-major, ainsi que du célèbre amiral Stepan Makarov et du peintre de batailles Vassili Verechtchaguine.

Selon l’historien militaire russe Alexeï Issaïev, la mort de l’amiral a non seulement conduit à la reddition de Port Arthur, mais à la défaite de la Russie. Ce qui à son tour, selon l’historien, a été le premier pas de l’Empire russe vers sa chute en provoquant la révolution de 1905. Le second coup décisif a été porté à la Russie prérévolutionnaire par la Première guerre mondiale.

"La Russie a perdu un amiral énergique qui a insufflé l’esprit offensif à l’escadre de Port Arthur. Après le naufrage du Petropavlovsk, la situation a commencé à empirer", a raconté Alexeï Issaïev dans une interview à RIA Novosti. Il a souligné que contrairement à la Première guerre mondiale, beaucoup de choses dépendaient des actions décisives de la flotte pendant la guerre russo-japonaise. Y compris des actions énergiques de Makarov.

La malchance a accompagné l’escadre russe du Pacifique depuis le début de la guerre. Il a été décidé de remplacer l’amiral. Deux candidatures étaient à l’étude: le vice-amiral Zinovi Rojestvenski proche de l’empereur Nicolas II et le vice-amiral Stepan Makarov, héros de la guerre russo-turque de 1877-78, un homme direct, intransigeant, préférant l’action aux intrigues de la cour. Le choix de l’empereur s’est porté sur le second.

En ce qui concerne Rojestvenski, en mai 1905 la 2e escadre du Pacifique sous son commandement a connu une défaite écrasante dans la bataille de Tsushima. Lui-même a été fait prisonnier par les Japonais. De retour, il a été jugé, mais acquitté en raison de la gravité de ses blessures. Après la guerre il a écrit: "Si j’avais eu au moins une étincelle de courage, j’aurais crié: préservez ces dernières ressources de la flotte! Ne les envoyez pas à une mort certaine! Mais je n’ai pas eu l’étincelle nécessaire."

La honte de Tsushima aurait pu être évitée

"Il existe un proverbe allemand: "Un début hardi, c'est déjà la moitié de la victoire (Mutiges Beginnen ist ein halber Sieg)." Pour cette raison, les actions audacieuses de Makarov auraient indéniablement affaibli les Japonais", a fait remarquer l’historien Issaïev. Il souligne que de telles actions ont été entreprises. Selon lui, en profitant de la tactique peu inventive des Japonais qui attaquaient Port Arthur toujours sur le même axe, les marins russes ont coulé deux cuirassés ennemis en larguant des mines sur leur route.

L’un des témoins du naufrage du Petropavlovsk, l’officier de marine Vladimir Semenov a décrit ses impressions des événements de la manière suivante: "Une horrible journée!… Jamais, ni avant, ni après, dans les conditions les plus difficiles de guerre nous n'avons été aussi accablés, oppressés par la conscience que l’irréparable s’était produit. C’était le sentiment général."

Alexeï Issaïev estime que si Stepan Makarov était resté en vie, la flotte russe n’aurait pas connu la défaite humiliante dans la bataille de Tsushima en mai 1905, car le rapport des forces aurait été plus égal, et un amiral plus digne aurait commandé l’escadre russe.

"L’explosion des soutes aux poudres n’accompagne pas forcément le passage sur une mine. La mort de Makarov n’est qu’un concours de circonstances, le fruit du hasard", a souligné Alexeï Issaïev.

Un peintre de batailles aux convictions pacifistes

Dans son discours funèbre, le peintre Ilia Repine a qualifié Vassili Verechtchaguine de "colosse", ajoutant qu'en le voyant "tout autour paraît petit et insignifiant." En laissant de côté le caractère excessivement émotionnel de cette appréciation, il faut reconnaître que le monde de la peinture de la Russie a perdu une personnalité vraiment unique.

Cet homme, vivant en dehors des frontières, ne reconnaissant aucun mentor, participant volontairement à toutes les campagnes militaires de l’armée russe et portant avec fierté une seule médaille, la Croix de Saint-Georges de 4e classe pour la défense de Samarkand, est toujours un géant du panthéon russe des arts.

Dans l’interview accordée à RIA Novosti, Galina Andreïeva, directrice du Conseil international des musées, a fait remarquer que les œuvres de Vassili Verechtchaguine impressionnent par la grandeur de son don. Le mécénat russe Pavel Tretiakov, qui a exposé les travaux du peintre dans sa célèbre galerie, a été l’un des premiers à le remarquer. Selon l’expert, dans l’esprit de Verechtchaguine s’entremêlaient de manière curieuse l’éducation militaire et les profondes convictions humanistes allant pratiquement jusqu’au pacifisme.

"Il exprimait dans ses œuvres son attitude envers la guerre qu'il considérait comme un mal immense frappant l’humanité. L’un de ses tableaux les plus dramatiques, Apothéose de la guerre, est un avertissement "consacré à tous les conquérants du passé, du présent et du futur", comme c’est écrit sur le cadre. C’est un monument aux atrocités de la guerre", a souligné Galina Andreïeva.

Elle a fait remarquer que les toiles de Vassili Verechtchaguine réalisées à l’issue des voyages en Inde et au Moyen-Orient se distinguent non seulement par leur valeur artistique, mais ont également une importance scientifique et historique jusqu’à nos jours. A la veille du 200e anniversaire de la guerre de 1812, la série de travaux de Vassili Verechtchaguine consacrés à cette guerre suscite un intérêt particulier.

Selon Galina Andreïeva, Vassili Verechtchaguine réunit à la fois les traits d’un grand peintre, d’un chercheur et d’un homme de devoir. "Et pour cette raison sa disparition tragique est dans une certaine mesure logique pour une telle personnalité", a souligné la directrice du Conseil international des musées.

Ilia Repine, en parlant de Vassili Verechtchaguine a écrit que ce peintre avait prévu l’issue tragique de la guerre contre le Japon, mais à son début, "tel un véritable chevalier, sans que sa famille le sache, il s’est immédiatement rendu à Port Arthur, la zone la plus dangereuse."

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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