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Les débats américains dans le brouillard

© RIA NovostiFedor Loukianov
Fedor Loukianov - Sputnik France
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Il ne reste que dix jours avant l'élection présidentielle aux États-Unis et rien ne changera sensiblement dans la campagne.

Il ne reste que dix jours avant l'élection présidentielle aux États-Unis et rien ne changera sensiblement dans la campagne. On peut donc déjà tirer certaines conclusions sur la perception du monde au plus haut rang de la politique américaine. Le troisième duel télévisé de la campagne présidentielle a été particulièrement éloquent dans ce sens.

La politique étrangère est rarement au centre de la campagne présidentielle américaine.

Les électeurs sont préoccupés par leurs propres portefeuilles et la foi dans le lendemain – le travail, leurs revenus, la sécurité privée, etc. Ainsi, la discussion se concentre sur les questions fondamentales concernant les relations internationales.

Néanmoins, même en prenant en compte cette circonstance, on peut constater que l'horizon de la politique américaine s'est nettement réduit en ce qui concerne le monde extérieur.

Barack Obama et Mitt Romney ont tous les deux évoqué un ensemble de problèmes concrets dont la majorité est concentrée au Moyen-Orient - à en croire les débats. D'une part, c'est logique. Car on assiste dans cette région à des changements radicaux et l'attitude envers ces processus ne détermine pas simplement la politique des USA mais également son approche générale de la situation dans le monde. D'où des discussions sur l'efficacité de l'intervention en Libye, le comportement à adopter en Syrie, le printemps arabe, les solutions face à l'Iran et la sécurité d'Israël - un ensemble de questions locales mais conceptuelles. Et, bien qu'au niveau rhétorique les concurrents se soient particulièrement critiqués, on ne voit aucune différence notable dans le fond. Il n'existe aucune recette de "bonne" conduite. L'administration actuelle adopte une position prudente et les républicains critiquent cette approche sans pour autant proposer une alternative.

Comme si le reste du monde n'existait pas. La Chine n'est mentionnée que dans le contexte des emplois quittant les USA. Cela s'explique facilement mais, pour un pays prétendant à la préservation de sa domination globale et ne se voyant pas dans un autre rôle, il est plus qu'insuffisant de se limiter à ce seul aspect. Le tournant vers l'Asie annoncé par l'administration Obama est perçu comme naturel et allant de soi mais on ignore ce qu'il signifie en pratique. Depuis 2008, le président déclare régulièrement que le monde a changé, qu'il faut améliorer les relations avec les centres de force et d'influence émergents, qu'il faut assurer le leadership par d'autres moyens, que plus personne ne tolérera une domination unilatérale, etc. Cependant, on ignore ce qu'il en est dans le sens pratique. En effet, Obama comprend bien mieux les réalités internationales du XXIème siècle mais son premier mandat n'a pas convaincu. Il n'a pas montré qu'il savait quel comportement adopter.

Romney est différent, mais seulement parce qu'il estime possible de revenir aux méthodes qui ont amené les USA au triomphe historique il y a 25 ans et les ont transformés en hégémonie mondiale. Cependant, il n'a pour l'instant pas besoin de savoir comment appliquer la méthodologie de l'époque Reagan dans la deuxième décennie du XXIème siècle. Pour cette raison, on peut blâmer la Chine d'être un manipulateur monétaire ou traduire le président iranien en justice devant la Cour pénale internationale pour génocide mais la pratique politique fera, de toute façon, revenir toutes ces annonces à la réalité. La transformation de la politique chinoise de George W. Bush est éloquente en ce sens. Lui qui était très agressif envers Pékin au début de son premier mandat est devenu, à la fin du second, le président américain pratiquement le plus positif dans les relations avec la Chine.

La Russie a occupé très peu de place dans ce débat sur la politique étrangère et, plus on s'approche de la présidentielle, moins on en parle. Obama a énuméré traditionnellement ses succès en termes de réduction des armements ou l'adoption des sanctions contre l'Iran.

Les propos de Romney qualifiant la Russie d'ennemi géopolitique numéro 1 des USA, qui ont attiré l'attention générale, sont plutôt un cliché répandu parmi les républicains et cachent l'absence d'une position claire. Chose dont Romney n'a pas besoin – peu d'électeurs s'intéressent à ce que les candidats pensent de Moscou. On ne saura qu'après la présidentielle - et pas immédiatement - comment l'administration républicaine, si elle arrivait au pouvoir, construira sa politique russe. On se souvient une fois encore l'expérience de George W. Bush, qui n'avait d'abord pas compris pourquoi il fallait faire attention à Moscou. L'absence d'une politique réfléchie a coûté assez cher par la suite et lorsqu'en fin de compte il s'est avéré que la Russie devait être prise au sérieux, les relations s'étaient déjà dégradées jusqu'à un seuil limite.

Dans l'ensemble, la partie actuelle de la campagne présidentielle, qui concerne la politique étrangère, se distingue par le fait qu'aucun des candidats n'a proposé une vision quelconque de la situation globale, une approche générale. Tout se concentre sur l'aspect pratique et apparemment, on ne veut simplement pas regarder vers l'avenir - car il est dans le brouillard le plus total.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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