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Les séparatistes permettront-ils à l'UE de s'élargir?

© RIA NovostiFedor Loukianov
Fedor Loukianov - Sputnik France
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Il y a cinq ans, l'Europe débattait avec ardeur de la reconnaissance du Kosovo. En Russie, on entendait alors des avertissements sinistres, alertant qu'en ouvrant la boîte de Pandore en modifiant les frontières, le monde n'aurait plus qu'à compter ses nouveaux États.

Il y a cinq ans, l'Europe débattait avec ardeur de la reconnaissance du Kosovo. En Russie, on entendait alors des avertissements sinistres, alertant qu'en ouvrant la boîte de Pandore en modifiant les frontières, le monde n'aurait plus qu'à compter ses nouveaux États.

Vladimir Poutine a même publiquement rappelé aux Européens leurs propres points faibles – la Flandre, le Pays basque, la Catalogne… A l'époque, cela n'était pas très opportun. Il n'allait pas venir à l'esprit des séparatistes, flamands par exemple, l'idée de se comparer aux combattants qui ont réussi à rendre souveraine leur pauvre périphérie d'ex-Yougoslavie.

Aujourd'hui, la "malédiction de Poutine" paraît plus convaincante. Les autorités catalanes ont fixé à novembre un référendum consultatif sur l'indépendance de cette province espagnole.

Très récemment, le premier ministre anglais et le chef de file de l'autonomie écossaise ont convenu qu'un référendum sur la souveraineté se tiendrait en Écosse dans deux ans.

Évidemment, cette actualité n'a pas grand-chose à voir avec le précédent kosovar : en Europe, la crise économique est le principal catalyseur du séparatisme. La Catalogne, province la plus endettée d'Espagne et obligée de demander de l'aide à Madrid, s'est souvenue que ses problèmes financiers résultaient de la politique fiscale du gouvernement espagnol. En effet, Barcelone assure le quart du PIB espagnol tandis qu'elle récupère à peine plus de la moitié de l'argent transféré.

Le premier ministre écossais, Alex Salmond, insiste également sur ce genre d'incohérences économiques. Lors d'un discours devant des entrepreneurs à Chicago, Salmond avait déjà déclaré que les petits Etats indépendants étaient aujourd'hui en position favorable grâce à leurs avantages économiques naturels tels que la souplesse, la rapidité de prise de décisions et la capacité à déterminer clairement les stratégies et les intérêts nationaux. Une affirmation discutable : il y a bien plus de petits pays que de pays prospères. L'apparition de ce genre d'argumentation est pourtant notable. Elle va à l'encontre de ce que l'on considérait jusqu'alors comme un axiome : dans le monde contemporain global, les petits n'ont aucune chance, sauf s'ils se rassemblent et unissent leurs forces. L'expérience du nouveau lauréat du prix Nobel – l'Union européenne – toujours citée comme un exemple positif d'intégration, donne de quoi tirer des conclusions contraires.

Si la Grèce avait été seule et non intégrée à la construction complexe de l'UE et de la zone euro, elle serait depuis longtemps en train de sortir de la crise – difficilement et douloureusement, mais de façon claire. Quant à l'Espagne et à l'Italie, l'impossibilité de dévaluer leur monnaie les entraîne dans un entonnoir et tire un trait sur leur croissance économique... tout en contribuant au séparatisme, comme dans le cas de l'Espagne. Et la nécessité de casser la tirelire pour un fonds de soutien commun rend furieux les pays à la traîne, qui ont déjà beaucoup de mal à s'en sortir.

En fait, sur fond de chaos mondial croissant, la valeur d'une politique autonome s'avère plus grande qu'on ne le pensait. Beaucoup envient les Etats du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Amérique du Sud) – quels que soient leurs problèmes : ils sont souverains à part entière et décident librement de leur sort. Auparavant, dans les conditions d'une politique de bloc stable, on pouvait faire un choix et adhérer au système d'un autre, se placer derrière le leader et se sentir en toute sécurité. Non seulement du point de vue militaire et politique, mais également économique. Désormais, les leaders eux-mêmes, qui tentent de s'adapter à un contexte toujours plus mouvant, sont tiraillés à droite et à gauche et entraînent ceux qui les suivent. Ceux qui en sont moins dépendants se retrouvent en position avantageuse. Par exemple, la République tchèque - qui se trouve en dehors de la zone euro - regarde avec un sourire en coin la Slovaquie voisine, qui y a adhéré et doit aujourd'hui cotiser pour aider la Grèce.

Bien sûr, les arguments des séparatistes sont toujours réfutés avec autant de conviction par les unionistes, qui estiment que le préjudice de la division dépasserait tout profit imaginable.

Par conséquent, les résultats des référendums pourraient ne pas tourner à l'avantage des partisans de la séparation. Toutefois, l'économie catalyse les sentiments mais n'en crée pas. Il est clair que les questions d'identité et le potentiel séparatiste ont toujours existé en Catalogne et en Écosse.

Dans l'ensemble, les processus qui s'enclenchent dans le monde dans cette deuxième décennie du XXIème siècle attirent de plus en plus l'attention sur le thème de l'autodétermination.

Qu'est-ce que le printemps arabe? Quelle sera la base de restructuration des Etats arabes en reconstruction ? Nationaliste - avec l'intégration d'une certaine part des droits des minorités - ou religieuse, c'est-à-dire supranationale ? On pense naturellement à la seconde alternative en raison de l'islamisation de la vie politique dans tous les pays qui ont vécu le changement de gouvernement. Plus encore, en raison de la mise en avant, dans chacun d'eux, d'un segment plus radical orienté sur les principes panislamiques. On pourrait plutôt s'attendre à un mélange de ces approches mais tout dépendra de leur proportion dans chaque cas concret. Aussi étrange que cela puise paraître, Israël, une nation basée sur l'identité religieuse, ne s'est pas beaucoup éloignée de ce contexte.

Même si, pour l'instant, l'indépendance de l'Écosse et de la Catalogne ne sont pas à l'ordre du jour, le débat est allé très loin. Les avocats n'arrivent pas à s'entendre pour savoir si les nouveaux États devraient à nouveau adhérer à l'UE et à l'Otan ou si leur statut actuel de membre en tant que région serait suffisant. Un groupe spécial d'experts a été créé en Écosse pour analyser l'armée locale et pour déterminer qui assurera la sécurité militaire après le départ éventuel des Anglais. Étant donné que la majorité estime qu'il faudra y adhérer de nouveau, cela fait au moins une bonne nouvelle. L'Union européenne et l'Otan pourront dire que leur expansion se poursuit.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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